Vie quotidienne
Ces femmes que j’aborde.
14 janvier 2013
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Ce peut être partout :dans la rue, dans un aéroport, dans une file d’attente ou derrière moi au théâtre.
En France, aux USA ou à Hong Kong.
Jeunes, moins jeunes, élégantes souvent, attentives, aussi, raffinées : toujours.

Elles rougissent parfois quand je les aborde mais moins que moi. Elles écoutent, distantes, les premiers mots puis m’observent. Elles cherchent dans mes yeux si je mens ou si je suis sincère. Elles se détendent, enfin, après quelques phrases, car je ne demande rien, je ne cherche rien, je veux juste parler et me taire, ensuite.

J’évoque, simplement.

Elles ont alors toutes la même patience et la même grâce quand elles voient mes larmes couler, quand ma voix se brouille, quand je finis par contempler mes chaussures, pour cacher ma gêne et mon émotion, sentiments que je n’ai pu contenir et que j’ai moi-même provoqué, finissant à moitié-nu devant elles et n’ayant plus rien d’autre à ajouter.

Beaucoup me prennent dans leurs bras, certaines m’embrassent pudiquement sur la joue, une m’a passé la main dans les cheveux, longuement, et une dernière, enfin, m’a caressé la joue, avec amour. Toutes ont compris. Toutes savent.

Elles portent Opium, d’Yves Saint-Laurent.

“Elle” le portait aussi et “elle” est morte depuis presque vingt ans, déjà.

Chaque femme croisée revêtant cette fragrance est un petit souvenir d’elle qui me traverse, un instant, n’importe où, n’importe quand. “Elle” redevient vivante, comme dans mon souvenir : je revois son sourire, ses yeux, sa voix et sa façon de rire, unique. Ces femmes qui me prennent dans leur bras, toutes ces années après, c’est elle qui le fait, à sa manière, c’est elle qui me dit : je suis là.

Opium me chavire, Opium me transporte, Opium me rappelle à quel point tu m’aimais.

1760 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 10 comments

  • Clémence dit :

    Bouleversant hommage et poignante catharsis que vous vous faites à chaque fois que vous croisez une “elle”.

  • Catnatt dit :

    Extrêmement touchant… J’ai supposé que tu parlais de ta mère mais je commets peut-être une erreur ?

    J’avais écrit il y a un moment : “L’odeur de Maman si particulière en été, en bord de mer, mélange de crème solaire Clarins, de Shalimar et de sa peau salée, ma joue posée sur son épaule, ma tête enfouie dans sa nuque, effluve qui me bouleverse le cœur quand je crois la sentir, mais c’est une erreur, jamais plus cela n’arrive.”

    Je me suis mise il y a quelques années à porter Shalimar comme un réconfort face à l’absence. C’est bête mais c’est comme si elle était un peu là.

  • Mar1e dit :

    L’odorat est la meilleure mémoire de l’Homme. On peut oublier beaucoup de choses mais il suffit parfois d’une odeur pour nous remémorer une scène oubliée, une personne disparue, un lieu, une émotion… Moi c’est Chanel n°5 et Shalimar mes souvenirs.

  • Catherine @undessinparjour dit :

    Magnifique

  • catou dit :

    Voilà 2 fois que je laisse un message qui ne s’affiche pas, c’est normal ?

  • catou dit :

    Ah ça a marché cette fois ! Je disais donc que j’avais porté Opium pendant longtemps…..et que c’était un réel plaisir de te lire très régulièrement, que tu me rappelais beaucoup mon meilleur ami, gay, hélas décédé depuis 7 ans, tu as la même subtilité des mots, la simplicité d’exprimer tes sentiments, merci pour tes écrits que j’ai découvert grâce à Caro (Pensées de ronde)….
    “Elle” était une amie je suppose ?
    Au plaisir de te retrouver en 2013 !
    Catou

  • Hadda dit :

    il est chargée ce texte, les larmes me sont montées

  • Jean dit :

    “Je veux dédier ce poême,
    à toutes les femmes qu’on aime,
    pendant quelques instants secrets…”

    Merci Brassens, et merci William

  • karine b dit :

    bouleversant…

  • dominique dit :

    William, …Je comprends, mais…penses-tu te “libérer” un jour de ce souvenir olfactif…ou bien au contraire, cherches-tu à l’entretenir? En tout cas, …c’est unen ouvelle fois émouvant de te lire…Merci.

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