Apple remastérise, cool. Mais qu’ils commencent d’abord par…par changer leur casque pourri vendu avec l’iPod. Quand je vois des gens, dans le métro, écouter exclusivement leur musique (mal compressée) sur du matériel aussi cheap, je me demande où est le plaisir du son. Certains investissent cher dans du Beats par Dr Dre, que je trouve superbe mais dont le son orienté urbain ne me convient pas du tout : le classique, la chanson française ou même les Beatles sonnent super faux dessus.
« Apple avait réduit le carnage en 2007 en lançant le format iTunes Plus, qui n’était qu’un AAC encodé à 256 kbps qu’Apple avait l’audace de qualifier de « virtuellement indifférenciable de l’enregistrement original ». On en rit encore. D’autant que derrière cette belle harmonie technique où tout se vend soit en AAC 128 soit en AAC 256, se cache un bazar sans nom. Certains distributeurs ou labels fournissent en effet à Apple des mp3 en faible qualité qui ne sont que réencodés pour faire illusion, d’autres encodent à partir de CD, et d’autres encore – les plus consciencieux – travaillent à partir des masters.
Avec l’opération marketing « masterisé pour iTunes », Apple tente aujourd’hui de nettoyer ce foutoir en demandant aux labels de lui fournir des masters originaux afin de fabriquer… du AAC 256 kbps. Quant aux futurs nouveaux titres mis en vente sur la plateforme, Apple appelle les ingénieurs du son chargés du mastering, c’est-à-dire de la mise en forme finale du son (après l’enregistrement et le mixage) pour l’adapter à un support donné, à travailler spécifiquement pour le AAC 256 kbps : « ITunes Plus étant un format très mobile, continue la note d’Apple, ses fichiers peuvent être écoutés dans des configurations très diverses. Quand un auditeur peut utiliser nos écouteurs blancs dans un métro bruyant, [...] un étudiant peut se plonger dans le Sketches of Spain de Miles Davis avec un casque Beats by Dr. Dre. » On notera au passage qu’Apple considère qu’écouter un disque de jazz aussi vaste que Sketches of Spain avec un casque conçu pour les grosses basses et les beats compressés du hip-hop et du R’n’B moderne ne pose pas de souci… »
« le mouvement d’Apple est bizarre, commente Rabye Marouenne, responsable technique chez Qobuz, une plateforme de streaming et de téléchargement spécialisée dans la haute qualité sonore. Certes, on peut s’attendre à une meilleure qualité audio grâce à ces fichiers AAC optimisés, mais le principe est toujours de livrer de la musique tronquée. Pire : c’est désormais en amont que l’ingénieur du son va faire des choix en pensant à la première plateforme de vente de musique aujourd’hui. » Celui-ci pourra notamment penser que l’album sur lequel il travaille aura pour principale finalité d’être compressé plutôt que gravé sur un CD. Un changement d’époque qui est déjà une réalité et qui a pour conséquence de pousser des producteurs à mettre les basses et les rythmiques très en avant afin de donner du volume à une musique qui en est dépourvue ».
Commentaire de Jérôme, un lecteur :
Ce qui est très choquant , et personne ne semble réagir là-dessus, c’est que Apple puisse être autorisé par les maisons de disques et les artistes à « trafiquer » le son, strictement sans aucun contrôle… C’est une sorte d’atteinte au droit moral des artistes selon moi, le coloriage dans certains cas de monuments historiques. Il est étonnant que, à une époque ou le passé est à grand frais historiquement revisité dans une optique scientifique, on puisse faire du Viollet-le-Duc ! Et personne ne dit rien ? Au contraire, tous les efforts devraient être portés pour restituer un son aussi sincère par rapport aux sources, ou à rechercher les meilleures sources, à charge à chacun avec ses oreilles, ses appareils etc. Le problème est déjà suffisamment compliqué compte tenu du mauvais état des masters ou de leur disparition, pour ne pas accepter ce grand travestissement.




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