Musique Vie quotidienne
DISCO, la nouvelle comédie musicale : qu’en penser ?
11 octobre 2013
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C’est un tout nouveau genre de spectacles qu’on peut découvrir aux Folies Bergères, depuis « Salut les copains », l’an passé. A cheval entre la comédie musicale, la soirée « Quadras nostalgiques » et la franche comédie de boulevard, DISCO propose une soirée vraiment réussie, que vous aimiez danser ou pas…et que vous aimiez le DISCO ou pas, aussi, car leur définition de « Disco » est un peu vaste.

La pièce repose entièrement sur les épaules de Vincent Heden, dans le rôle d’Estelle. Il n’apparaît pas immédiatement sur scène mais, dès sa première réplique, il emporte la soirée dix kilomètres plus loin, plus fort, plus glam. Vincent Heden est irrésistible en Estelle, la présentatrice de télé au passé un peu flou, animant chaque samedi soir le tirage du Loto, dans une France de 1979 prête à faire la fête…mais après avoir gagné le gros lot.

Vincent Heden incarne tellement son rôle qu’en le regardant tirer vers le haut l’ensemble du casting (irréprochable, en plus, c’est dire le niveau) je me demandais à quoi ressemblerait DISCO sans lui. Difficilement imaginable : autant son rôle de l’Idole dans « Salut les Copains » ne m’avait pas convaincu, la faute à un livret un peu trop « Hystérosixties au parc d’attraction » (et pour évacuer le sujet, je n’avais pas aimé SLC, étant parti à l’entracte, jugeant la soirée trop cliché, trop « Parc Disney des années soixante », avec une émotion feinte, souvent, et un oeil un rien putassier sur les sexagénaires assis dans la salle. Ca manquait de simplicité, d’humanité, même : très beau mais glacé. Bref, je n’avais pas aimé). Rien de tout cela dans DISCO, Vincent Heden y est parfait.

Il paraît qu’il s’est occupé également des arrangements musicaux : c’est un parcours sans-faute (à deux exceptions près) durant la soirée, rythmé et divinement chorégraphié (les danseurs doivent mourir en sortant de scène…) mais surtout bien joué et super bien chanté. C’est important. Dans ce pays, on a parfois eu du mal à trouver de bons acteurs sachant chanter ou de bons chanteurs sachant jouer la comédie. Mary Poppins, a Mogador, malgré des mois de casting, a du laisser sa place à une autre comédie musicale, faute de candidate idéale pour le rôle.

Ce n’est absolument pas le problème ici : Lola Cès, hallucinante de naturel et de bonté dans le rôle de Lucie, l’habilleuse rêvant de devenir une star, pourrait chanter seule dans son Olympia, en acoustique ou pas, en dansant ou pas, et recueille l’autre moitié des applaudissements dès qu’elle finit un titre. Cette fille est une tuerie. On a envie d’être son ami, on a besoin de la revoir régulièrement pour insuffler la touche de grâce et de…gouaille (toujours élégante) qui rend la pièce si drôle. Oui, l’histoire n’est pas très originale et alors ? On rit, vraiment, de bon coeur, on est touché par cette histoire d’amour un peu tirée par les cheveux et on rêve d’une fin heureuse pour tout le monde.

Flo Malley, vu dans The Voice, semble un peu laissé sur le côté tant les rôles féminins sont forts (écriture et jeu) et on oublie régulièrement sa présence, avant de se souvenir que, oui, il est là et bien là. Sa voix calme les dix premiers rangs ou les séduit, aussi, aidé d’une simple guitare, le temps d’un titre presque dans le noir. C’est la troisième bonne surprise du casting.

Fanny Fourquez, dans le rôle de Candy, porte à merveille la perruque « Crazy Horse » (ou Blondie, pour les plus Debbie H. d’entre nous) et semble se nourrir d’un radis par semaine tant son justaucorps aimante les yeux : pas un gramme à jeter. Et soudain elle chante, aussi. Là, tout le monde se calme : le troisième rôle féminin de la pièce est à sa place, vocalement, n’ayant pas à rougir d’être là. Grosse, grosse force de DISCO, là, le casting. Brillant.

On pourrait évoquer aussi les costumes (j’ai arrêté de compter le nombre de changements à l’entracte) ou les idées de mise en scène dans un décor qui n’arrête pas d’évoluer et de nous en mettre plein la vue (lumières assez dingues, sur le final, mais avant, aussi). C’est simple mais très efficace. Bon, allez, l’absence de Sheila est plus visible qu’autre chose surtout qu’elle est évoquée deux fois mais jamais chantée…Si Agnès Boury et Stéphane Laporte bitchent un peu sur Annie Chancel, le costumier, lui, se rattrape et souligne son apport visuel si français à ces années DISCO. Le costumier a fait un travail de malade. Vraiment. C’est en permanence du 1976 qui part sur 1982 : il ne manque que Jenifer Beals dans Flashdance pour être complet, ou presque.

Rayon culotté mais ça passe : une reprise electro-disco de « Eye of the Tiger » qui scotche tout le monde et parvient à rentrer dans le cadre.

Deux scènes en dessous ou à côté, à mon avis, mais pas pour les mêmes raisons : malaise palpable dans la salle lors d’un massacre d’une chanson de Claude François (« Le mal aimé ») totalement raté et un peu déplacé. Qu’on bitche à l’oral, super, c’est drôle, mais qu’on ironise sur un titre ainsi ne passe pas et ça se voit : silence poli, quelques applaudissements et pas de rires. L’idée de DISCO est d’insuffler de la générosité et de la nostalgie dansante dans nos années au loin, pas de nous dire « vous écoutiez de la daube, quand même ». Scène à revoir, pour moi.

Une autre scène qui manque son but est la reprise de Zizi Jeanmaire (??) dans laquelle un Vincent Heden, impeccable, vraiment, toujours, rame un peu pour faire exister un titre que je ne connaissais pas et je semblais ne pas être le seul. Sa danse, son chant, son jeu, il n’y a rien à redire. Mais ce titre un peu obscur (dont je n’avais jamais entendu parler avant) casse un peu le grand juke-box Radio Nostalgie de la soirée. Ce moment semble un peu à côté du show, malgré sa dimension Broadway/ Bob Fosse (très beau final).

DISCO est tout simplement une vraie, vraie réussite. Les auteurs ont réussi à me toucher là où SLC (quasiment la même équipe) m’avait agacé, m’avait semblé fake. Je suis né en 1973 et je n’ai pas connu le DISCO mais j’avais l’impression qu’on me parlait direct dans le coeur, grâce à des idées simples mais si puissantes : un générique télé de l’époque, des allusions aux programmes diffusés, aux journaux, à la politique ou à des évènements mondiaux entourant la pièce, comme l’arrivée d’une certaine « maladie américaine » touchant les garçons sensibles. On en parlera peut-être dans la prochaine pièce, consacrée aux années 80, qui devra logiquement se nommer « Top 50 » ?

Merci pour cette soirée. Personne ne peut me forcer à danser durant un spectacle (je trouve ça toujours forcé et un peu ridicule) mais, hier soir, je me suis levé de bon coeur pour m’éclater avec vous. Merci…

Ah, oui, PS : Vincent Heden, je t’aime.

Pour réserver : ici

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There are 6 comments

  • Maylis dit :

    J’y étais hier et je n’aurais pas pu mieux décrire l’ambiance !! Super article, merci !

  • Juju dit :

    Super commentaire , je suis allée voir D.I.S.C.O et j’ai vraiment appréciée les costumes,les dances,et les voix des artistes surtout celle de Flo Malley !!
    A aller voir de toute urgence!!

    Ps:j’adore Estelle

  • Eripsime dit :

    Article très juste et fidèle au spectacle !
    Vincent Heden est hypnotisant, je n’ai pas pu le quitter des yeux de toute la soirée. C’est très simple, il entre sur scène, et aussitôt on ne voit plus que « le genou Evelyne Dhéliat » et le sourire de speakerine. Détail amusant : il est bien plus à l’aise en talons aiguilles que la plupart des femmes que je connais !
    Bref, un très beau spectacle que je recommande vivement !

  • Mgr dit :

    J’ai vu le spectacle le 14 février à Marseille. Il y a longtemps que je n’avais pas passé un aussi bon moment. Un grand bravo à toute la troupe et à Vincent Heden qui est époustouflant, avec une voix et une présence peu communes. A voir ou à revoir.

  • Azx dit :

    Check out http://www.discocergy.com they have some amazing records. I just discovered them, thchusss

  • zebulon dit :

    J’ai vu le spectacle hier à Lyon et je suis déçue, la première partie est un peu longue avec une ambiance pas à la hauteur.
    C’est vrai que nous avions pas les meilleurs places c’est peut être pour cela !

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