Vie quotidienne
C’était un dimanche
8 mars 2016
7

Ce moment magique qui précède le premier baiser.

Un restaurant, au bout de ma rue.

Il est arrivé, j’ai eu du mal à ne pas cacher ma surprise. L’élégance me surprend toujours. Elle me touche tant.

Ces minutes où tu parles, où tu écoutes, où tu ris. Où tout te semble simple et fluide et évident. Le plaisir infini d’être juste soi et d’aimer découvrir la singularité d’autrui. Chaque mot. Chaque situation.

Cette seconde où, cherchant tes mots, justement, ton regard se perd au lointain et, revenant sur lui, comprend qu’il ne t’envisage plus du tout de la même manière, suite à ce que tu viens de dire, sans même trop y réfléchir, ça y est, il passé à une autre étape, tu lui avais juste parlé d’un vieux débat politique, d’un homme du passé que tu regrettes et qui aurait pu changer le destin de la France, un homme disparu trop tôt et tu ne sais pas pourquoi mais désormais il te regarde, presque grave, il est désormais prêt à. Cette conversation badine fait désormais partie de votre histoire commune.

Tu lui proposes de sortir fumer car tu sais que ça lui ferait plaisir, depuis le temps que vous êtes assis dans ce restaurant. Il te remercie. Tu lui tends son manteau, tu lui tiens la porte, tu te retrouves dehors avec lui, il fait un froid glacial et soudain, tu te rends compte que vous n’êtes qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Face à l’autre. Nos deux bouches ne sont séparées que par le désir.

Tu connais les cercles nous entourant, cercles invisibles définissant les justes distances sociales entre individus, cercles qu’on ne franchit que dans quelques rares cas : pour se battre avec autrui, lorsqu’on souffre de pathologies mentales abolissant les distances sociales (les fous nous parlent toujours d’un peu trop près) ou lorsqu’on s’apprête à embrasser. Tu te fous de savoir qui va aller vers qui en premier.

Le premier baiser, le premier contact entre nos lèvres est probablement le plus important de tous. Il y en aura d’autres, des longs, des mouillés, des brefs, des torrides mais rien ne surpassera jamais en intensité la puissance de ce premier baiser. Rien. Il confirme alors ce qu’on espérait secrètement depuis les premières phrases échangées. Le corps est traversé par une anguille électrique partant du pubis et remontant vers la nuque. On se recule presque aussitôt, intimidé, avant d’y repartir. La rue n’existe plus. Les sons disparaissent. Son parfum trouble un peu plus mes sens.

On lui promettra – un peu plus tard – qu’on ne racontera rien ici de la soirée ensuite car tout cela est trop intime, trop personnel, trop puissant de toute façon pour espérer trouver des mots collant à ce qu’on ressent enfin (la joie d’être vivant, le contact sans entrave, l’apaisement de l’âme comme de l’eau fraîche sortant d’un tuyau et coulant sur une paume tendue et trop sèche après des heures de travaux au soleil, dehors, une matinée de juillet, les mains se frottant l’une contre l’autre, faisant disparaître la terre ocre) mais on sait que même si nous ne devions jamais nous revoir (et nous ne le souhaitons pas), ce moment et ce garçon font partie des minutes volées à je-ne-sais-qui qui cessent alors d’être des minutes parmi d’autres minutes et nous font, enfin, vivre pleinement, dans un espace temps qui n’appartient qu’aux deux personnes qui l’ont créé.

Une bulle.

Un moment de grâce.

Et quel si joli prénom.

Je n’en raconterai pas plus, je te le promets.

 

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There are 7 comments

  • Corinne dit :

    un moment de grâce, c’est ça. ce post aussi

  • Géraldine dit :

    Mon café, ma cigarette, l’air froid mais agréable, la calme de mon jardin, et ton article délicieux.

  • Laurette dit :

    Et pour toutes les raisons que vous évoquez si bien, on reste toujours un peu nostalgique de ce premier baiser.

  • Haaa ces petits moments de vie inoubliables qui donnent de la grandeur à la vie !
    On se croit seul à le vivre, privilégié et pourtant ce doit être la chose la mieux partagée au monde (je n’y croit pas que l’intelligence le soit…).

  • beatrice dit :

    Merci!
    ça fait mal… ça ravive…
    mais c’est tellement ça! et tant pis pour la douleur…
    c’est tellement bien dit!

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