Voyages
De Côme à Monza : les larmes du départ
14 février 2018
7

Je ne sais pas si vous aviez remarqué mais il n’y a (presque) jamais personne sur mes photos et c’est une amie sur Facebook qui m’a fait la remarque : “La ville a été évacuée ou quoi ? Chaque fois que tu passes quelque part, il n’y a jamais personne…”. J’avoue que je n’y avais jamais pensé avant mais c’est vrai que j’ai horreur d’avoir des gens sur mes photos, ce qui est un peu compliqué à réaliser dans certains endroits. J’ai trouvé une parade : je sors souvent de la gare à 8h du matin (PREMS !) pour arpenter une ville, deux bonnes heures avant l’ouverture des magasins. Pratique et surtout parfait pour un ours comme moi. Je ne supporte plus la foule depuis la fin 2015. On ne va pas revenir là-dessus.

J’étais en larmes quand Linda m’a ramené à l’aéroport, sans bien comprendre pourquoi, m’effondrant dans ses bras et ne voulant plus la quitter. Errant comme une âme en peine dans le terminal, ambiance soleil couchant, silence du samedi après-midi et boule d’angoisse gigantesque dans l’estomac, que je veux calmer par du sucré, ce qui n’est jamais une très bonne idée.

Dans ces moments-la : méditation. Très pratique dans un aéroport.  Je pars néanmoins m’isoler dans les toilettes. Je mets mon casque, lance une méditation guidée sur Youtube. Et soudain, après quelques minutes d’inspiration/expiration, je comprends : c’est la première fois depuis ma rupture il y a deux ans et demi que quelqu’un passe du temps, au dîner, avec moi, soir après soir autour d’une table, dans une maison, à parler de la journée et de la pluie et du beau temps. Pas dans un restaurant, pas en vacances avec une copine, au rdc de l’hôtel, non. Dans une cuisine, dans une maison, dans un foyer. Des chaises, une vieille toile cirée, une affreuse horloge des années 50 qu’on entend dans le salon, la baie vitrée donnant sur le lac, le pull qu’on va chercher dans la chambre juste derrière, les assiettes qu’on pose dans l’évier en se disant qu’on fera la vaisselle plus tard.

Une oreille. Des rires. De longues confidences. Une playlist de jazz. Un peu de vin. Se sentir simplement bien chez « soi » avec quelqu’un.

J’avais oublié. Claque dans la gueule.

J’avais oublié la tendresse. Le quotidien. Les moments à deux. Les plaisirs simples d’un repas partagé.

Je vis seul. En me blindant. Chaque jour un peu plus. Je mens aux gens qui me croient dans un tourbillon, qui n’osent pas déranger. Moi je ne veux pas voir trop de monde. Ça me fatigue. Je voyage seul. Je vais seul au cinéma. J’ai réduit le cercle des intimes au strict minimum.

Et cette foutue Saint Valentin qui tombe cette semaine. La totale. Vieux et seul. Si j’étais un chien, on me piquerait. Allez, rdv chez le veto. Sortez les Kleenexs, Rantanplan a le blues post-Rital. Larmes non dissimulées à Milan – Malpensa.

Douze ans de couple. Douze ans de vie à deux. On pense avoir fait le deuil de tout mais non. Il reste encore une petite couche au fond. Pendant combien de temps encore ? Je me suis fait cueillir et je ne l’avais pas vu venir (9 février / 14h)

Et ce soir du 14 février, alors que je sors de Phantom Thread (un chef-d’oeuvre), j’écris et pense l’inverse, décidant de choisir la vie, le bonheur et l’équilibre, faisant taire de force la petite voix morbide et anxiogène qui décide de ne boire que dans le verre à moitié vide, se persuadant que c’est de la ciguë et non du vin de pays, voulant répandre les éternelles phrases bateau sur la fin de l’Amour tué par les App, la fin de la vie à deux pour moi car trop vieux, trop exigeant, trop ou pas assez ci. Ce soir, je dis merde et je souris, comme Edouard Baer, à la vie.

(Rien à voir mais si vous voulez m’entendre parler de masculinité, c’est par ici. Attention, ce n’est pas tout public. Et, de grâce, merci de vous souvenir que je sais que je suis enregistré. C’est – aussi – un peu de théâtre…)

 

 

 

 

 

 

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There are 7 comments

  • Myster.i dit :

    Comme quoi, il ne faut jamais renoncer, jusqu’au dénouement 🙂
    Belle leçon de vie !

  • yotsuya dit :

    Très bien, l’entretien….

  • Claire dit :

    Deux réactions. D’abord j’ai été saisie par le texte, les émotions qui m’emportent à mon tour, certains détails, comme l’horloge des années 50 qui résonnent avec mes souvenirs et puis une forme de soulagement quand je lis la suite du 14 Février.
    Après j’ai commencé à écouter le podcast avec curiosité et je me suis bien marrée. Obligée de me retenir de pouffer de rire dans le métro parisien… Merci pour le voyage.

  • Snail87 dit :

    Vraiment superbe ton intervention sur “the Boys Club” et finalement, merci aussi, pour m’avoir fait découvrir MadMoiZelle.

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