Cinéma
J’ai vu Skyfall : ma critique du nouveau James Bond (Spoilers)
15 octobre 2012
10



Je vais éviter les spoilers au maximum mais il y en a dans l’article, attention. Des gros.

Pour les plus pressés, voici mon avis en quelques phrases :
Skyfall conclut en beauté la trilogie reboot démarrée brillamment par Casino Royale, poursuivie un peu moins brillamment par Quantum Of Solace (tourné avec un script inachevé, fini par Daniel Craig et son réalisateur, au jour le jour) et offre enfin une vue d’ensemble sur le travail mené chirurgicalement sur l’agent 007. Il fallait ré-écrire le mythe. Et le propulser dans une nouvelle décennie, post-Bourne. Le but est atteint, malgré quelques longueurs.

Skyfall est-il un excellent film ? Oui.
Skyfall est-il un excellent James Bond ? Pas complètement…mais avec Sam Mendès aux commandes, impossible de se plaindre. Le plaisir est réel. L’émotion est palpable. Les acteurs sont dirigés avec classe. On ne peut qu’applaudir, comme les journalistes présents dans la salle. Et revoir 007 fois le film , bien sûr, au moins.

7,5/10

M est au centre de Skyfall : son personnage infuse toute l’intrigue et la conclut magistralement dans ce qui restera comme une des plus belles scènes de la saga depuis 1969 (« Au Service Secret de Sa Majesté »). Sa scène finale, en compagnie de 007, rappellera une autre femme nommée Tracy, tout aussi belle, tout aussi puissante et au destin lié à jamais à celui-de Bond. Ce dernier tiers du film ne pouvait que se dérouler là, à Skyfall, le domaine des parents de James Bond, en Écosse, dont on voit à travers le générique (chanté par Adèle, sublime titre chroniqué ici) quelle importance il aura dans l’intrigue. Ce générique a d’ailleurs chaviré mon cœur de fan, je l’ai placé immédiatement dans les plus beaux jamais crées pour un 007 : réussite époustouflante. Un petit chef d’œuvre.

Skyfall surprend, bien sûr, beaucoup et ce dès le début : le fameux pré-générique ou « gunbarrel », où Bond traverse l’écran de droite à gauche, est absent… et il faudra patienter pour le revoir en toute fin, comme dans Quantum Of Solace. Les clins d’œil à la saga sont très présents : certains sont amenés avec humour ou élégance (une voiture, une boisson), d’autres, trop appuyés, sont vraiment là pour rappeler aux plus incrédules que nous regardons un James Bond.

Incrédules car face au premier James Bond Low Cost de son temps : il n’y a pas eu de budget, du moins pas autant que d’habitude. La crise est passée par là. Le studio qui distribuait les 007 a fait faillite. L’attente depuis Quantum Of Solace a été bien longue et le fan a longtemps cru que le film ne sortirait jamais. Ce manque de moyens se voit-il à l’écran ? Oui. Désolé de le dire mais oui.
Si on met de côté une superbe scène d’action en introduction (magnifiquement montée et filmée, à moto, en voiture, en train) il reste bien peu de combats ou de poursuites à se mettre sous la dent. Les CGI ne sont pas tous à la hauteur (la scène avec les rames de métro marque clairement le pas sur des productions plus aisées) et des maquettes, régulièrement, trahissent les décors qui n’en sont plus (Skyfall, notamment). Certains passages sont décevants : personne n’est vraiment allé à Macao ou à Shangaï. A l’inverse, Londres est bien trop présent pour un James Bond. Tout a été tourné autour de deux pâtés de maisons, ou presque. Istanbul sauve la mise.

Reste alors, et heureusement, le sublime : un éthéré et magique casino flottant à Macao, un combat au sommet d’un gratte-ciel de Shangaï (lumière et montage : exceptionnels, une leçon visuelle, un bonheur, la scène se déguste), une ancienne cité abandonnée près de Hong Kong, sur un air de Charles Trenet (oui, oui), le domaine de Skyfall, bien sûr et le « nouveau » siège du MI6.

Le film souffre clairement de ses trois parties, bien trop tranchées, mais, intellectuellement, je peux le comprendre, une fois le générique fini. Si Jason Bourne a mis un bon coup de savate dans la tronche de James Bond, imposant un rythme et des effets visuels (de caméra) qui comptent désormais, dans l’inconscient des films d’espionnage, les auteurs de Skyfall ont voulu démontrer (lourdement, parfois, les scènes de procès durent une éternité) que rien ne vaut le retour aux bonnes vieilles méthodes pour s’en sortir. Un peu d’huile de coude, du courage et trois cartouches : voilà de quel bois se chauffe la dernière partie (clairement inspirée par le roman de Ian Flemming originel, « L’Espion qui m’aimait » dont l’action en huit-clos se déroule dans un motel). C’est très bien vu (Albert Finney est un poil en retrait, cependant, sauf quand il envoie balader James Bond), très bien monté et, pour tout dire, crépusculaire.

Cette dernière partie prend aux tripes.

L’étouffante et déclinante lumière d’hiver, la musique de Thomas Newman (parfait binôme de Sam Mendes), la neige parsemée, les vieilles pierres écossaises, le scope sur les collines tristes et vespérales, tout annonce une catastrophe imminente. On redoute. On se cramponne. Et l’indicible surgit alors, à la toute fin.
Coup dur.
Il fallait le talent de réalisateur de Sam Mendès pour faire avaler la pilule. Je ne respirais plus. Plus du tout. Ce fut difficile. Très difficile. Très « Potterien », dans l’âme : la fin de l’adolescence, l’entrée dans l’âge adulte. James Bond doit subir une ultime épreuve avant de regagner son service, différent mais toujours disponible. Un vrai moment clef, des scènes pivots dans la saga. Heureusement que le film se poursuit, ensuite, plus léger, j’aurais eu beaucoup de mal à retrouver la lumière dans la rue dans ses dernières scènes. La pression redescend d’un cran.

Voilà.

James Bond est devenu James Bond, désormais. Toutes les pièces du puzzle ont été assemblées.

Un dernier mot sur les prestations incroyables des acteurs, brillamment castés, extraordinairement dirigés (Sam Mendès, putain, Sam Mendès…).

Bérénice Marlohe est une des plus incroyables Bond Girl, servie par des dialogues fins… et lourds de sens : sa scène avec Bond, dans le casino à Macao, renvoie à celle avec Eva Green, dans le train de Casino Royale. Sa diction, son jeu, ses hésitations sont parfaits. Bérénice Marlohe est une très très grande Bond Girl. Séverine existe, immédiatement.

Javier Bardem, dont les photos moumoutées, décolorées, m’avaient fait halluciner est tout simplement époustouflant en Méchant : sa folie est perceptible, son emprise physique et intellectuelle sur Bond (et M) laissent à craindre le pire. Une scène un peu trop « Hannibal Lecter » nous fait redescendre en pression, au milieu du film mais sa prestation le propulse au rang des plus grands méchants de 007 (souvent ridicules dans leur emphase). Sa souffrance, son ambivalence et son amour sont crédibles. IL marquera longtemps la mémoire des fans…et celle de James Bond (qui nous apprend héhéhé quelque chose de nouveau sur sa sexualité !).

Ben Wishaw, dans le rôle de Q, est touchant : les auteurs insistent bien sur son jeune âge, son inexpérience (relative… mais inexpérience tout de même, James avait raison de le rembarrer !) et ses scènes avec Bond sont des petites merveilles de comédie, comme la série sait si bien les distiller.

Un peu plus circonspect sur Ralph Fiennes, qui manque d’épaisseur pour le rôle mais gagne ses galons dans le dernier tiers du film. Je ne suis pas convaincu par sa prestation…. Un des rares ratés du film, à mes yeux. Je ne le voyais pas là. Je vais avoir du mal.

Daniel Craig ? Parfait, comme d’habitude. Pas rasé, en costume sur-mesure ou en chemise pourrie, il fait le job, à la perfection. Un regret : le temps passe, pour tout le monde, et désormais son visage est plus marqué, plus fatigué. Il a, je pense, atteint la limite d’âge pour jouer James Bond de manière crédible ou du moins il l’aura atteinte dans le prochain film. Comme disait Roger Moore, « j’ai su qu’il était temps de raccrocher les gants quand j’eus l’âge d’être le père des Bond Girls que j’embrassais ». Nous n’en sommes pas encore là… mais à 44 ans, 47 dans le prochain Bond, il sera arrivé à ce moment où il faudra (déjà) se dire au revoir. Merci Monsieur Craig. Vous avez propulsé la saga dans une nouvelle ère. Vous avez rendu excitants et neufs tout ce que les vieux fossiles comme moi croyaient intouchables : les habitudes du passé ont été transformées, repeintes, ventilées. Elles sentent bon. Je me sens comme à la maison, juste après les travaux. Vous avez été parfait, juste parfait, depuis Casino Royale.

Merci…

Sam Mendès, tu déchires. Ah, et oui : James Bond will return.

Skyfall 7,5/10

Plus fort que Quantum Of Solace, aussi nécessaire que Casino Royale. Et maintenant, rendez-nous un peu les gadgets, merci.

Le trailer :

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There are 10 comments

  • Matoo dit :

    Belle critique, bravo !! Au moins tu ne fais pas semblant d’être un expert bondesque, d’ailleurs je ne comprends pas toutes les allusions. Mais tu donnes sacrément envie de voir le film. ^^

  • elodie dit :

    Ah William, je m’étais jurée de ne pas lire votre critique mais JE N’EN PEUX PLUS !!! J’attends tellement la sortie de ce film, je bave d’impatience. Daniel Craig est mon James Bond chouchou. Il faut dire que c’est par lui que tout a commencé pour moi…Casino Royal magistral! Je dois vous dire que je compte les jours désormais.Merci!!!!

  • jdo dit :

    un tout petit bug dans ton texte : le « gunbarrell » à la fin du film, c’est dans Quantum, pas dans Casino Royale :)

    Sinon plutôt complètement d’accord avec ta critique, j’en suis ressorti déstabilisé et touché. Une vraie réussite…..sur l’exercice de style du « reboot ». Maintenant, gros point d’interrogation sur la suite. On attend tous de retrouver plus de choses qu’on aimait dans les « classiques » (les gadgets aussi, oui 😉 ), mais forcément les comparaisons seront plus nombreuses et plus dures… Un peu inquiet mais impatient de voir la suite !

  • kangourourou dit :

    Je lis tout juste ta critique, parce que je voulais en savoir le moins possible avant de découvrir Skyfall (et j’en avais déjà vu trop à la télé sans le vouloir, genre la scène dans le métro).

    Chose faite dimanche donc. A la base, pas vraiment fan de James Bond. J’ai dû commencer à aller les voir au ciné à partir de Tomorrow never dies. Sans grande conviction, et aucun ne m’avait vraiment marqué. Jusqu’à Casino Royale. Tiens tiens, y a vraiment du bon(d) dans tout ça. Daniel Craig, classe british absolue sur gueule de mafieux russe. Quantum of Solace, bon moment aussi.

    Et Skyfall, PAF, révélation. J’allais voir un bon film d’action pour passer 2h30 sympa, en gros, j’ai finalement pris un plaisir dingue que je n’avais pas retrouvé au cinéma depuis quelques mois. Vu dans de bonnes conditions, bien entouré, l’esprit léger, ça joue aussi. Un vrai bon divertissement, bien foutu en tous points. Dont je parle à à peu près tout le monde autour de moi, ce qui m’arrive peu. Parce qu’à aller au ciné deux fois par semaine en moyenne basse, on devient beaucoup plus exigeant. Et que les moments de pur plaisir au cinéma deviennent plus rares. L’indicateur : est-ce que le film reste dans la salle une fois la lumière allumée, ou va occuper ma tête encore un peu. Là 3 jours après j’y suis encore.

    Une intrigue finalement assez simple, au regard d’obscurs souvenirs de volets de la saga dont le scénario à 12000 protagonistes et ramifications m’avait perdu en route.

    Ta critique reflète parfaitement ce que j’en ai pensé, et c’est le premier dans lequel je rentre vraiment, pendant lequel je frémis, qui me donne vraiment envie de voir la suite.

  • fortaner dit :

    Tout juste sorti du cinema je me rue sur la critique de vinvin que j’adore mais qui dévoilait tout, disait-il. Il est disons, plus critique mais renvoie vers la tienne qui est il faut le dire plus mesurée; j’ai aimé, le film, l’ambiance. Un bon film? oui, c’est sûr. Un bon James Bond, ça se discute…Vinvin a raison sur pas mal de points. Londres oui bon c est pas mal, mais niveau rêve et exotisme, difficile de se transporter. Les gadgets qui sont quand même inscrits dans le patrimoine historique de la franchise ne sont qu’anecdotiques; Enfin, le méchant qui normalement en veut à la planète entière (rien de moins pour notre James Bond) n’en veut qu’à M. Alors bon, on peut se demander… un James Bond qui sous entend qu’il ne découvre ni la voile ni la vapeur et qui s’apitoie sur le sort d’une vieille dame, on peut effectivement constater que les oripeaux bondesques de la masculinité sont bien mis à mal et s’ils ne nous ont pas transformé notre terreur en gentil métrosexuel. Plaisanterie mise à part, oui c est un bon film avec un méchant qui méritait une ambition à la hauteur de son jeu (magistral)…Merci Vinvin, merci William, le mal triomphe par l’inaction des hommes de bien.

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