Musique Vie quotidienne
Ma semaine : Twitter overdose, partage d’ego, Yann Barthès, Fredrika Stahl
22 février 2013
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J’affine un peu plus chaque semaine ma compréhension de mon « burn out numérique » récent. J’ai compris que ce n’était pas mon blog qui me vidait, au contraire. Je viens de comprendre que ce n’était pas Facebook, qui m’épuisait, tant que je ne partage pas trop de contenus dessus (si je partage, j’attends des retours, donc je reviens régulièrement voir qui a commenté, comme sur mon blog, au tout début, le « syndrome nouveaux commentaires », tu fais des refresh sans arrêt) mais c’est bel et bien Twitter qui me saoule.

Pour moi, maintenant, je distingue deux types de partage d’ego. Le partage d’ego public et le partage d’ego privé. L’un est choisi, mis en scène et interprété devant des proches, plus ou moins proches d’ailleurs : c’est Facebook. J’ai volontairement viré tous les gens que je ne connaissais pas de vue. J’étais passé l’année dernière de 2640 « amis » à 650 « humains ». Cela m’avait pris plus de dix heures, pour trier un à un les gens que je gardais. Facebook, à mes yeux, est donc un lieu de partage d’ego « privé » (« privé » dans un sens moderne, stricto-sensu le partage d’ego privé se fait devant son miroir ou son conjoint). Je choisis ce que je mets en scène, partage, commente et peux choisir, en ajustant les paramètres, ce que mes connaissances mettent en scène, commentent et partagent. C’est un réseau social que j’adore, en fait. J’aime sa beauté, j’aime l’abondance de choix qu’il nous propose (musique, vidéos, news, jeux, manque encore les GIF pour être parfait) et j’aime sa messagerie privée, l’historique de mes voyages ou de mes concerts, j’en profite encore mieux avec l’application gratuite TimeHop sur mon iPhone, application que je vous recommande et qui vous enverra chaque matin ce que vous faisiez sur les réseaux sociaux l’an passé ou deux ans plus tôt ou quatre ans plus tôt. Énorme.

Le partage d’ego public sur Twitter ne me correspond plus. D’abord je trouve le lieu violent. Les « stars » qui s’expriment sur le net confondent souvent Twitter, Facebook, les blogs et les rédactions Web, mélangeant le tout et qualifiant l’ensemble de « merde », comme Jean Dujardin récemment. Non, internet n’est pas un ensemble uniforme. On y trouve de tout et souvent du bon, parfois du très mauvais : comme chez le libraire, comme chez le kiosquier, comme chez Auchan. Mais Twitter représente désormais à mes yeux tout ce que j’exècre dans la société de divertissement actuelle : la brièveté des propos, l’absence de fond (limitée techniquement à 140 caractères), la rapidité de l’annonce (futile ou essentielle) chassée par une autre ou le pilonnage d’une news/d’une émission de TV en direct (le live-tweet) ou d’un décès (via des jeux de mots) jusqu’à l’overdose, emmenant les lecteurs intéressés ou pas à entrer dans la danse et à pilonner eux-mêmes (par peur de manquer un évènement que la masse édicte comme la norme), à critiquer ceux qui critiquent, à jaser sur ceux qui ironisent, à encenser ceux dont ils attendent une faveur, à relayer des informations qu’ils n’ont eux-mêmes pas lues bien souvent (90% des liens RT ne sont pas lus par la personne qui le RT, chiffre officiel).

Je tweete comme je fumais : par ennui, par habitude, pour masquer ma gêne ou sans réfléchir aux conséquences de ce qui entre sort de ma bouche, pour le coup. Je tweete car j’ai l’impression que mon opinion compte, que mes lectures comptent, que ma voix porte, que ma communauté a besoin de moi et que moi j’ai besoin d’elle. Je ne tweete plus par plaisir, 95% du temps.

Je tweete parce que ça me donne l’impression de vivre.

Pitié. Je tweete parce que j’ai peur. Peur de l’ennui, peur de la solitude, peur de ne « pas en être ».
Non. Je n’ai plus quinze ans. Et j’ai une belle vie. Quand je décide de la regarder de plus près, objectivement, en pleine conscience.

De plus, Twitter en France est trusté par une communauté professionnelle qui prend le service pour un IRC perso. C’est devenu épuisant, aussi. Il n’y a pas plus corporate que cette communauté (elles le sont toutes, j’ai bossé avec des médecins, des enseignants) mais il n’y a pas mieux organisé sur Twitter pour se repérer, se fliquer, se balancer des piques ou des chiffres d’audiences ou le bon lien qui tue. C’est devenu la dictature du New (VS Old), du LOL (la version moderne du cynisme) et de la lèche/haine permanente via les Favoris ou les bons mots servis avec @ ou non.

Ce partage d’ego public, c’était mon Nutella. Et mes artères ne lui disent pas merci. Mon cerveau reptilien déteste l’idée que cette came abondante, infinie, surprenante, disruptive n’offre au final qu’un intérêt mineur dans la vie d’un adulte connecté. Il me susurre que je devrais chasser ces pensées impures et rentrer dans la danse, avec les autres. Las, je suis un addict au web comme je le fus pour d’autres substances légales : quand je fume, c’est deux paquets minimum, quand je mange, c’est pour deux et quand je tweete, c’est toute la journée. Je ne connais pas la demi-mesure. Alors il faut agir.

La pleine conscience. Il ne sert à rien de se lamenter sur toutes ses heures perdues, sur ma propre inertie, sur ma faiblesse (je fuis, je reviens, je fuis, je reviens, je suis au régime, je craque, je suis au régime, je craque), non, il faut regarder le présent et renoncer aux promesses de. Agir en pleine conscience, comme les pas que je pose ou comme les paroles que je suis censé prononcer. Pourquoi je suis sur Twitter ce matin ? Que viens-je y trouver ? Que viens-je y apporter ? Qu’attends-je de ma présence en ce lieu, dans le fond ? Où sont les gens qui veulent réellement entrer en contact avec moi ? Au final, surtout, de ces cinq années passées à tweeter, qu’en ai-je retenu ? Qu’est-ce que j’y ai gagné ? Qu’aurais-je pu produire de plus enrichissant pour moi, ailleurs ?

Je ne renie rien. Je veux simplement trouver plus d’équilibre. Et tweeter m’emporte dans l’excès. Je ne sais pas me modérer.

 

Neuvième chronique. Je m’étais collé la pression tout seul. Yann Barthès donne peu d’interviews. C’est du direct. Je passe en dernier. L’audience est bonne, depuis la rentrée. Je mets une cravate, je ne choisis pas le pull que Johanna, l’habilleuse, me prête. Je ne sais pas si ça me va mais je le garde quand même. Le pull me protège, en quelque sorte. Il l’a toujours fait, à l’adolescence, en tout cas. Vieilles angoisses d’ado qui remontent soudain et la même marque pour me carapaçonner.

Prévu de parler d’autre chose, au début de la semaine, j’avais même écrit toute une chronique sur « House of Cards », Netflix, le binge viewing et puis tout jeté la veille, trop « insider », pas assez grand public, se recentrer sur les gens qui nous regardent, se recentrer sur ce que mes parents peuvent comprendre ou non de ce que je dis. S’ils comprennent, c’est bon. S’ils ne comprennent pas, j’échoue.

C’est ça que les Haters ont du mal à capter quand ils entendent parler des gens dans le poste à des heures de grande écoute : oui, forcément, je parle avec des mots et des phrases que je choisis comme je peux, en fonction de mon émotion (c’est du direct = c’est de la scène = il n’y a pas de filet = chacun sa merde, gère toi toi-même comme tu peux et bon courage, tu es seul maitre à bord) sur un sujet qui n’est pas toujours forcément celui dont j’aurais aimé parler à la base (mais je suis un rouage d’une émission de télé où on me laisse une latitude gigantesque, je mesure ma chance !!) avec un langage qui doit être le plus universel possible. Regardez ma tête quand Laurence Ferrari (qui a toujours raison, sur ce point, quand elle me préconise d’employer des mots compris par tous) me demande de définir LOL. J’en suis incapable.

Ma vraie phrase écrite sur ma fiche, devant mes yeux, sur la table, va bien plus loin dans l’analyse, en fait, j’explique que c’est un LOL issu du Web, nourri par le Web et les codes du Web, le Petit Journal, le format, le disruptif, l’abondance, la variété, le prêt au partage sur les réseaux sociaux. Et là, pim, direct, je ne sais pas comment expliquer LOL. Le temps presse, on est en retard et moi je ne sais pas comment expliquer simplement LOL. C’est drôle, non ? Donc je lance la séquence vidéo et je passe à autre chose. Deuxième moment plus « OMG », un peu plus tard, regardez ma tête : Laurence me dit « Deux », signifiant que je dois accélérer car nous sommes VRAIMENT en retard, que je dois passer à mon point suivant et je ne la comprends pas, car j’en suis à mon quatrième point. Je flotte, alors, semblant dans les airs quelques instants :)

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

ou là

Pour voir la chronique face à Yann Barthès, c’est par ici.

Je le croise, avant, dans sa loge et nous parlons. Je le trouve simple et touchant, à l’écoute. Je le découvre. Je parle librement. Nous échangeons. J’en ai besoin pour comprendre à qui j’ai affaire. Je suis rassuré. Il est en pleine conscience, pour le coup, pendant ce moment. Je fais référence au livre de Michel Serres, Petite Poucette, dont nous parlerons à l’antenne tout à l’heure. Ce livre m’a ouvert les yeux sur la génération 15/20. Fascinant. A lire. A lire.

Showcase de Fredrika Stahl, hier soir. Brillant. Brillant. J’y reviendrai. Bien sûr.

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There are 7 comments

  • Cécile - Une quadra dit :

    Ce que tu dis de Bartes est ce qui est ressorti d’une amie qui l’a rencontrée alors que le petit journal était encore petit, tant mieux il n’a pas pris trop le melon, il reste accessible c’est chouette ça. Pour le flottement au 2 oui ça s’est vu mais c’était plutôt « amusant » de voir que la chef s’était mélangé un peu les pinceaux sur les point abordés 😉 Je trouve que tu progresse vachement, tu es (ou semble) plus libre, détendu maintenant qu’au début de tes chroniques alors que le stress doit être bien plus fort du fait du direct.

    Pour Twitter j’ai quasi cessé d’y participer, je vais lire de temps à autre, lorsqu’un événement qui m’interresse se passe, genre j’ai suivi assidument #directAN mais je n’y intervient plus que très sporadiquement parce qu’en fait j’ai trouvé ça très chronophage, un peu comme MSN et autre truc de dial en direct ou un échange en entraine un autre etc et ma foi c’est peu trop pour moi qui fait souvent des passages éclairs tant sur FB que Twitter et je n’aime pas laisser un échange en plan au milieu parce que faut que je file faire réciter la leçon d’histoire ou reprendre le boulot une fois la pause finie par exemple. La reprise en différé ça fonctionne avec FB parce que l’historique des échanges reste visible il est assez facile de les poursuivre alors que sur twitter si tu réponds à un tweet une heure après tu passes pour un gros boulet. Donc désormais c’est quasi en lecture seule, avec parfois un RT de truc qui m’a vraiment soit amusé soit semblé important.
    Sur FB je prend plus le temps de suivre les gens que je connais IRL ou virtuellement depuis pas mal de temps, d’échanger avec eux, je fais parfois le ménage, j’utilise les listes pour gérer qui voit quoi etc je me sens plus à l’aise ça correspond plus à ma façon de procéder dans la vie.

  • Luc M. dit :

    Tres intéressant billet William. La confusion entre sphère publique et sphère privée, reste, je pense, un des gros problèmes de notre vie en société actuelle.

  • Corinne dit :

    Twitter m’a tenté mais je n’y ai jamais succombé… j’ai résisté parce que facebook me « happe » déjà souvent et que j’y passe bcp trop de temps, j’avoue alors ce truc violent et tous ces mots amputés, j’peux plus, ça ne me tente pas, et pareil, tout ce forum politique qui fait de twitter une nouvelle arène… non merci !
    La chronique sur Le petit Journal et YB je la trouve bien… c’est à peine si on sent ce léger « flou » pour le LOL, mai svraiment pas, si je n’avais pas lu ton billet, je n’aurais rien vu…
    (Bon sinon elle passe à quelle heure ta chronique sur la grand huit ?)
    Et puis si j’avais su que tu étais à l’affût de nouveaux comm, j’aurais commenté plus souvent… car souvent je lis mais j’ai l’impression de faire tâche au milieu des habitués des comm, c’est comme s’inviter à une bouffe entre copains, enfin c’est bizarre quoi :-). Mais ça c’était avant !

    • William dit :

      Je ne suis pas autant à l’affût de nouveaux commentaires comme j’ai pu l’être il y a huit ans mais ça me fait toujours plaisir d’en lire. Je me surprends à ne plus y répondre depuis quelques jours, chose que je n’ai jamais fait. Je sais pas ce qu’il m’arrive :)

  • Mike dit :

    J’avais raté quelques chroniques à cause du boulot, je trouve que t’améliores à vitesse grand V. Super plaisant à écouter et à regarder. Un vrai pro, tu gères !

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