Livres
Quelques mots sur le livre à venir
24 février 2016
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C’est presque miraculeux mais j’ai retrouvé un livre totalement inédit en fouillant dans mes…mp3, il y a quelques mois. Un .doc que j’avais égaré.

J’avais, entre la fin 2006 et le printemps 2007 entrepris de raconter mon quotidien en maison de retraite. Je ne postais alors aucun texte sur le blog pour ne pas avoir d’ennuis avec ma direction. J’étais venu présenter à Virginie le manuscrit finalisé (nommé à l’époque « La vieille dame au dernier étage ») qui constituait le dernier volume de la trilogie « Ron » : La chambre d’Albert Camus (2006, J’ai Lu), Quel beau métier vous faites (2007, J’ai Lu) et La vieille dame au dernier étage (inédit).

Nous avions déjeuné et évoqué la sortie du livre, pour le début de l’année 2008 avant que Michel Lafon, l’éditeur, assis à la table d’à-côté, ne nous coupe et me demande comment j’allais. J’avais alors raconté mon quotidien d’infirmier et il avait tranché, définitif :

– C’est pas un roman de plus que tu dois nous sortir. Ou de l’auto-fiction. C’est un doc. Un bon doc. On va en vendre dix fois plus. Ton roman, on le sortira plus tard si tu veux. Mais moi je pense que tu n’as rien à faire chez moi. Tu as un vrai talent d’écriture. Tu es un auteur. Va voir ailleurs.

(Il avait raison. Le doc, sorti sous le titre « Maman, est-ce que ta chambre te plait » avait cartonné, ma plus grosse vente à ce jour)

De fait, j’étais parti chez Plon avec le succès que l’on sait (l’horreur absolue) puis chez Robert Laffont (j’ai un peu merdé, sur ce coup) et je n’avais pas franchement trouvé le bonheur. Autre temps, autre époque. Ce serait à refaire, avec ce que je sais sur moi, désormais, bien sûr que je continuerais de faire le gugusse à raconter des trucs sans grand intérêt à la télé et bien sûr que je continuerais à sortir des livres dans de grosses maisons d’éditions qui n’en ont cure des petits auteurs. Bien sûr. Mais j’ai choisi l’ascension par la face Nord. Accroche tes crampons, champion.

Retombant sur ce manuscrit, l’année dernière, je décide de l’envoyer à ma nouvelle éditrice, Florence, chez Pygmalion, avec un autre, très autobiographique (comme si j’avais jamais écrit sur autre chose que sur moi…) pour qu’elle choisisse entre les deux. Elle a opté pour le second qui sortira en juin sous le titre « IEFP ». Je n’aime pas donner mes titres avant leur sortie, pardon.

Evidemment, le relisant maintenant, à l’aune de ce que j’ai appris sur moi en janvier, je le trouve un peu fade. Raffaël me dit souvent que mon propre avis sur mon travail importe peu. Qu’en général l’avis d’un auteur sur sa propre production n’a pas grand intérêt. Que souvent les artistes dénigrent leur oeuvre. Lennon disait être déchiré entre tout ce que les Beatles avaient produit (de la merde, en gros) et ce que lui entendait dans sa tête. Soit. Raffaël parle de mon écriture comme de « la petite musique ». Je trouvais ça mignon avant d’apprendre qu’il avait Sagan en tête. Holy shit.

Disons que j’aimerais qu’il soit encore plus personnel mais comme il évoque l’homme avec qui j’ai vécu onze années, je dois trouver le juste milieu entre le respect de son intimité, de notre ancienne vie commune et le besoin de parler des derniers jours tristes avec lui. Le livre se concentre sur les trois dernières années. Il reprend des textes déposés ici. Les remet dans le contexte. Je me suis rendu compte que c’est devenu ma méthode d’écriture pour les choses les plus personnelles : j’ai besoin du blog pour poser mes paroles. Je les laisse un temps ici puis je les retire. J’attends quelques mois. Quelques années. Je les relis et les dispose alors dans un manuscrit, dans un ordre qui me semble soudain logique et voilà. Un livre.

Parfois certains articles disparaissent à jamais, comme celui que cette lectrice réclamait l’autre jour (« J’ai joué, j’ai perdu ») mais il en reste une trace vive dans vos mémoires et dans la mienne. Parfois ils finissent imprimés sur du papier. Le plus souvent, ils finissent tranquillement leur vie sur le blog. Google passe et repasse alors dessus chaque jour, comme l’Océan sur une plage des Landes, finissant par polir des textes qui trouvent un lectorat surprenant, des années après avoir été écrits. Magie des requêtes.

Et, évidemment, ce matin, je me dis que nous aurions dû sortir « La vieille dame au dernier étage ». Que je trouverai probablement fade aussi quand viendra son heure. On ne se refait pas. J’éprouve également une frayeur rétrospective en le relisant, celui-là, car il est si daté dans ma vie d’homme, si ancré dans ma vie professionnelle et tellement empreint de sentiments et de « moments » en blouse oubliés que je serais bien incapable de l’écrire aujourd’hui. On dirait un autre garçon qui parle.

J’ai donc écrit huit livres entre 2006 et 2015.

Source image

PS 1 : Vous êtes terribles à ne pas commenter les billets les plus tristes, comme celui d’hier. Je trouve ça formidablement drôle, le lendemain, de découvrir si peu de commentaires. Heureusement que j’ai le moral et qu’il fait beau, en ce mercredi matin ! Je me dis que ce doit être de la pudeur ^^ Les statistiques montrent, mais nous le savions déjà à la belle époque des blogs, comme chez ce cher Matoo, que plus nous sommes malheureux en ligne et plus vous nous lisez. Je découvre les commentaires généralement 24H après avoir écrit le billet.

PS 2 : Je vais à Istanbul la semaine prochaine, voyage éclair. Quel est votre top 3 ?

 

 

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There are 15 comments

  • Adamante dit :

    Au début, je ne lisais pas spécialement avec intention. Les tranches de vie n’ont habituellement pas d’impact sur les autres tranches de vie.
    Je me retrouve à lire avec assiduité, et à savourer du Post Scriptum parfait.
    Merci pour ces épices.

  • Pour Istanbul, je te conseille de regarder l’épisode de Parts Unknown, sur Istanbul, d’Anthony Bourdain 🙂

    https://youtu.be/5Vj03Tv_luo

  • Sofy dit :

    Je ne peux pas m’exprimer pour tes autres lecteurs et lectrices, mais en ce qui me concerne, oui c’est clairement de la pudeur (j’avais répondu dans ma tête par ce mot avant même de lire ta suggestion) :
    celle qui fait que je suis bien incapable de commenter ton intimité, si joliment délivrée soit-elle et malgré ce qu’elle peut remuer chez moi
    et celle qui me fait refermer ma coquille quand ton sujet fait par endroits un peu trop écho à ma propre intimité
    Mais ne crois pas que le faible nombre de commentaires soit une remise en question de ton talent !
    D’ailleurs as tu pensé à l’interprétation inverse ? C’est peut être justement parce que ton texte est fort et de haute qualité qu’il est d’autant plus difficile de faire un commentaire qui ne tombe pas à plat derrière … non ? 😉

  • ZWP dit :

    pudeur, et temporalisation, ne pas répondre dans la précipitation, laisser les mots couler, s’en imprégner et réfléchir sur soi…

    c’est un cadeau de pouvoir vous lire.
    Peut être faudrait-il rendre la pareille? Ré-agir? Je ne sais pas…

    Mais quelque part, être lu, n’est-ce pas comme être écouté, avec le respect de celui qui écoute et qui ne cherche pas forcément à remplir l’espace… car parfois, il n’y a rien à dire et la sagesse réside dans l’écoute/la lecture?

    • William dit :

      J’avoue que je n’écris pas pour les commentaires. Mais parfois, zéro écho et j’ai l’impression de parler dans le vide. Les chiffres de passage démentent mon impression.
      Merci d’avoir pris le temps de me dire tout ça.
      Merci…

  • eviram dit :

    Istanbul: Sainte Sophie, Istiklal, Saint Sauveur in Chora (mais c’est vraiment parce que tu en demandes seulement 3)
    Quant à commenter sur les billets les plus tristes… je ne commente jamais alors que je te lis depuis Ron donc je ne me sens pas visée HAHA… Celà dit ton billet faisait étrangement écho au dernier post de blog de Didier Lestrade que tu as forcément lu, et m’a rendue doublement triste

  • PSKL dit :

    J’aime beaucoup retrouver Ron au fil de tes derniers billets, il me rappelle une période personnelle agréable et comment dire, depuis que tu as commencé ce travail quotidien d’écriture d’un billet (mes compliments pour la ténacité) j’ai le sentiment que tu nous livres ta « globalité ».
    Dans mon souvenir personnel d’une certaine époque tu cloisonnais beaucoup plus et tu avais des mots très durs pour cette période « en blouse ».
    Même si aujourd’hui tu es très différent de l’homme en blouse, tu nous en propose une image beaucoup plus apaisée (je le ressens de cette manière).
    pour ce qui est du billet d’hier, il est vrai qu’il est plus difficile à commenter, personnellement, je ne voudrais surtout pas blesser ou utiliiser des mots qui prêtent à confusion.
    Et puis j’avoue ce texte a une résonnance très intime alors….

  • Géraldine dit :

    C’est effectivement de la pudeur. Peut-être aussi parfois la peur d’être perçue comme « négative » …
    En tout cas, malgré que nous ayions une vie très différente, je me retrouve bien souvent dans tes écrits. C’est très bizarre parfois, car je me dis que si je savais l’exprimer, je dirais exactement les mêmes choses que toi.
    Mais tu le dis d’une façon parfaite et tes mots ont l’art d’entrer en résonance avec ma propre histoire, alors je me contente de lire…et puis de réfléchir …
    En tout cas, ça fait du bien. Merci 😉

    PS : les textes drôles me plaisent bien aussi. J’avais adoré ton addiction à candy crush ! j’ai la même ^^ ! (et c’est le seul jeu auquel je joue d’ailleurs).

  • Emilie E dit :

    Je rejoins les autres commentaires, texte fort, touchant et beaucoup de pudeur…
    Mais il y a un bout de ce billet qui a déjà disparu?! Heureusement que je l’ai lu dès sa parution !!!!

  • Christelle dit :

    Bonjour William,
    Oui c’est de la pudeur de ne pas répondre ou la peur de paraitre idiote aussi .
    Sache que je te lis depuis longtemps et pas écrit de commentaires, alors que beaucoup de tes textes me touchent. Je suis infirmière comme tu l’as été (pour moi libérale) et je t’ai connu avec Ron. D’ailleurs tes écrits m’ont aidé, à me positionner à évoluer, à passer des paliers dans ma profession. Comme quoi, tu as fait du bien sans le savoir, jusqu’à aujourd’hui. J’étais un peu déçu l’année dernière quand je voyais moins de posts, mais je suis toujours revenue en me disant il n’arrêtera pas comme ça….Et j’ai bien fait. J’aime cette introspection que tu as, cette manière humaine de considérer tout ce qui t’entoure, la vie, les évènements, les êtres autour desquels tu gravites. Tu ne fais pas semblant tout le temps d’être joyeux, tu sais être toi avec tes joies, tes tristesses, tes états d’âme et j’aime tes blogs pour ça. Et je suis sure que tu trouveras la personne qui saura te caresser avec tendresse, parce que les âmes comme les tiennes ne méritent pas d’être seule. Je t’embrasse bien fort William.

  • Christelle dit :

    Bonjour William,
    Oui c’est de la pudeur de ne pas répondre ou la peur de paraitre idiote aussi .
    Sache que je te lis depuis longtemps et pas écrit de commentaires, alors que beaucoup de tes textes me touchent. Je suis infirmière comme tu l’as été (pour moi libérale) et je t’ai connu avec Ron. D’ailleurs tes écrits m’ont aidé, à me positionner à évoluer, à passer des paliers dans ma profession. Comme quoi, tu as fait du bien sans le savoir, jusqu’à aujourd’hui. J’étais un peu déçu l’année dernière quand je voyais moins de posts, mais je suis toujours revenue en me disant il n’arrêtera pas comme ça….Et j’ai bien fait. J’aime cette introspection que tu as, cette manière humaine de considérer tout ce qui t’entoure, la vie, les évènements, les êtres autour desquels tu gravites. Tu ne fais pas semblant tout le temps d’être joyeux, tu sais être toi avec tes joies, tes tristesses, tes états d’âme et j’aime tes blogs pour ça. Et je suis sure que tu trouveras la personne qui saura te caresser avec tendresse, parce que les âmes comme les tiennes ne méritent pas d’être seule. Je t’embrasse bien fort William.

  • Christelle dit :

    Bonjour William,
    Oui c’est de la pudeur de ne pas répondre ou la peur de paraitre idiote aussi .
    Sache que je te lis depuis longtemps et pas écrit de commentaires, alors que beaucoup de tes textes me touchent. Je suis infirmière comme tu l’as été (pour moi libérale) et je t’ai connu avec Ron. D’ailleurs tes écrits m’ont aidé, à me positionner à évoluer, à passer des paliers dans ma profession. Comme quoi, tu as fait du bien sans le savoir, jusqu’à aujourd’hui. J’étais un peu déçu l’année dernière quand je voyais moins de posts, mais je suis toujours revenue en me disant il n’arrêtera pas comme ça….Et j’ai bien fait. J’aime cette introspection que tu as, cette manière humaine de considérer tout ce qui t’entoure, la vie, les évènements, les êtres autour desquels tu gravites. Tu ne fais pas semblant tout le temps d’être joyeux, tu sais être toi avec tes joies, tes tristesses, tes états d’âme et j’aime tes blogs pour ça. Et je suis sure que tu trouveras la personne qui saura te caresser avec tendresse, parce que les âmes comme les tiennes ne méritent pas d’être seule. Je t’embrasse bien fort William.

  • Christelle dit :

    Bonjour William,
    Oui c’est de la pudeur de ne pas répondre ou la peur de paraitre idiote aussi .
    Sache que je te lis depuis longtemps et pas écrit de commentaires, alors que beaucoup de tes textes me touchent. Je suis infirmière comme tu l’as été (pour moi libérale) et je t’ai connu avec Ron. D’ailleurs tes écrits m’ont aidé, à me positionner à évoluer, à passer des paliers dans ma profession. Comme quoi, tu as fait du bien sans le savoir, jusqu’à aujourd’hui. J’étais un peu déçu l’année dernière quand je voyais moins de posts, mais je suis toujours revenue en me disant il n’arrêtera pas comme ça….Et j’ai bien fait. J’aime cette introspection que tu as, cette manière humaine de considérer tout ce qui t’entoure, la vie, les évènements, les êtres autour desquels tu gravites. Tu ne fais pas semblant tout le temps d’être joyeux, tu sais être toi avec tes joies, tes tristesses, tes états d’âme et j’aime tes blogs pour ça. Et je suis sure que tu trouveras la personne qui saura te caresser avec tendresse, parce que les âmes comme les tiennes ne méritent pas d’être seule. Je t’embrasse bien fort William.

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