Puisque je meurs aujourd’hui, je tiens à dire que je n’ai pas de regrets.
J’ai probablement été bercé par les contes de fées tv, romanesques et ciné depuis mon enfance mais je voulais plus que tout un Prince Charmant et je l’ai eu et il m’a aimé. Le reste n’a strictement aucune importance, au fond.
Je voulais des amis et j’en ai trouvé, souvent par hasard, parfois immédiatement et pour de longues années, parfois enfin en leur déclarant ma flamme, un bouquet de fleurs à la main, en frappant à sa porte (elle a accepté, nous sommes toujours amis, hein Marie ?).
Puisque je meurs aujourd’hui, je tiens également à dire que j’avais de plus en plus de mal à me chausser ces derniers temps et que je me demandais si mon pied gauche n’avait pas grandi un peu, ce qui m’ennuyait pas mal.
Et puisque je meurs aujourd’hui, savoir que Carla a trouvé l’amour, et le bon, voir l’intelligence dans les yeux de son homme et sentir son bonheur quand elle me prend dans ses bras, sentir son amour et son émotion lorsqu’elle me revoit, suffisent à me dire que je n’ai pas totalement raté ma vie affective.
Je suis plutôt satisfait de mourir aujourd’hui puisque je sais que mon scénario a plu et qu’il a suscité par deux fois l’intérêt : je n’écrivais pas dans le vent, peut-être un jour mes phrases seront prononcées par une actrice, devant une caméra. Alors, qui sait, un téléspectateur rira et ce rire, de là où je serai, me fera du bien.
J’aurais pu mourir hier mais aujourd’hui est un bon jour : j’ai emmené ma filleule à l’école et j’ai, pour la première fois de ma vie, compris que, peut-être, j’aurais pu avoir un enfant, peut-être, oui, et que je l’aurais aimé avec autant de maladresse et d’erreurs que les autres mais en faisant au mieux, comme tous les parents, quoi.
Puisque je meurs aujourd’hui, que ce soit au moins dans le département qui m’a vu naitre : je ferai attention à ne pas passer la ligne (de démarcation) avec le département d’à côté, qui se trouve au fond du jardin du paysan du bout de la route, derrière les platanes.
Je meurs aujourd’hui après avoir vu un dernier mauvais film hier au cinéma, ce qui prouve bien que rien d’extraordinaire n’arrive tous les jours, dans ma vie, contrairement à la Samaritaine où il se passe toujours quelque chose.
Puisque je meurs aujourd’hui, j’aimerais faire remarquer à Nora qu’elle doit croire plus en elle et à Thibault que je l’aime, dans le sens le plus fraternel du mot, à Olivier que je regrette de ne pas l’avoir plus appelé et à Caroline qu’elle doit cesser de fumer, à Jérémy que son appartement est magnifique mais moins que sa femme, à David qu’il a eu bien raison de quitter les voitures pour l’huile de noix et à Pauline que je crois beaucoup en elle.
Puisque je meurs aujourd’hui, je peux l’avouer : je déteste « Revolver » et je préfère « Abbey Road », de loin.
Et puisque je meurs aujourd’hui, j’aimerais vraiment que J’ai Lu déchire ce contrat et n’imprime pas « Tous ces jours sans toi », qui doit rester dans les placards ou les archives et ne plus jamais en sortir.
Je regrette de ne pas avoir eu de chats, ces dernières années et je regrette de ne pas avoir compté le nombre de jours de grisaille dans le ciel parisien, je suis sûr qu’il aurait dépassé ma propre assertion :
- Cela fait neuf ans qu’il fait gris à Paris, tu sais.



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