Télévision Vie quotidienne
Couper le bruit
26 juin 2013
8

Il n’y a rien de fondamentalement nécessaire aujourd’hui dans le monde qui ne nécessite mon attention quotidienne : la manière dont sont choisies les “informations” (au mieux, des faits divers, au pire des arbres qui cachent d’immenses forêts) ne me laisse aucune autre possibilité. Je dois cesser d’aller à la source. Les news incessantes qui m’assaillent de toutes parts, via les réseaux sociaux principalement, mobilisent trop de mes neurones ou de mon temps de cerveau disponible.

Ces nouvelles incessantes me sont inutiles pour deux raisons :
– Elles me confrontent à des problèmes souvent artificiels soulevés par d’autres pour des raisons variées (remplir un “journal”, principalement), problèmes qui me dépassent et pour lesquels je n’ai pas de solutions.
– Elles me confrontent à des situations qui ne me touchent pas localement et qui n’auront aucune incidence sur ma vie à court, moyen ou long terme.

La surveillance des réseaux (ou veille) ne m’est plus utile car les informations qui auront un impact réel sur ma vie à court, moyen ou long terme m’atteignent désormais sans que je n’ai à les chercher.

Je peux, par peur, désoeuvrement ou ennui, choisir de m’étourdir de ce bruit de fonds et je l’ai fait, longtemps, avec application et constance, pour un résultat qui m’attriste : je n’ai rien retiré de ces lectures en ligne, rien retenu. Je n’ai, dans le fond, rien partagé d’essentiel, rien échangé de vital. Je ne rate rien en m’éloignant, au contraire, je m’enrichis car mes autres sens que je (ou qu’on) cherche à anesthésier dans cette newsothèque assourdissante se reconnectent vite au monde qui m’entoure.

Je peux, par peur, désoeuvrement ou ennui, choisir de fuir le monde réel qui m’entoure et je l’ai fait, longtemps, avec application et constance, pour un résultat qui m’attristerait, si je regardais pas le verre à moitié plein : j’ai toujours appris de mes rencontres humaines, de mes échecs relationnels, amicaux ou amoureux. Je me suis nourri de mes rencontres et mes paroles, souvent, lorsque je les entendais sortir de ma propre bouche, m’apprenaient autant sur moi que sur celui à qui je parlais.

Je ne suis moi qu’en étant là, présent, avec les autres, dans la difficulté de l’échange (ne nous y trompons pas, être soi au milieu du monde réel n’est pas toujours aisé car il y a remise en question permanente de nos peurs, de nos certitudes; être soi face au bruit retransmis n’est pas vraiment être soi. L’écran et le clavier ne sont pas la langue, l’oreille et l’oeil) et dans le message que j’ai à transmettre pour m’accomplir de mon vivant. L’Amour dont j’ai besoin ne transite pas par ces réseaux.

L’accélération des moyens de transmission ne m’est pas utile : j’ai besoin de temps, pour devenir moi. Aucune technologie, aucun média, aucun réseau, aucune information,aucun smarphone ne me fera devenir meilleur : je suis mon propre micro, ma propre plume et je décide de mon gros titre pour ma propre Une.

Je quitte l’autoroute. Je ne freine pas : je rétrograde. Je n’abandonne pas mon véhicule, je me gare en bord de nationale.

Je pars marcher dans les bois.

 

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There are 8 comments

  • Lulu dit :

    Bonne balade William 🙂

  • Florence dit :

    Tellement bien écrit, bravo et 100% d’accord avec toi.

  • Célia dit :

    Bonsoir William,
    Nous ne nous connaissons pas; j’ai eu l’occasion de vous lire à quelques reprises par l’intermédiaire de Florence.
    Je vous rejoins dans ce besoin de ballade; j’ai de mon côté instauré des “retraites numériques”, comprendre des journées sans connexion, pour laisser mon bruit intérieur reprendre sa place!
    Il est quand même possible de partager quelques élans et complicités via les écrans (même s’ils sont moins intenses que dans la vraie vie); par exemple j’ai aussi apprécié votre feuille de route des 40 ans, et j’ai bien envie de penser à ma quarantième année dans les mêmes termes. Il semble que cet âge nous incite à “dégraisser” et à plonger dans l’essentiel!!! En tout cas merci pour ces quelques partages, qui font écho parfois, sans que vous le sachiez.
    Bonne route, à l’écart de l’ennui et du désœuvrement 😉 Célia

  • Céline dit :

    Comme toujours, des bises.

  • pskl dit :

    Belle balade ! comme toujours billet si bien écrit et qui résonne en moi.

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