Vie quotidienne
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28 juin 2020
8
Bayonne, la Nive

Chez Auchan, ce matin, quelques rares personnes portaient le masque – dont moi – mais ma caissière, non. Il n’y avait pas de gel disponible à l’entrée. Je crois que les gens vivent désormais dans un monde parallèle nommé Un Été Français où plus rien ne compte, plus rien n’existe et où tout semble remis à la rentrée. « On verra bien en septembre« …Oui, oui. « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ».

Je suis parti quelques jours à Bayonne. J’appréhendais un peu le TGV (rempli à l’aller et au retour…) mais globalement les gens portaient le masque (merde, s’il y a bien un endroit où on DOIT le porter, c’est quand même un wagon climatisé, rempli et hermétiquement clos pendant 3H30, non ?) à part quelques idiots, souvent jeunes, rappelés à l’ordre par le contrôleur et qui enlevaient leur masque une fois le type parti. Je vois bien que de plus en plus de mes compatriotes, désormais, n’en a plus rien à foutre de rien. Je fais partie des vieux cons qui s’accrochent à la rampe, à leur éducation, au civisme et aux principes inculqués à l’école primaire sous Giscard. Il me semble que nous sommes une majorité silencieuse à souhaiter l’ordre et le calme, non ?

Christophe m’avait laissé sa maison, son jardin et son chat. J’ai donc pu savourer des petits-déjeuners les pieds dans l’herbe le matin, à écouter le bruit tout bête du vent dans les feuilles. La vie à Bayonne est bien différente de celle que je connais ici : il y a de la place pour tout le monde (sauf sur cet atroce et minuscule rond-point abritant un hôtel Okkoo et un centre commercial, je déteste cet endroit) et les gens sont bien plus à la cool, même si les lieux changent énormément. J’habitais là au début des années 2000, je ne promène plus sans GPS, tout a été transformé à Anglet et aussi à Biarritz. Une amie vient d’acheter une maison, en bord de rivière, installé sur son canapé, dehors, je regardais l’eau, écoutais de nouveau le vent dans les feuilles et je pensais à ma vie dans le béton. Si j’avais 500 000 euros, bien sûr que j’achèterais une maison dans la verdure, dans le Sud-Ouest, sur la côte Basque. La vie y est tellement plus douce.

J’ai fait tout ce que je ne fais pas, ayant décidé subitement de changer de paradigme pour la semaine : repas pris sans écran et sans musique, lecture papier (les mémoires de Woody Allen) le plus possible, temps de réflexion sans musique également, sans distraction, juste allongé à regarder le plafond, ne rien faire, volontairement, sans ennui, juste posé, là.

Il a fait très beau, un peu chaud, mais la maison de Christophe reste toujours fraîche. J’ai découvert les fameux moustiques qui piquent en journée (sale race) et ce n’est pas une surprise mais je les attire à des kilomètres. Une question de PH, comme on m’avait expliqué un jour.

Je suis allé en Espagne, j’ai mis mon masque dans les magasins mais je me promenais le nez au vent, face à la mer, la plupart du temps. Nous ne nous sommes pas embrassés, ni en famille, ni entre amis : c’était particulier ce manque de contact physique avec les gens.

Je ne sais plus quoi penser de rien alors je poursuis sur ma lancée : je lâche mon iPad pour tester…des romans (moi qui déteste ça) et j’ai entamé le Chardonneret de Donna Tart (merci pour les livres-cadeaux…!!!!) en pestant comme un collégien : « Quoi ?! 1000 pages ?!« . Mais c’est bien vrai que je déteste les romans. J’aime les essais, les mémoires et les livres d’histoire. La vie imaginaire des autres, par écrit, me barbe, je ne vois que les tics d’écriture. Les descriptions me font soupirer et quand l’auteur raconte un rêve ou un cauchemar, je tourne carrément les pages.

Je me fiche complètement des municipales. Elles ont été entamées dans un autre monde (où Griveaux faisait la une) et se finissent dans une zone d’entre-deux. Il y avait la drôle de guerre, je crois qu’on peut parler de la drôle d’époque. C’est comme si on sentait confusément qu’un autre gros truc va nous tomber encore dessus, juste après. Les froussards resserrent les rangs, les jeunes sont en mode New Hampshire « Live Free or Die », les cyniques et les malins font du business, les pauvres thésaurisent ce qu’ils peuvent (quand il en reste après le 5 du mois) et les riches ne se font pas trop de souci. Moi, je ne sais pas, je ne sais plus, je ne sais rien.

Heureusement qu’il nous reste Benjamin Biolay qui vient de sortir un album parfait, la bande-son de mon été 2020. J’en ai retenu quelques paroles dont celle-ci : « En ignorant les codes on est baisé d’avance mais en les suivant trop, on n’a aucune chance« . So true.

Je vais repartir au cinéma demain pour la première fois depuis plus de 3 mois. Comme si de rien n’était.

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There are 8 comments

  • yotsuya dit :

    Tiens ? Je croyais que les chats te donnaient de l’asthme ? Les miens, certainement, en tout cas. Que voilà une bonne excuse… Il fallait y penser.

  • Funambule dit :

    Cet album de Biolay fait vraiment partie des jolies choses du monde.
    Suis aussi une vieille conne qui garde son masque dans les lieux clos et se sent bien seule et je ne parle pas d’esquiver la bise. Je ne comprends pas qu’on puisse à ce point de foutre des autres en fait.
    Les photos que tu as partagées sur insta donnaient bien envie et on sentait que tu avais besoin de retrouver ces lieux.

  • Fannoche dit :

    Que j’aime aussi ce coin de la France. Mon fils y habite avec son papa et chaque fois que j’y vais je me sens tellement bien… aaaah si j’avais 500 000 euros aussi…
    Ici je garde mon masque partout, je fais ma part. Meme si la plupart ont laissé tomber…
    Je t’embrasse fort.

  • Lola dit :

    Si ça te tentes, l’audio book du Chardonneret (en anglais) est extraordinaire. Le narrateur est vraiment exceptionnel. Je lis les livres, d’habitude, je ne les écoute pas, mais obligée par les circonstances (je me remettais d’une sévère concussion, et je ne pouvais pas lire), je suis tombée sur cette version et j’ai été scotchée.
    Tiens bon pour le masque, rira bien etc.

  • Sandrine de Versailles dit :

    Welcome back. Ou finalement n’étais tu pas mieux là bas ?
    Je cherche où je pourrais être le mieux en ce moment, et j’ai du mal à trouver une réponse. Je me raccroche à mes pierres violettes pour mon combat, je ne sais pas où je vais. Un beau brouillard dans ma tête qui contraste avec le beau temps.
    Prends soin de toi et bisou avec le masque

  • Nina dit :

    On ne sait plus sur quel pied danser. Regretter de ne pas avoir réagi AVANT ? Trop tard. Mon histoire familiale et autre m’ apprend qu-on peut rebondir dans les pires situations. Je m’accroche à cette idée en pensant que L’Histoire est pavée de traquenards.

  • Nina dit :

    Absurdité : MON masque protège les AUTRES mais pas MOI !!!! Qui a l’air con ???

  • Valérie de haute Savoie dit :

    Ici au contraire, ce sont plutôt les 30/40 ans qui portent les masques. Je fais partie des plus âgés, et je ne rentre pas dans un lieu fermé sans l’avoir sur le museau.
    J’ai beaucoup aimé le Chardonneret, et moi aussi les mille pages m’avaient au départ un peu freinée, mais je l’ai avalé sans problème.

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