Ma meilleure amie (une sainte) devenait atroce en société : elle ne savait pas discuter en triangle. Si nous étions trois, physiquement, elle se tournait quasiment vers la troisième personne, jamais vers moi, et passait le reste de la discussion à parler en sa direction, à rire avec lui, exclusivement avec lui, mentalement et physiquement. Je lui ai dit mille fois. Elle recommence quand même, c’est plus fort qu’elle. Je ne me bats plus sur ce sujet, juste je me barre quand elle commence à le faire. Elle m’envoie un SMS un quart d’heure après, quand elle me cherche.
Hier, j’étais à l’anniversaire d’un pote. Arrive un garçon que je ne connais pas mais qui lui me connaît (LA situation que je déteste dans le top 5 des situations que je déteste, avec marcher sur un serpent et avaler du solupred à jeun).
- Oh, salut William
Et il me parle pendant 4 minutes, avec intérêt. Je suis content, j’ai trouvé quelqu’un qui a l’air vraiment sympa, vraiment souriant. Jusqu’au moment où débarque mon ami d’amitié, parti fumer une clope, l’ayant finie, me cherchant des yeux et m’ayant trouvé. « Hello ».
- OH HELLO (lui fait le garçon que je ne connais pas)
Avant de partir sur un mono-dialogue avec mon ami, incessant, sans un seul regard pour moi, pendant quinze minutes. Son corps était tourné vers lui, ses yeux ne quittaient pas les siens, son cou était aimanté dans sa direction.
Et moi, pendant ce temps, je fulminais. Non pas qu’il ait visiblement envie de se le taper, là, dans la pièce, ça arrive, ce genre de choses, non, juste qu’il ne sache pas socialement faire semblant, histoire de ne pas me faire passer pour le moins beau du plan à trois. Rapport à ce que je vous disais hier soir sur ma timidité, en plus, je vous laisse imaginer mon malaise. Les gens ne savent pas faire semblant.
Ce qui m’a fait halluciner, à posteriori :
* Ma jalousie (naissante) à l’encontre de cet ami, jalousie qu’il remarque et qui n’existait pas il y a quelques mois encore. Jalousie que je ne peux maitriser et qui sort, par piques régulières (par pique, j’entends une bonne giclée de lance-flamme sur l’objet de mon courroux).
* Ma stupéfaction sur l’attrait sexuel qu’il peut dégager, moi qui le regarde avec les yeux de l’amitié. Il me traverserait autant l’esprit de le désirer que de manger un chien vivant en commençant par une patte arrière. Je présume qu’il est beau, vu le nombre de garçons lui gravitant autour. Je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer, à chaque fois :
– Encore un qui te drague, c’est fou !
– On dirait que ça t’étonne…Mais ça m’arrive de me faire draguer, quand même.
– Ah ben ouais, souvent. Et ça m’épate à chaque fois.
Il arrondit les yeux quand je dis ça pour savoir si je suis méchant ou ironique. Ni l’un, ni l’autre. Je ne perçois jamais la beauté physique des gens que j’aime réellement. Quand j’aime d’amour, je ne suis attiré que par les âmes. C’est rare, hein, cela concerne peut-être quatre ou cinq personnes dans mon entourage. Mais quand ça m’arrive, je ne vois plus l’enveloppe charnelle. On est dans une autre forme de communication.
Et donc, hier soir, comme dans tout bon plan à trois qui se respecte entre des inconnus, il y en deux qui s’amusaient et un qui pensait à acheter à une carte mémoire pour l’appareil photo avant le départ en vacances, la semaine prochaine.




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