Sexe Vie quotidienne
Ce doit être épuisant
19 novembre 2018
2
romance

– Mais tu regardes tous les garçons en les envisageant sexuellement ?

– Ben oui, comme toi, non ? Je veux dire, comme tous les garçons…Non ? Enfin, je pense que les garçons regardent toujours autour d’eux pour mater un peu, c’est un truc de garçons, enfin, je crois, pas toi ?

– Non.

– Bah, je pensais que tout le monde était comme ça.

– Donc tu es aux aguets, en permanence, dans ce domaine aussi ?

– …

(Il réalise ce que l’autre vient de lui dire et prend un long temps de réflexion mais la tristesse qui lui tombe soudainement dessus lui apporte la réponse qu’il cherchait, oui, il est aux aguets en permanence dans ce domaine-là aussi. Comme pour le reste, comme pour tout, il est en PTSD depuis 25 ans). Il souffle :

– Je n’avais jamais réalisé. Je pensais que j’étais dragueur. Un gros dragueur.

– Tu l’es aussi, mais en plus, tu as ce…truc…cette manière de fonctionner en plus…Tu envisages sans arrêt.

– Oui…

– Ce doit être épuisant.

– …

– Mais tu as vécu de longues histoires, aussi, pourtant, en étant fidèle ?

– Oui. J’avais des rochers. Des ports d’attaches. Je revenais m’y amarrer. Mais je restais sur mes gardes dès que je franchissais la porte du domicile. Je redevenais chasseur. Pour le principe. J’étais fidèle. Mais j’étais en chasse pour ne pas être chassé.

– C’est qui le dernier que tu as chassé ?

– (Il cherche) Un jeune avocat Italien, à Londres. C’était le soir. Cet été. J’avais déjà eu deux partenaires dans la journée. Et le soir, je suis allé m’acheter un sandwich au Marks & Spencer. J’en voulais un au bacon et il n’en restait qu’un, il sortait du boulot, il le voulait aussi, il m’a abordé, on a fini au lit.

– Genre…(il éclate de rire). Et en vrai ?

– Je l’ai abordé, on a fini au lit.

– Tu lui as dit quoi ?

– Hum…Il voulait le sandwich, je le voulais aussi, je lui ai dit “Maybe we could share…” et il m’a regardé en souriant, sans rien dire, mais je savais que c’était bon, les garçons aiment les garçons culottés alors j’ai ajouté : “I also have a bottle of red wine at my place, just around the corner…” et là il a dit “Dans ce cas, ok…”. Il était amusé mais il a vraiment ri quand je suis passé au rayon vin acheter une bouteille. Il m’a dit “Soit c’est la deuxième bouteille, soit tu n’en as pas chez toi…” et j’ai répondu “Of course I don’t have wine. Of course“. Il a eu l’air excité : “Cocky ! I like it”. Dans ces moments-là, je n’ai même pas envie de sexe, j’ai juste envie d’avoir peur, de me sentir vivant, de me prendre un vent, un gros refus, de vérifier que je plais, que l’autre hésite puis accepte, j’ai juste besoin de sentir que j’ai remporté la manche. Le sexe me fatigue, en fin de journée. Pour la troisième fois.

– Il était mignon ?

– Bien sûr !!

– Non mais je te provoque. Tous les mecs dont tu parles sur ton blog sont beaux ou mignons. Tu as un problème avec ça.

– J’ai zéro problème avec ça.

– Si, si. Tu as un énorme problème avec toi. Relis-toi, tu as toujours besoin de préciser que les mecs avec qui tu couches sont mignons.

– MAIS ILS SONT MIGNONS !

– Oui, oui, tu le surlignes bien quand tu écris.

– Mais enfin ! Je vais pas écrire qu’ils sont moches.

– Tu pourrais ne rien préciser et laisser le lecteur deviner.

– Mais ?!

– Ou te taper des moches.

– Dis oh, c’est pas les restos du cul, t’es gentil. D’ailleurs tu abuses, je couche aussi avec des garçons qui sont moins beaux, comme tu dis, quand ils ont une folie dans les yeux…Ou une intelligence hors-du-commun. Mais je n’en ai pas besoin…Mes mecs sont intelligents et beaux…

– Tu devrais travailler là-dessus.

– Et en faire quoi ? “Je me tape des beaux garçons parce que je ne m’aime pas assez et que je me trouve moins beau qu’eux” ? Quel intérêt, voilà, j’ai déjà analysé le souci. Qui n’en est pas un, d’ailleurs. J’aime les beaux garçons comme j’aime les bons gâteaux faits maison. Je peux vivre sans. Le souci, c’est que je passe ma journée à observer, envisager, analyser, décrypter, imaginer, scénariser.

– Ce doit vraiment être épuisant.

– Mais non, je ne fais pas que ça, regarde, je suis dans tes bras et je me repose, là. Avoue, on n’est pas bien ? D’ailleurs, tu ne m’en parlerais pas, je n’y penserais pas. Et tu n’étais pas censé lire mon blog. Tu m’avais dit que tu ne voulais pas y aller. Que c’était mon jardin privé public. Mon journal extime dont tu n’avais pas la clef.

– (Il rit) Je le lis depuis le premier jour.

– Les hommes.

– Embrasse-moi.

– Oui. Et cesse de lire mon blog. Je ne parle pas de nous. Enfin, pas beaucoup. Enfin des fois.

– Embrasse-moi.

 

(C’est vrai qu’il est beau…Enfin, non, il n’est pas beau, il est irrésistible. Un charme fou. Des yeux à tomber. Un humour. Une culture. Une intelligence. Et euh, oui, AUSSI, il est beau. Mais merde, quoi. Je vais pas me forcer à faire un truc que je n’aime pas. Je le fais déjà avec mon addiction, depuis trente ans. Foutez-moi la paix sur le reste. On peut aimer la beauté pour ce qu’elle est : fragile, subjective, impermanente, injuste, stupéfiante, rare, inspirante, rassurante, source de frustration pour celle ou celui qui l’affiche, source de complexes et de malheur, aussi. “La beauté, ça fait juste gagner dix jours“. Karl Lagerfeld”)

6732 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 2 comments

  • Simone dit :

    Je t’ai lu et j’adore “La beauté, ça fait juste gagner dix jours“. Karl Lagerfeld”

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