Vie quotidienne
C’est la vie, Lily
12 juillet 2020
9
Fermanville

Hier, je suis allé au Louvre, tôt dans la matinée. L’Amoureux m’avait passé sa carte des Amis du Louvre (bien pratique, on ne fait pas la queue) et j’ai eu droit au regard fort suspicieux d’une gardienne à l’entrée quand elle a vu que j’hésitais devant le portique : il fallait scanner la carte, je ne le savais pas, elle a vainement tenté de regarder la photo dessus mais trop tard, j’avais décampé bien comme il faut dans les premières salles. Nous étions trois devant la Joconde, mon cerveau a vite oublié le tableau et je me suis demandé comment c’était l’Italie en ce moment ; je sais par Guillaume B. qui rentre de Venise qu’il n’y avait personne dans les rues, moi qui rêve de découvrir cette ville…

Paris est vide, plus encore qu’au mois d’août, c’est bien simple, je n’ai jamais vu Paris aussi vide depuis que j’y habite. C’est un bonheur pour celui qui y flâne mais c’est une catastrophe pour les gens fort nombreux qui vivent du tourisme. Pas un chat dans les restaurants, dans les boutiques, dans les musées. La ville, surtout depuis cette semaine, est désormais réservée aux Parisiens qui bougent en Août, aux plus pauvres qui y travaillent ou à ceux qui vivent non loin. C’est spectaculaire. Paris tel qu’elle devrait être tout le temps, comme une très belle et très grande ville d’une lointaine province, habitée mais pas trop, sublime et humaine. Je suis descendu aux Halles acheter un guide du Cotentin à la Fnac (ce que je ne ferais jamais en temps normal…) et il n’y avait personne non plus. Les cinémas ouvrent souvent l’après-midi maintenant, nous sommes quelques rares ombres dans la salle. Si c’est donc ça, le monde d’après, que sera celui qui nous attend à la rentrée de septembre ? Tout le monde est parti prendre un coup de soleil, un peu d’iode et de fraîcheur avant la grande vague que je sens très haute et très, très froide. Effrayant.

Forcément, 18 millions de personnes en moins, ça fait plus de place pour ceux qui restent…

Bien sûr, il y a encore et toujours cette histoire de masque non obligatoire : l’Europe entière commence à forcer les gens à en porter dans les espaces clos mais non, en France, on compte sur le civisme. En matière de propreté, d’impôts ou de resquillage dans les transports en commun, on connaît bien le niveau de civisme du Gaulois moyen…Mais soit.

Je sens venir une fin d’été catastrophique dans les hôpitaux, en plus de la crise sociale. Et si je me trompe, je serais ravi de m’être trompé. Je suis tombé sur un excellent article l’autre jour démontrant que, lors d’un vol de 5 heures en avion comprenant 25 personnes atteintes du Covid19, une seule l’avait chopé : la seule qui avait bougé pour parler à une autre personne, le masque non correctement mis. Cela confirme mon ressenti dans les transports en commun quand je vois des abrutis parler au téléphone sans masque ou, bien plus fréquents (et même à la télévision en interview !) quand je les vois avec le masque sous le nez, pour mieux respirer. Bref, je ressasse ici toujours le même sujet depuis des semaines, une fois de plus. Dieu reconnaîtra les siens.

J’ai l’impression de vivre dans un film de science-fiction, de toute façon, depuis la mi-mars. Je vais bien, au passage, ayant clarifié pas mal de zones d’ombres dans mes petites névroses avec la psy : c’est fou comme certains points de frictions paraissent dérisoires quand on les éclaire enfin avec la bonne méthode. Je suis fan de l’EMDR. Ce n’est pas une partie de plaisir mais c’est réellement une méthode qui marche pour le stress post-traumatique. Encore faut-il accepter d’avoir la boule au ventre en partant chez sa psychologue. Quand je dis que j’ai l’impression de vivre dans un film de SF, c’est exactement ça, je vais au cinéma avec un masque, je fais mes courses avec un masque, je prends le train avec un masque, je me déplace dans les parties communes du restaurant avec un masque, je ne fais plus la bise à mes amis (mais je leur parle dans le visage à un mètre…), je me passe du gel sur les mains en permanence dehors. J’applique les GESTES BARRIÈRES comme un robot. Je ne pense pas revenir aux USA avant des années, je me demande quand sera mon prochain concert, je suis effrayé des conséquences économiques du virus sur le monde de la Culture, etc. C’est comme la vie d’avant mais sous LSD.

Je suis descendu voir mes parents et nous avons mangé à table, dehors, sur une table rallongée. Pas de contact physique. Je regarde les journaux, les radios, les télés reprendre une vie normale, on a nommé un nouveau gouvernement (Adieu notre ancien premier ministre que je trouvais très naturel et très guindé en même temps, plein de principes – il a quand même mis le pays à feu et à sang pour une histoire de 80km/h…) et j’attends mes propres vacances, dans le Cotentin, comme je disais plus haut.

On va fêter nos deux ans ensemble en Août, avec l’Amoureux. Nous sommes très indépendants et autonomes mais il me manque au bout de quatre jours. Je pourrais vous dire mille choses sur lui mais je préfère dire la vérité brute : je le kiffe, c’est mon préféré, il est extra, il est trognon, je l’aime. Voilà.

Un mot pour ceux qui sont en plein burn-out ou en pleine dépression : si vous pensez que vous n’en sortirez jamais, c’est faux. Si vous pensez que vous ne sourirez plus jamais, c’est faux. Si vous pensez que le suicide est la seule issue, c’est faux. Le temps apaise, adoucit, régule. Les médicaments apportent de l’équilibre. Les amis écoutent et distraient. Time takes time. Entourez-vous de bons livres, de bons disques, de bonnes personnes, d’animaux et trouvez-vous un psy bienveillant. Avec un peu de chimie et plein de siestes, le bonheur est au bout de la rue. Une très longue rue en pente et vous êtes peut-être au numéro 1, marchant à pas de fourmi. C’est vrai. Et alors ? Demain vous serez au numéro 2. Et après-demain au numéro 3. Chaque petit pas compte, c’est comme sur Internet, il n’y a pas de petit like, de petit commentaire, de petit follower.

Je vous embrasse, c’est décousu, ce que je vous dis, mais c’est écrit avec amour parce qu’il fait beau et pas trop chaud, que je vais bien, que je me suis fait des merguez à midi et que ce soir, j’irai faire un tour à vélo au bord du canal. C’est la somme de mes petites joies qui me rend amoureux de ce dimanche.

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There are 9 comments

  • Sandrine dit :

    Merci. C’est beau

  • Cathy dit :

    Merci William. Moi qui viens de tomber amoureuse et cette fois-ci de la bonne personne, je me délecte de ton post et j’apprécie chacun de ces bonheurs simples.

  • Sandrine de Versailles dit :

    J’aime ta prose décousue, où tu partages ce qui te passe par la tête avec si peu de filtres (ou juste ce qu’il faut pour ta vie privée).
    Tu as tellement raison sur beaucoup de points…
    Prends soin de toi, de vous. Et en avance bel anniversaire avec l’Amoureux.
    ❤️

  • Charles Liebert dit :

    Plus de vacances en Auvergne ?

    Dommage, j’allais te donner mes quelques recommandations 😉

    Pour le reste, je pense que nous entrons cette semaine dans un maelström sanitaire, et que notre économie touristique nationale va prendre très très cher.
    En tant que caviste et restaurateur « à temps partiel », je ne sais pas comment nous allons gérer les 6 prochains mois, sans imposer la vente uniquement à emporter ou avec livraison sur 800m Max.

    Le civisme n’existe quasiment plus, aujourd’hui ne règne que l’entre soi, et TPMG.

    Le Virus fera le ménage, mais avec combien de victimes connexes :/

  • Johann dit :

    Des bises mon William c’est bon de te lire.

  • Nina dit :

    Si on veut voir Venise (et autres) en direct 24h sur 24 : webcam skyline, « I love you Venice  » sur you tube, webam taxi etc… J’ai vu,en direct, Le Carnaval s’arrêter, Venise se vider, venise « morte » et Venise qui revit TRES lentement avec des vénitiens qui y croient. Et, haut les masques.

  • Leyleydu95 dit :

    Tellement en phase avec toi sur plusieurs points notamment psy: l an dernier à la même date,j étais arrêtée pour dépression et,un an après,beaucoup de séances avec une psy gestalt et quelques pilules roses dont je ne voulais pas,je recommence à apprécier les petits bonheurs quotidiens et je compte avec satisfaction tous ces noeuds que j ai dénoués au fil de l année…
    Je voulais arrêter les pilules roses au plus vite et le psychiatre a dit non… »profitez de la vie »,on arretera tranquillement plus tard…ok…

    Le Cotentin sera ma destination estivale également..
    Direction Carteret et ses magnifiques plages presque désertes pour une semaine dans une jolie maison avec un grand jardin….je te conseille une croisière vers Jersey pour faire du shopping chez Marks and Spencer et déguster une glace au fudge(mais faut surtout pas leur dire qu’ils sont anglais,ils détestent!!) et une promenade à port bail ou la visite du jardin de Stéphane Marie (silence ça pousse)quelques samedis par mois pendant l été (voir le programme de l office de tourisme) et une visite de la cité de la mer à cherbourg pour visiter un ancien sous marin « denuclearisé »…
    Bref,je kiffe cette région 😉

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