Cela étonne toujours les gens quand je leur confie que je suis timide. Atrocement timide. Complètement et irrémédiablement timide. Je déteste les groupes (au-delà de deux personnes autour de moi, je suis en groupe et je commence à être mal), je déteste parler en public, je déteste parler à un ou des inconnus, je déteste parler devant une caméra, je déteste qu’on me pose une question devant des gens, je déteste tout ce qui dépasse le cadre d’une conversation à deux mais je prends sur moi. Voilà.
Je prends sur moi.
Mieux, je me fais violence, depuis des années.
J’y vais.
Je monte au front.
J’attaque.
Je me lance des défis.
Je me colle la pression et j’y vais.
La plupart du temps, quand je vous aborde, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais vous dire. Pas la moindre. Mon dos se contracte, je mâchonne l’intérieur de ma mâchoire (vous verriez l’état de mes lèvres) et, régulièrement, je me mord la première phalange de mon index gauche (jetez-y un coup d’oeil discret, la prochaine fois, elle est très abimée) entre deux phrases. Je ne respire pas, je débite, j’assène, je rebondis, je meuble, j’envahis, bref : je suis là.
Cela me demande une énergie folle mais ce serait pire encore que de me taire et de vous regarder parler : là, je me sentirais encore plus mal car je saurais que vous allez vouloir mon avis, à un moment (ou pas, quelle horreur) et je vous écoute avec attention, et je cherche des réponses brillantes ou un échappatoire discret. Ce n’est pas moi qui mène le débat DONC ça m’angoisse d’avoir à caler sur une éventuelle réponse, qui va forcément me mettre mal à l’aise et nous mettre mal à l’aise et aaaaaaaaah.
Vous imaginez le bazar, dans ma tête ?
J’ai choisi (oui, oui) l’humour, vers mes 13 ans, comme moyen d’aborder les autres, comme moyen de les tenir à distance ou comme bouclier, parfois, aussi. Je ne me souviens plus comment je faisais avant : l’agressivité ? Les bêtises ? Il y avait probablement un autre mode de communication mais j’ai oublié. J’ai donc pris l’humour car le temps que vous éclatez de rire (trois à quatre secondes) me permet de réfléchir à la vanne suivante (c’est très rapide), de prendre un peu d’avance sur vous et donc de gérer mon angoisse, ma peur, ma timidité. Evidemment que trouver des blagues ou être dans un ping-pong verbal m’épuise tout autant mais, au moins, c’est moi qui gère. Et vous, ça vous fait rire.
Au final, tout le monde est content.
Du moins je pense.




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