Vie quotidienne
Dimanche, 16h
19 février 2016
2

Je n’ai pas été pensionnaire longtemps, à peine trois ans, et Christophe qui lira ces lignes grimacera sûrement quand je vais ajouter, comme à chaque fois, que j’ai adoré ces années, les meilleures de ma vie, trois ans de pension chez les curés, on imaginerait l’horreur et ce le fut pour les plus jeunes (n’entrons pas dans les détails, vous pensez au pire et vous avez bien raison) mais moi j’étais déjà bien pubère et pas franchement naïf.

J’ai donc été pensionnaire de la seconde à la terminale, à une centaine de kilomètres de chez moi, dans les montagnes Pyrénéennes et je partais avec mon gros sac tous les dimanche après-midi, car nous avions plusieurs heures de bus pour rejoindre la pension, nous arrêtant partout pour prendre du monde. L’horreur. Je me mettais toujours devant, pour ne pas être malade et j’écoutais (déjà) ma musique à fond pendant que les autres, au fond, fumaient et sniffaient du poppers. Oui, on pouvait fumer dans les bus scolaires à l’époque. Oh, les beaux jours.

Le traumatisme du dimanche abrégé, du week-end qui n’en est pas vraiment un, je l’ai acquis à cette période pour ne jamais le perdre. La boule d’angoisse naissait généralement après Michel Denisot, une fois le repas fini et disparaissait un peu avec le film que j’avais à peine le temps de regarder en entier. J’enregistrais à l’époque (ou je faisais enregistrer) sur Canal + trois ou quatre films par semaine que je dévorais le week-end et je me gardais le meilleur pour le dimanche après-midi, le meilleur ou celui dont j’attendais le plus, en tout cas. Ma passion des versions originales est née à cette époque. Il fallait guetter « le » passage en VO et ne pas se rater avec la VHS : certaines avaient été tant de fois rembobinées et effacées que l’image était pourrie dessus. Mais je n’avais que ça.

Une fois le film fini, je remplissais mon sac, avec mes affaires repassées, je pliais mon immense serviette de toilette (savez-vous qu’elle m’aura fait plus de 25 ans, celle-là ? J’ai fini par m’en débarrasser en avril 2015, sous les yeux admiratifs de la Marmotte qui n’en revenait pas de me voir enfin jeter une telle relique du passé) et je n’oubliais pas mon déo, l’arme essentielle de l’adolescent qui a quelques problèmes d’hygiène. Je dévorais deux livres par semaine, minimum et plus encore si je pouvais. J’avais avalé le programme obligatoire de l’année en quelques semaines et je me rabattais sur tout ce qui me tombait entre les mains. Je me souviens avoir lu tout Gide en un automne.

La boule d’angoisse grossissait au fil des heures et finissait par occuper tout mon espace mental : il fallait y aller, maintenant et j’insistais pour partir, bien trop tôt,  je voulais attendre à l’arrêt de bus, de craindre de le rater alors que bien évidemment il mettait des heures pour venir de Bayonne et ne passait jamais à l’heure. Jamais.

J’en ai gardé deux traumatismes. J’ai longtemps été très, très en avance à tous les rendez-vous. Je ne le suis plus. J’arrive pile à l’heure, désormais, voire même quelques minutes en retard. Un vrai punk. Arriver en retard, pour moi, est un supplice. Toujours.

Le second traumatisme est toujours bien présent : mon week-end se termine vers 15H, 16H et il me manque toujours quelque chose le dimanche soir.  Car si j’étais si heureux de partir, c’était pour le retrouver.

Je sais que la majorité des gens déteste le dimanche soir. Je ne fais pas exception à la règle. Mais, moi, j’ai toujours adoré les lundi matins, les rentrées des classes et arriver très très tôt au boulot, afin d’être le premier à allumer les lumières.

Et sinon, crétin, va bien te faire cuire un œuf. Je n’ai pas 23 ans, je n’ai pas le ventre plat mais je suis foutrement sexy et je suis ravi d’avoir l’âge que j’ai. No wonder que tu trouves personne. Ni job qui te plaise, ni mec qui veuille de toi. Grandis un peu. A la trentaine, il serait temps. 

Ceci était un message personnel. 

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There are 2 comments

  • magaliej dit :

    Je me retrouve tellement dans ta description, avec les mêmes années de pensionnat, la même angoisse du dimanche soir (alors que je ne partais que le lundi matin à 6h30, va comprendre).

    Même le message personnel me semble familier et adapté à ma situation perso ; alors pour ça, et pour toutes tes autres notes de blog, William, je t’aime 🙂

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