Vie quotidienne
Les années
26 octobre 2017
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Faut-il être stupide, innocent ou jeune, très jeune (j’ai longtemps été les trois à la fois) pour choisir comme saison préférée l’automne, juste avant l’hiver, pour se délecter des pulls sur les épaules, des couleurs superbes sur les arbres et des soirées sous le plaid, assis près du “poêle” à regarder la télévision et, ému, la buée intérieure sur les vitres ?
J’arrive ce matin au bureau et il fait nuit encore, je comprends alors que nous rentrons dans le cycle des journées de travail où je partirai dans la nuit pour revenir dans la nuit, ne voyant plus mon domicile que sous éclairage électrique (quelle triste époque vivons-nous, d’ailleurs,  pour subir ces ampoules longue durée / basse consommation qui n’éclairent rien et créent de la déprime au kilowatt, ambiance Pologne Jaruzelski) et que je ne me sentirai pas vivre de nouveau avant de long mois.
Fallait-il être stupide, innocent ou très jeune pour souhaiter vivre en Alsace ou « Dans le Nord », comme je le fis au printemps 2001, dans le 68, fort belle région (je pensais que les Landes étaient un peu reculées, un peu terroir mais si vous aimez Retour vers le Futur, je vous conseille le Sundgau d’il y a quinze ans et peut-être encore maintenant, qui sait ?) car je « n’aimais ni la chaleur, ni les touristes sur la côte et la mer m’ennuyait… ». Certes, mais j’y revenais autant que je pouvais, tous les deux mois, en avion, Mulhouse/Lyon puis Lyon/Biarritz. C’est fou comme 800 kilomètres en diagonale peuvent jouer sur les nuages, la température et l’humeur. Mon couple de l’époque n’y a pas survécu.
C’est maintenant que je suis vieux (pour un fan de Jul, les derniers lecteurs réguliers de Claude Sarraute me trouvant sûrement encore un peu tendre au goût à leurs yeux) et que j’ai mal aux pieds quand je sors du lit le matin, qu’on me trouve « fatigué » alors que je viens de dormir huit heures, le luxe, que je trouve le monde épuisant de bêtise et Snapchat aussi irritant et inutile que les cohortes de clips le matin sur NRJ12, c’est maintenant que je trouve des poils blancs sur ma barbe – et une amie m’avait dit, Caroline, je crois, « Chéri, ce n’est rien, attends de découvrir des poils pubiens blancs, là c’est le summum » que oui, le poète a bien raison, le printemps et l’été sont les deux seules saisons qui se valent dans le fond et que je veux bien aller cueillir la rose éternellement avec toi, mignon, juste pour le plaisir de sentir la rosée du petit matin et cette délicieuse lumière de la vie qui jaillit sur ceux qui comprennent enfin, mais un peu trop tard, qu’elle est un cadeau rare, précieux et limité dont il faut jouir sans trop tarder ou trop râler.
Chaque Noël survient désormais encore plus vite dans mon année et toujours trop tôt. Je descends alors à la cave, chercher les décorations et, en revenant de Leroy-Merlin avec mon arbre sous le bras, je me prends désormais à murmurer : oui, ça sent le sapin.
Agnès, qui connaît très bien Yokohama, va frémir mais tant pis :
Rions, chantons, ô mes amis, Occupons-nous à ne rien faire, Laissons murmurer le vulgaire, Le plaisir est toujours permis. Que notre existence légère S’évanouisse dans les jeux. Vivons pour nous, soyons heureux, N’importe de quelle manière. Un jour il faudra nous courber Sous la main du temps qui nous presse ; Mais jouissons dans la jeunesse, Et dérobons à la vieillesse Tout ce qu’on peut lui dérober. Évariste de Parny.

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There are 2 comments

  • yotsuya dit :

    Ah, Yokohama… nostalgie, quand tu nous tiens. Ah, Evariste et son cabinet de toilette… Osé, dis donc. Tu me surprendras toujours.

  • Cathy dit :

    Le printemps a toujours été ma saison préférée et pas seulement parce que je suis une fille d’avril. C’est juste que c’est la vie qui revient et qui emporte tout sur son passage, l’hiver et les humeurs grises qui vont avec.
    Pour les poils blancs, je compatis, j’ai eu mon premier cheveu blanc à 15 ans (si, si !) et ça fait quand même tout drôle… Mais comme ça va avec une période de vie où je suis bien plus en accord avec moi-même qu’à mes 20 ans, je le vis plutôt bien 🙂
    Belle journée à toi William et si ça sent le brouillard ce matin, ça ne sent pas du tout le sapin ici 😉

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