Vie quotidienne
Dire du mal de Christophe Barbier
22 février 2012
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Guy Carlier, qui s’y connaît en bitcheries, m’avait donné un conseil : “Ne rencontre jamais les gens sur qui tu as envie du dire du mal ou que tu prends régulièrement pour cible. Ne parle pas avec eux. Sinon tu es foutu. Tu ne pourras jamais plus rien écrire sur eux.”

Il avait raison (et de toute façon, pour le karma, on ne doit pas dire du mal des gens. Les gens qu’on n’aime pas nous renseignent énormément sur nos failles et puis fuck le karma, hein) mais j’avais quand même super envie de continuer à dire plein de choses négatives sur Christophe Barbier et son agaçante écharpe rouge. Je me suis retrouvé invité par Eric Mettout à un débat dans les sous-sols de l’Express, un débat filmé, ce que je n’avais pas bien compris. Derrière moi, relisant ses notes, Christophe Barbier. Je l’ai longuement observé. Ses chaussures, ses ongles, ses mains, sa cravate, ses cheveux. Je voulais le surprendre un instant avant d’entrer sur le plateau car le monsieur m’avait rencontré dans un tout autre cadre, des années plus tôt : figurez-vous que j’avais postulé pour devenir l’infirmier d’entreprise de l’Express (et des autres journaux du groupe), Barbier m’avait serré la main, posé quelques questions, j’étais ensuite passé devant le Big Boss du groupe et l’affaire avait été pliée. J’étais embauché. Je n’y suis pas allé. J’ai oublié pourquoi. Je me demande ce que je serais devenu. Probablement le même, en fait.

Et donc je regardais Barbier et il me touchait, je le trouvais terriblement fragile, frêle, j’avais envie de le protéger, ne me demandez pas pourquoi, je ressentais ça super fort et ça allait totalement à l’encontre de ce que j’avais envie de lui balancer sur sa ridicule petite écharpe de dalaï-lama. J’ai compris que j’étais cuit : j’aimais bien le mec. Il ne me parlait pas, il ne m’avait pas encore vu mais moi, je l’aimais déjà. Et je me sentais partagé entre mon ancien moi, celui qui monte au créneau alors que tout son corps l’avertit qu’il ne faut pas…et mon nouveau moi, qui se laisse submerger par ce que je ressens et fait confiance à ses intuitions, aussi dérangeantes soient-elles. J’ai donc souri, je n’ai rien dit. J’ai attendu que nous soyons en direct sur le plateau pour lui parler de sa cravate, en pesant mes mots, déjà plus trop amusé par la situation. Je l’aimais, un peu comme Smith à la fin de 1984, j’étais foutu, toute résistance était inutile.

Il s’est passé un truc dingue avec Barbier, que je trouvais tellement fragile. J’ai posé ma question. Il m’a écouté. On aurait un enfant poli, un gamin de huit ans, me regardant de ses petits yeux. Je me demandais vraiment comment il avait pu faire carrière, le type. J’ai posé mon micro. Il a répondu.
Et là.
La lave qui jaillit de l’Etna et dévale la montagne. Tu peux pas l’arrêter. Tu la contemples. Fasciné.
Barbier parlait, parlait. Il était clair, il était exhaustif, il était logique, il était puissant. Il était porté par ses mots. Par sa conviction. Il était terriblement humain. Il était sexy, aussi, évidemment. Un flot d’énergie enfouie, qu’il maitrise à loisir, visiblement.

J’en suis sorti retourné.

1430 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 6 comments

  • Manue dit :

    Parce que oui, on peut être changé par une rencontre, mais qu’il n’est pas si fréquent de le reconnaître et de ne pas hurler avec les loups, j’aime toujours ta parole libre ! alors heureuse de me réabonner ici 🙂

  • Pierre-Yves B. dit :

    Non mais qu’on soit retourné sur le coup par la prestance, je peux comprendre. Mais je reste fondamentalement pas convaincu par le discours et les positions de CB…

    Si ça devait arriver, ça voudrait dire que je suis totalement dans le ressenti ponctuel (et donc qu’on pourrrait me faire penser tout et son contraire pour peu qu’on soit bon orateur. Marine Le Pen j’écris ton nom. Dieu, ou qui que ce soit d’autre, m’en préserve…). Enfin, comme je suis un indécrottable gauchiste, je pense que me sentir d’accord avec CB, ça n’arrivera pas de sitôt :p

    Mais quand même qu’il t’ai retourné ça me surprend.

  • compote 2 pommes dit :

    je comprend plus rien na la politike

  • Ghislaine dit :

    nouveau blog et belle surprise sur CB !
    j’aime bien cette approche
    (ancienne Nelly du labo !!!)

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