Livres Musique
Les Beatles & Abbey Road : l’art de tromper son monde
13 mars 2012
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Je dévore (il n’y a pas d’autre mot) en ce moment l’ouvrage de Peter Dogget (lien) consacré aux Beatles, période 1970/2012, un moment dans leur histoire rarement couvert par la plupart des bios qui s’arrêtent en 1970 ou, de manière plus convenue, à la mort de Lennon, comme si elle avait vraiment signé la fin des Beatles. Alors que non. Après avoir lu peut-être 200 ou 300 livres sur le sujet et une montagne d’inexactitudes, de rumeurs, d’essais bâclés, je commence à comprendre que le ver était dans le fruit à la mort du manager Brian Epstein, en Août 1967. Ils avaient même un manager homosexuel, les Beatles : ils étaient vraiment cools.

Sidérant de constater à quel point les papiers signés dans une vie d’artiste peuvent engager tant d’années de souffrance, derrière, à récupérer son dû ou à vouloir grappiller un peu plus de royalties face à un EMI qui avait signé le contrat du siècle. Du siècle. Une pensée pour DECCA qui après voir refusé les Beatles, les trouvant peu commerciaux…signa les Rolling Stones. Si ça c’est pas le karma !

La galaxie d’entreprises crées sur le dos des Beatles (une trentaine) pour leur faire payer moins d’impôts devient rapidement ingérable car les garçons ont la prétention de gérer ça eux-mêmes… ou de refiler le bébé à des copains d’enfance complètement débordés par la tâche ou défoncés toute la journée (voire les deux en même temps). On ajoute à ça les droits de leurs propres chansons qu’ils n’ont plus qu’en partie, les problèmes d’héroïne de Lennon, l’arrivée de Yoko Ono, l’épuisement après des années au sommet et on aboutit à…à…La création du plus grand album pop-rock au monde, Abbey Road, composé dans la douleur et la violence. Sublime, pourtant. Pas une seconde à jeter. Lumineux. Puissant. Positif. Limpide.

Comme si la musique, en studio, leur permettait encore une dernière fois d’exister véritablement, d’exprimer tout ce qu’ils avaient de plus profond en eux. Imaginez qu’Abbey Road a été enregistré principalement à trois Beatles (le quatrième, à tour de rôle, s’éclipsait pour fuir la tension ou enregistrait ses propres compos dans un studio de l’autre côté du mur) : il aurait envoyé encore plus de phat si l’amitié des débuts avait existé à cette période-là. Même si les pro-Lennon diminuent ses mérites en n’y voyant qu’un « McCartney Project Album » (So what ?), à commencer par John Lennon lui-même, il demeure une pierre angulaire de toute collection rock débutante. On ne peut pas vivre sans avoir passé 44 minutes, une fois, allongé sur son lit, à écouter Abbey Road en entier, de la première à la dernière chanson.

La fin du jeu « Beatles Rock Band » qui reprend le dernier morceau et y colle un dessin animé psychédélique est une merveille du genre (commenté ici par une fan qui décrypte les allusions cachées par les dessinateurs).

Un regret, éternel : Lennon, mort onze ans après la séparation, dont on extrait toujours les commentaires pour éclairer telle ou telle partie de l’œuvre, n’a jamais eu le temps de prendre le recul nécessaire, de trouver l’apaisement face à son travail de titan. Il n’était que colère, pendant la plupart des années 70, et au bord du divorce, juste avant sa mort. Sa rupture avec Yoko Ono était imminente. J’imagine sans peine que les retrouvailles en studio (prévues par « contrat ») pour 1981 -John avait donné son accord- entre les quatre garçons auraient été un peu tendues, les premiers jours.

Probablement que le travail ensemble n’aurait pas dépassé les bons albums de l’époque (1980/1981 : « Tug Of War » pour Paul, « Double Fantasy » pour Lennon »). John avait déjà eu du mal à produire sept titres pour son propre album et Yoko Ono, ironie du sort, s’attira les bonnes critiques pour ce dernier travail commun. Ses chansons à elle étaient carrément plus innovantes (écoutables, c’est un autre débat…), elles collaient bien mieux dans l’air du temps que celles de son mari : John avait raclé quelques (sympathiques) fonds de tiroir.
Ringo, lui, n’avait jamais réellement compté musicalement. George, après un triple album spectaculaire dix ans plus tôt, n’avait quasiment plus rien à dire. Et…logiquement, on en revenait strictement à la configuration de 1969. Paul débordant de titres et trois types qui faisaient de leur mieux pour rentrer dans son orchestre. J’imagine la gueule des quatre en studio.

Vraiment, même si cette réunion (et ces concerts ?) n’avait rien donné, j’aurais aimé en entendre un titre, juste un. On restera sur ce « Free as a Bird » posthume qui, sans le clip, ne vaut pas grand chose, non ? Je n’ai jamais réellement su trop quoi en penser. Si on enlève le marketing de l’époque (énorme), l’attente (énorme) et l’émotion (énorme)…Il reste une voix déformée, une production Jeff Lyne, un beau bridge de Paul et quelques chouettes moments de guitare. Non, vraiment, restons-en à Abbey Road.

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There are 5 comments

  • Pierre Klucik dit :

    La plus grande claque de ces dernières années reste pour moi Across the universe, où Julie Taymor a mis des images formidables sur des chansons que l’on connait par coeur. Avec des private jokes pour initiés, « how did she get in here ? – oh she came in through the bathroom window »…
    Mais ça m’a surtout montré que ce qui manquait était probablement des images, des films…pas la musique qui elle reste hors du temps.

    Je me souviens d’un article paru je crois dans Paris Match il y a quelques années, qui racontait combien Epstein était fou amoureux de John et qui décrivait une nuit d’amour entre les deux. Je ne sais ce qui était réel ou inventé là dedans, je me souviens d’avoir souri en me disant que c’était vraiment lui le 5ème Beatle…

    Je vais lire ce livre, merci de me l’avoir signalé William.Ah et pour mémoire, un de mes meilleurs amis n’aime pas du tout les Beatles. Ca reste un ami.

  • davidscrima dit :

    Je fais mon spécialiste… En fait le pont de « Free As The Bird » est sur la démo de Lennon. J’ai aussi toujours pensé que c’était du pur McCartney…
    J’ai failli acheté le livre hier, mais j’ai tellement lu sur le sujet… Je crois que tu m’as tout de même convaincu! Merci.

  • davidscrima dit :

    Idem !

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