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15 ans de blog : 2004 – 2019
3 septembre 2019
11
Boston

Déjà une année depuis mon dernier article, l’an passé. Le temps s’accélère, c’est une évidence. Je vais piocher dans des photos postées sur mon compte Instagram pour vous raconter cette année en douze photos. Une année de plus. Une année de moins.

1 – Septembre 2018. Notre première sortie. Nous partons tous les deux à Saint-Cloud assister au Grand Feu d’artifice. Je m’étouffe peu à peu tant la poussière et la poudre me gênent pour respirer. Nous rentrons en Uber. Je finis la nuit aux urgences. Enorme crise d’asthme. Nous ne sommes pas ensemble depuis un mois et je manque déjà de clamser.
2 – Le début de l’automne. Je bosse quelques mois à Station F pour une Start-up qui me semble prometteuse (hélas…), je mange à la Felicita tous les midi et nous déménageons ensuite boulevard Parmentier. Je perds des semaines puis des mois à essayer de changer les choses et puis j’abandonne, fuyant aussi vite que je le peux une situation qui ne me convient pas du tout, du tout. Chaque semaine est pire que la précédente. Je hausse la voix plus que de raison, je nie l’évidence.
3 – Début novembre. Notre premier week-end à deux. Je loue une voiture, direction Roubaix, réservant un AirBnB de malade devant la Villa Cavrois. Nous mangeons des huitres face à la mer. Nous sommes heureux. J’en pince sacrément pour toi et tu fais semblant de ne rien voir.
4 – Novembre 2018. Le hasard, le karma, la chance, les amis, que sais-je, me voilà à l’antenne d’Europe 1 du jour au lendemain, au siège historique puis dans les nouveaux locaux, à animer une émission, tout seul comme un grand, pendant vingt minutes. Je mets trois épisodes à comprendre le truc, un quatrième à mettre en place des tactiques pour améliorer ma présentation, je suis à l’aise au bout de cinq et dans mon élément désormais. Personne ne m’a rien appris. Un seul conseil, donné en formation de Gestalt : souris !
5 – Noël 2018. Tu me rejoins à Biarritz pour les fêtes, tu rates de peu le lâcher de lampions sur Bayonne, nous nous gavons de fromages, de jambon espagnol et nous regardons le coucher du soleil depuis la terrasse. J’en pince toujours sacrément pour toi et tu fais moins semblant de ne pas le voir, je crois même lire dans tes yeux que…Mais je ne suis pas sûr…
6 – Février 2018. Avec ma plus proche amie, Laetitia et cette chère vieille Caro (qui nous livre son désarroi ce soir-là et sa tristesse, nous ne pouvons que lui dire que nous l’aimons) nous allons voir la pièce de Christophe Honoré sur les années SIDA. Les Idoles. Je ne sais pas comment j’ai fait pour trouver des places. Le monologue immobile de 20 minutes de Marina Foïs me hante encore à ce jour. Caroline apprend quelques jours plus tard qu’il faut se battre. Je ne lui dis pas sur le moment mais j’ai peur pour elle. Je me rends compte que je l’aime plus que je ne le pensais, un lien intime et Suédois nous réunissant à jamais, j’éprouve désormais plus que de la tendresse quand je l’écoute. Mais nos vies sont si différentes, si parallèles. Nous nous voyons peu et c’est ainsi. Et Laetitia, alors ? Laetitia est ma soeur. Mon miroir. Mon alliée. Mon avocate. Mon coach. Ma balance. Mon essentiel.
7 – Londres, tu loues une maison magique devant le canal pour la Saint Valentin. Nous sommes heureux, nous nous disputons pour la première fois car je ne veux céder sur rien et je me rends compte que je suis vraiment amoureux de toi quand tu reviens de ton jogging, que tu sonnes à la porte, en bas, et que j’ouvre la fenêtre du premier étage pour demander « Qui est là ? ». Tu lèves la tête, je vois tes yeux, j’ai envie de te dire que je t’aime pour la première fois. Je t’offre des fleurs. Je rentre à Paris, je démissionne en quelques secondes, j’oublie tout. Je ne veux plus cautionner le brassage de vent.
8 – Mars 2019, comme tous les samedi, Paris se vide, Paris est occupé, la violence se déchaîne et je ne pourrai jamais écrire ici toute ma peine, toute mon angoisse, toute ma rage contenue, toutes ces semaines de charge mentale constante sur le même sujet jaune en boucle, ces chaînes infos jouant avec le feu, cette colère d’une partie de la France que je comprends, cette discrétion parfois honteuse, parfois hautaine d’une autre partie de la France dont je fais partie, mon coeur balançant entre les deux mais ne supportant pas la violence répétée et la bêtise (calculée parfois) des uns et des autres. Je ne suis pas aveugle. Ça cogne sec. Une figure émerge, une aide-soignante rousse, lumineuse, en plateau, me touche, elle est balayée, emportée par la foule en colère. Ce soir-là nous allons voir une comédie musicale à 200 mètres de l’Elysée et il nous faut enjamber des barrières et parlementer avec des CRS pour rejoindre le théâtre. La comédie humaine va durer encore quelques mois. Paris chaque fin de semaine est au bord du gouffre. La république tremble. Le boulet ne passe pas loin. Pas loin du tout.
9 – Avril 2019, on me propose de venir garder deux chats dans un immense appartement donnant sur le port de Boston et je ne peux refuser. Quelle vie de patachon. Comment se plaindre ? Me voilà donc parti pour dix jours en Nouvelle-Angleterre et immédiatement heureux dès mon arrivée. Je visite les phares le long de la côte avec Kristina, je trouve des livres chez Barnes & Nobles sur les addictions dont un débloque une situation complexe, je frémis en passant sur le parcours du marathon de Boston (les lieux d’attentats provoquent en moi des sensations cognitives fortes et extrêmement désagréables dont je n’ai pas envie de parler) et je marche, je marche, et tu me manques terriblement. Je refuse un job puis un second. Je postule dans une boîte qui ne me rappelle pas. Ce n’est le bon moment pour rien. Je reçois des couples au cabinet, ça se passe dans la fluidité, c’est spectaculaire tellement j’aime ça. J’aide.
10 – En juin, j’écris à Biarritz en huit jours mon huitième livre, totalement « channelisé » comme on dit, aspiré dans de folles séances d’écriture tous les jours, je ne lâche rien et ponds 180 pages d’une traite, sans relâche, dans le désordre et tout s’aligne magiquement au bout. Le livre sortira début 2020. Il est bon, il me plaît. Il parle de ma vie de zèbre et des difficultés à exister dans un monde qui ne pense pas comme moi à 98%. Je te dis que je t’aime le matin du départ à l’aéroport, pour la première fois. J’ai besoin de te le dire. Tu ne dis rien mais tu souris dans le noir. Tu m’offres le plus beau des cadeaux : mon anniversaire se déroule chez toi, mes plus proches amis ont pu venir, nous sommes une vingtaine, je suis heureux. J’ai décidé de profiter des derniers jours de vacances car j’ai trouvé un job super qui me plaît, à commencer début juillet. Depuis Danone, j’ai peur de ne plus savoir faire, j’ai peur d’avoir perdu la touch. Je suis si vieux.
11 – En juillet, nous partons en week-end à Giverny puis Maman vient et je découvre l’Oise, j’ai commencé le boulot et j’ai du mal à dormir tant ma tête carbure dans tous les sens. J’aborde les premières corrections avec sérénité et j’ai raison : mon éditrice aime le manuscrit puis la correctrice aussi, juste après. Je souffre un peu de la chaleur car j’ai pris du poids et mon vélo électrique tombe désormais en panne bien plus que de raison mais ça va. Je donne des cours à des élus (sur les réseaux sociaux, que j’abhorre désormais), je présente toujours mon émission à la radio, j’entame l’écriture du neuvième livre qui a tant de mal à venir depuis un an.
12 – En août, nous repartons à Londres, je t’ai offert un cadeau très spécial qui t’amuse beaucoup et je vois une fois de plus que tu n’aimes pas les contraintes dans la vie, alors que nous attendons le train de 20h, tu te lèves sans un mot et tu fais changer les billets pour celui qui part dans quelques minutes. Nous sautons dans l’Eurostar et j’oublie à quel point je déteste Paris sitôt dans le wagon, le temps d’un week-end dans un pays entre deux eaux, qui attend son Brexit : c’est peut-être la dernière fois où nous pouvons nous y rendre aussi simplement. Je loue des vélos électriques sans arrêt, je pédale d’un endroit à l’autre, dont une fois avec toi et je me sens libre, libre, libre. Je vais fêter mes quinze années de blog en septembre. Je prépare un billet. Je pars à Biarritz une nouvelle fois en septembre et je décide que je vais désormais descendre trois fois par mois, après avoir hésité à le faire dans une ville du nord. Le temps passe. Il faut savoir provoquer son bonheur. La joie est un choix, une politesse que l’on rend à la vie, qui me gâte bien souvent. Ma tartine tombe du côté non beurré la plupart du temps. Il ne dépend que de moi désormais d’y étaler ma confiture maison.

361 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 11 comments

  • Ceve dit :

    J’ai lu. J’ai aimé. Comme d’habitude. Depuis plus de 10 ans et peut être même 14 ans. Donc c est Biarritz que tu as choisi… dommage pour Le Havre.
    Merci à Ron et Williams.

  • Séverine dit :

    C’est beau. Merci William!

    J’ai trouvé ma Laetitia cette année. Sauf que c’est un homme. Incroyable. Pur. Qui m’apprend énormément. Une relation magnifique, emplie de belles choses. De respect. Mon double. C’est tellement troublant…
    Et comme toi j’ai appris à aimer d’autres personnes. Un petit frère de cœur, que je me réjouis de voir s’élever en musique.

    Un bonheur cette année 2019. Vivement la suite !!!
    Dit celle pleine de mélancolie depuis son réveil ce matin… Sensation indéfinissable, la fuite du temps qui ne cesse de m’interpeler.

    La plus belle des suites à toi William!

  • Simone dit :

    Je t’ai lu. J’aime beaucoup ce que tu écris comme toujours…

  • caro dit :

    quel merveilleux billet. merci. Pour cette soirée et le reste.

  • sabrina dit :

    La semaine dernière j’animais une formation dans un hôtel où tu es venu déjeuner. J’ai eu cet élan, venir te parler, te dire que je te lisais depuis 15 ans, que moi aussi je blogais.

    Et j’ai pas osé te déranger, alors autant le dire ici, j’aime bcp ce que tu écris. Depuis 15 ans. Ca file.

    • Camille dit :

      Très beau billet, comme toujours. Joyeux anniversaire de blog! Je suis heureuse de voir que tu continueras à poster.

      Je n’en me lasse pas de lire cette belle histoire d’amour; et que tu continues ton chemin mental (et physique!) vers des contrées plus apaisées.

      Je sautille de joie à l´idee un nouveau livre bientôt. Le sujet va me plaire!! Merci de partager avec nous tes récits, tes émotions et tes épiphanies.

      Je t´embrasse.

  • Véronique dit :

    J’aime toujours autant te lire .
    15 ans de blog … et bien plus de fidélité à ton égard mon beau William ❤️
    Belle continuation

  • Olivia dit :

    J’ai oublié le nombre d’années depuis lesquelles je suis ton/tes blogs, 7 ou 8 ans je crois
    Certains de tes écrits me restent encore en tête, des années après et je reviens parfois les chercher pour les relire et me faire avancer dans mes réflexions ou juste par plaisir ou pour me réconforter dans des moments difficiles.
    Merci à toi, William, pour ces pépites partagées avec nous depuis 15 ans

  • Rose dit :

    Quelle vie bien remplie ! Un vrai plaisir d’en lire le récit résumé.

  • Camille dit :

    Salut Will,

    J’avais écrit un long message, qui s’est visiblement perdu.

    Je vais essayer de résumer, alors.

    Bravo. Pour ton cheminement sans cesse intelligent, tes remises en question sans pathos, avec pour seul but d’être heureux. Peu de gens en sont capables.

    Bravo pour cette histoire d’amour qui semble si intense et belle et évidente! Longue vie aux amoureux…

    Et Yeeeee-ah pour un nouveau livre! Le sujet va me passionner.

    Il y a tant à dire… mais comme tu choisis de continuer ce blog, j’en garde pour les prochains comm!

    Je t´embrasse.

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