Cinéma Vie quotidienne
1998. Souviens-toi, tu n’avais pas le téléphone…
19 février 2013
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Je n’ai pas eu de téléphone fixe dans mon logement étudiant avant mon avant-dernière année d’élève infirmier, soit vers 1997, je pense. Je venais de sortir de l’hôpital, après une énorme crise d’asthme qui avait bien failli m’emporter.

La veille au soir, très mal en point, je m’étais résolu à m’habiller, suffocant, à descendre l’escalier péniblement (je me voyais mal prendre l’ascenseur, en sueur, je me visualisais asphyxié dedans) et j’avais parcouru 300 mètres pour réveiller une amie qui habitait près de là, par chance. Je ne connaissais personne d’autre plus près. La première cabine téléphonique était à l’autre bout de l’avenue et ne marchait pas toujours, en plus de sentir l’urine.

J’avais tambouriné à la porte de mon amie, elle ne s’était pas réveillée, j’avais crié, rien. Une voisine, affolée, avait appelé les flics qui, en arrivant, avaient appelé les pompiers. Tout cela avait pris un temps fou. Les pompiers, enfin. Ça tombait bien, j’étais en train de perdre connaissance, tout bleu. J’étais passé “à ça de mourir” et le médecin était furieux, aux urgences :
– MAIS POURQUOI VOUS N’AVEZ PAS SONNE CHEZ DES GENS DE VOTRE IMMEUBLE ??? Vous êtes inconscient !!

Parce que je ne connaissais personne et qu’il était trois heures du matin, voilà pourquoi. Et puis merde, j’étais jeune.

Mes parents m’avaient installé le téléphone peu après.

Je ne sais même plus comment nous faisions, à l’époque, quand nous voulions nous joindre ou nous rejoindre. On se donnait rendez-vous, on passait à l’improviste, on fixait des dates pour le cinéma deux jours plus tard et on s’y tenait, les gens me semblaient plus ponctuels, quoi.

J’avais des cartes de téléphone France Télécom et je me souviens des premières cartes “collector” appartenant à des sociétés privées, revendant des minutes : j’étais fasciné.

On pouvait se faire rappeler dans les cabines (je ne sais même pas si cette fonction existe encore, alors que j’écris cette phrase, je réalise n’être pas entré dans une cabine téléphonique depuis plus de dix ans…) et parfois, si d’autres étudiants habitaient dans la rue, on devait attendre son tour pour pouvoir parler ou être joint. Je n’étais pas particulièrement malheureux.

J’ai eu mon premier téléphone portable en janvier 1999, chez Hutchison Telecom et c’était un Nokia. Je me souviens que mes parents trouvaient l’achat superfétatoire et que, moi-même, neuf mois plus tôt, je trouvais un peu “kéké” les mecs qui se promenaient avec un portable accroché à la ceinture (ça se faisait beaucoup, à l’époque) en me moquant d’eux. “Qui donc peut avoir besoin d’un portable à part un médecin urgentiste ? Arrête de te la péter…”.

J’ai donc moi aussi accroché mon portable à la ceinture. Et composé mes premiers SMS lettre par lettre.

En écrivant tout cela, j’ai l’impression de parler d’une autre époque, d’un autre siècle. Un truc qui n’aurait jamais existé que dans ma mémoire ou mon imagination, alors que les 2/3 de ma vie se sont passés sans portable, sans internet, sans connexion wifi.

Maintenant, je cherche des prétextes pour vivre SANS téléphone et ne pas me sentir coupé des autres. Ne pas l’allumer, je sais faire. C’est la sensation de manque et de danger potentiel que je n’arrive pas à gérer. Je travaille dessus, je travaille.

La France de 1997 est à jamais capturée pour moi dans ce chef d’œuvre qu’est “Dieu seul me voit” réalisé par Bruno Podalydès. Je repense à mes années d’étudiant quand je le revois. J’ai tenté d’en capturer l’essence dans un de mes romans, “Tous ces jours sans toi” mais bon… Je n’y étais pas vraiment arrivé. Il est disponible en Kindle, pour les plus aventuriers d’entre vous.

1990 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 5 comments

  • Gump dit :

    les cabines ont toujours un numéro de téléphone, on peut donc se faire rappeler . J’aimais bien avant , encore, quand il fallait y mettre une à une sa petite monnaie.. “ça va couper”.
    Et le tam tam , le n° de la personne à rappeler s’affichait.
    Oui , on passait à l’improviste, en regardant d’abord s’il y avait de la lumière à la fenêtre.

  • Audrey dit :

    j’ai eu mon 1er portable en 1998 pendant la coupe du monde de Foot parce que je travaillais loin de chez moi et que ma voiture tombait régulièrement en panne.
    Je me souviens du cadeau de sfr avec le téléphone : un ballon de foot…VDM

  • latinomadeintaiwan dit :

    Par rapport à la fonction de se faire rappeler: ça existe toujours oui. C’était comme ça que je me communiquais avec mon ex les premiers jours de mon séjour en France, quand j’avais pas portable et en effet, la manque de connexion m’obligeait d’être à l’heure. En effet, ça me manque un peu cette période où on tenait à sa parole, au moins pour les RDV fixés.

  • Céline dit :

    Ah là là moi c’est “Voilà” qui m’a marquée bien avant d’avoir moi même un enfant à promener dans les champs…
    Podalydès faisant découvrir les prés, le sable etc… à ce tout bébé… Quelle émotion… Je tombée dessus par hasard (merci Canal +) et suis restée captivée devant mon écran oubliant ce que j’avais à faire et ce jour là…
    Un moyen métrage devenu cher à mon coeur que j’ai eu grand plaisir à revoir avec mon amoureux, devenu le papa de mes enfants, dernièrement… Saveur différente mais émotion intacte…

  • Sandrine dit :

    Moi, j’ai su que j’avais une overdose de telephone le jour ou en sortant de la voiture, le téléphone est resté accroché au fil de l’oreillette et s’est trouvé broyé par le claquement de la portière. Très culpabilisant, mais quelle détente! Peu après ou peu avant, je l’avais oublié à la maison et j’avais passé ma journée à chercher mes amies dont je n’avais pas le numéro, a la piscine, dans les cafés… J’avais quand même fini par les retrouver, en me disant que le périple de cette journée s’inscrivait dans un temps révolu.

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