Vie quotidienne
Catfish ou les frissons de l’anonymat en ligne.
12 mars 2013
3

Fascinant documentaire que ce Catfish découvert ce matin. J’en avais entendu parler de plusieurs personnes différentes et c’est après avoir vu les affiches dans la rue pour la série qui découle du film que je me suis lancé. Je n’ai pas été déçu, c’est énorme. Voici le pitch (merci Wikipedia) et je vous déconseille d’aller plus loin dans mon article si vous voulez vraiment être surpris. Attention, il y a des SPOILERS en dessous du pitch. Ce serait dommage que je vous raconte tout. Découvrez-le par vous-même.

Le photographe Nev Schulman, 24 ans, vit avec son frère Ariel et leur ami Henry à New York. Le 13 août 2007, une photo de Schulman est publiée dans le New York Sun. Peu de temps après, il est contacté via Internet par Abby Pierce, une enfant peintre surdouée de 8 ans vivant à Ishpeming. Abby lui envoie une peinture de sa photo publiée dans le Sun. Nev et Abby deviennent ami Facebook. Par la suite, Nev entre en contact avec un réseau entourant Abby. Il devient ami notamment avec Angela, la mère d’Abby, Vince, le conjoint de cette dernière et Megan, la demi-sœur d’Abby habitant Gladstone, avec qui il développe peu à peu une relation amoureuse à distance.
Pour réaliser un film documentaire, Ariel et Henry filment la relation à distance de Nev, qu’il entretient par Internet et par téléphone.
Megan envoie des MP3 de ses chansons à Nev. Après plusieurs mois, Nev propose à Megan et à sa famille de les rencontrer lors d’un voyage qu’il fait avec Ariel et Henry dans un autre État pour filmer une troupe de danse. Lors du voyage, Nev découvre que les chansons envoyées par Megan sont des chansons faites par d’autres personnes et mises-en-ligne sur YouTube. Il développe des soupçons et les trois hommes décident d’en avoir le cœur net en se rendant au Michigan.

Le documentaire se compose de trois parties distinctes.

La première relate la romance à distance entre Nev et Megan : on sent bien que quelque chose ne va pas dès le début (surtout si on a lu “Une voix dans la nuit” d’Armistead Maupin, un véritable chef d’oeuvre sur le même thème, avec la même question centrale lancinante : est-ce vrai ?) mais le garçon est si mignon, l’histoire si romantique qu’on a envie d’y croire et on espère que le documentaire porte sur une belle relation d’amour à distance, un truc impossible mais super tendre.

La seconde partie, soudain, nous fait tomber dans le glauque et l’effrayant : les masques tombent. Les chansons postées par Megan sont volées sur le web, la boutique de la petite n’existe pas, les preuves s’accumulent et les garçons décident de se confronter à la vérité. Une première fois de nuit (ah la bonne idée !) puis une seconde fois en plein jour, en caméra presque cachée, micro sous la chemise. Ils sonnent à la porte. On croit apercevoir un adulte handicapé puis une femme aux cheveux trop longs vient leur ouvrir. La petite gamine qui soi-disant dessine les tableaux n’est bien évidemment pas présente. Les garçons sont divisés : faut-il confronter la femme à ses mensonges ? Ment-elle réellement ? Qui sont ces gens ? Que font-là ces handicapés mentaux ? Soudain la femme aux cheveux longs propose de rencontrer Abby, la petite fille, qui n’est pas sur place mais loge chez une amie. On entre dans la troisième partie du documentaire, la plus intéressante.

J’étais tendu comme un string. Voilà les garçons prenant leur voiture et partant à la rencontre d’Abby qui… existe vraiment. Et là, sans juger, les trois garçons arrivent à faire cracher le morceau à Angela qui, doucement, lâche la vérité, petit à petit. Fascinant. La voir expliquer et justifier ses mensonges, sans culpabilité au début, puis de plus en plus soulagée au fur et à mesure de l’histoire est assez dingue. On entre de plain pied dans la folie des gens, la folie ordinaire, la folie quotidienne : celle qui peut nous saisir devant un clavier, un écran et nous faire taper n’importe quoi en ligne sous prétexte que nous pensons être anonymes. Et que tout cela n’aura aucune espèce d’importance. Mais-bien-sûr. Tout se finit bien, évidemment, et chacun retourne sagement chez soi : Nev est un peu moins naïf qu’au début, Angela accepte sa situation et son mari, sagement, donne la morale du film. Clap de fin.

J’ai quelques doutes sur la véracité du produit fini, surtout en y repensant bien, certaines scènes étant un peu trop “belles” pour être vraies (le courrier dans la boite aux lettres, la scène de nuit devant la grange : quand on sait comment on peut se faire flinguer vite aux USA, en pénétrant sur une propriété privée, surtout de nuit, on peut émettre quelques doutes sur l’authenticité de ces plans). Oui, probablement, beaucoup a été recréé pour les besoins de l’histoire et peut-être que Nev n’est pas aussi naïf qu’il veut bien le montrer en début de documentaire. Soit. Ça reste du très, très bon journalisme (?) et une série doc-TV a même été lancée sur le même schéma, toujours avec Nev, creusant dans les histoires virtuelles à distance. J’ai bien sûr téléchargé ça pour regarder. Je vais me lancer dedans cet après-midi.

J’ai le souvenir d’une ancienne collègue ayant rencontré un pompier habitant à 250 kilomètres, sur une messagerie de rencontres par téléphone. C’était en 2001. Ils avaient conversé 6 mois par sms ou en ligne avant de se voir et de décider qu’ils se connaissaient super bien. Quinze jours après, le mec quittait tout pour venir habiter avec elle. Trois mois après, à la pause café, je me souviens encore des larmes de la fille nous expliquant que la vie à deux était un cauchemar avec ce garçon qu’elle ne connaissait, au final, absolument pas. Sans rire.


Le point de vue d’un psychiatre qui démonte totalement le film et en parle avec justesse comme d’une énorme manipulation.

2057 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 3 comments

  • Helene dit :

    J’étais – et suis toujours – plutôt convaincue qu’il s’agissait d’une fiction. Dans tous les cas, ça donne à réfléchir et sur le coup ça fait froid dans le dos.

  • Marie Serval dit :

    J’aurais du lire l’article en anglais mais je n’ai pas eu le temps de finir. Cependant, je me doute de son contenu (global) vu ta remarque terminale. Comment peut-on “croire” en une relation virtuelle ? Non, ce n’est pas ce que je veux dire. La relation virtuelle vaut ce qu’elle vaut, mais pas plus, ce qui ne la déprécie pas pour autant. En tant que relation virtuelle, elle peut être d’une grande aide. J’ai des amis virtuels dont j’attends les messages avec impatience. Mais les supporterais-je IRL, si c’était des collègues ? peut être, mais peut être pas. Mais cela dénie-t-il totue valeur à la relation ?

    Je me souviens avoir lu un livre qui relatait l’histoire, réelle, de la relation epistolaire entre deux cousines, l’une émigrée au Canada et l’autre restée en vendée ; cela se passait au début su XXième siècle. L’auteur, petite fille ou arri`re petite fille de l’une des deux, vantait l’amitié indéfectible entre ces deux femmes qui ne se sont jamais revues. Mais si elles étaient restées en contact IRL, leur amitié aurait elle prospéré avec la mème certitude ? parfois, l’absence, l’éloignement, arrangent bien les choses.

    OK, dans Catfish il y a une notion de duperie et de mensonge. Une personne feint d’en ètre une autre (ou est atteinte du syndrome de personnalité multiple). Mais tant qu’elle est virtuelle, la relation est-elle fausse ? Le type qui fait des kilomètres pour retrovuer une femme idéale est-il victime de la duperie de se correspondante ou de sa propre faiblesse d’esprit ?

    Je m’égare un peu… mais je m’irrite, car j’ai lu que ce film était une mise en garde ou une critique des réseaux sociaux. Il me semble plutôt mettre en scène la stupidité de certaines personnes. Nev en tient une couche aussi épaisse qu’Angela.

  • fannouche dit :

    Je viens de voir ce documentaire/fiction qui m’a bien tenu en haleine même si j’avais lu le spoiler avant!! Je ne sais si Nev en tiens une couche (Angela je n’en doute pas une minute), mais par experience personnelle je peux dire que l’on peut très vite être pris dans une relation virtuelle, qu’elle soit amicale ou amoureuse.
    On est, parfois, dans une telle solitude dans la vie réelle que ce qui nous raccroche aux autres est ce mail qu’on attend, ce message FB, ce tchat qu’on a prévu.
    Après cela dépend de certaines personnes, leur capacité à gérer cette solitude ou non.
    Pour moi Internet et ses amitiés virtuelles m’ont changé la vie. Alors que je suis une maman de 3 enfant, j’ai un job et j’ai un homme merveilleux à mes côté depuis qq années (et je l’ai rencontré via FB, hé oui!!). Je suis loin d’être une No-life, mais il faut faire avec ce paramètre relativement récent, les amitiés virtuelles. Il ne faut pas les mépriser. Juste être vigilant et se faire confiance quand on sent que ça pue.
    Merci William pour m’avoir fait découvrir ce film. Je pense que je le montrerai à ma fille ado dans quelques temps pour qu’elle comprenne les dérives possibles.
    Bise

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