Sexe Vie quotidienne
El condor pasa
25 mai 2015
19

J’ai commencé par jeter. Puis j’ai trié ce qu’il restait. J’ai encore jeté.
J’ai déchiré les photos, beaucoup. J’en ai découpé d’autres. J’ai jeté.
J’ai trié les bibelots et décidé de ne garder que celui acheté au Japon, ces deux grenouilles s’abritant de la pluie.
Je n’ai pas pu me résoudre à jeter les magnets de nos voyages et j’ai éclaté en sanglot en voyant la petite peluche que tu m’avais offerte, il y a des années, retrouvée dans un placard, sous un vieux plaid. Je t’ai dit que tu pourrais en faire ce que tu voulais. Je déteste les peluches mais sa vue me touchait.
C’est fou comme la douleur peut se nicher parfois dans des détails et pas dans d’autres. Ce qui m’émeut peut sembler dérisoire, vu de loin. C’est dans ces détails-là, ces petits cadeaux et ces petites histoires derrière qui ne regardaient que nous que devait se cacher l’amour que nous avons partagé pendant onze années.

J’ai rangé les chaussures dans des cartons, avec les pulls, les livres et tous mes cd’s achetés dans les années 90. J’avais prévu de faire sobre et léger pour le déménagement mais j’ai été surpris par tout ce qu’il me restait encore de nous, de moi. J’ai désigné les cartons à prendre en premier pour les étudiants venus prêter main forte, j’ai conduit le gros camion tout seul, trouvé une place dans ma rue, en bas de chez moi, de mon nouveau chez moi, pardon, me réjouissant pour la première fois ce jour-là et pour la dernière fois avant quelques jours.

Tu m’as aidé à défaire les cartons, à installer les rideaux, tu as rangé les conserves dans la cuisine et moi je mettais les livres sur les étagères. Pendant que je rendais le camion, tu es allé m’acheter des fruits et tu as passé l’aspirateur et puis nous nous sommes dit au revoir.

Rien ne me préparait à mon chagrin et à mes sanglots lorsque je revins chez nous, dans notre ancien chez nous, trois jours après, et que je vis la moitié de l’appartement vide, sans mes affaires, sans ma présence, sans mon bordel. Je pris sur moi pour ne pas te montrer mon chagrin mais tu n’en menais pas large non plus. Nous nous sommes serrés, très fort.

Le coup de grâce, ce fut le départ, après le dernier épisode de Mad Men que nous nous étions promis de regarder tous les deux.

Tu m’as raccompagné à la porte et, après m’avoir dit au revoir, tu l’as fermée sur ta nouvelle vie.

J’étais donc désormais seul, sur ma route, dans le couloir.

Derrière moi, il y avait ce lieu qui n’était plus mon ancien chez moi.

Devant moi, il n’y avait que des questions.

J’ai fait l’effort de penser à autre chose durant tout le trajet retour en métro (nous habitons désormais à 25 mn l’un de l’autre) mais j’ai fini par pleurer, de nouveau, en écoutant Simon & Garfunkel, à l’ordi, un peu plus tard. Je n’écoute que ça, en ce moment, ne me demande pas pourquoi. Les sanglots partaient de ma poitrine, les spasmes de chagrin me dévastaient et j’ai fini par m’endormir sur le canapé.

Le lendemain matin, pendant quelques secondes, je n’ai plus su où j’étais.

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There are 19 comments

  • Muriel dit :

    Hop ça y est j’ai le noeud dans la gorge… Je vous lis depuis plusieurs années donc je devrais le savoir mais à chaque fois c’est pareil : l’émotion me cueille au détour d’une phrase et se répand ensuite en moi jusqu’à la dernière ligne. Sensation d’avoir vécu ça aussi, de la même façon, exactement, au détail près. Et pourtant non. Dans ce cas non. J’ai vécu des ruptures, donc des moments forcément tristes, mais pas de cette façon. La relation dont vous parlez ici semble encore très aimante et bienveillante, il semble qu’il y ait encore beaucoup d’amour, alors à chaque fois que je perçois cela dans une rupture (parmi mes proches ou bien ici, en vous lisant) je m’interroge : pourquoi? Qu’est-ce qui a fait qu’on décide qu’on ne peut plus faire couple, qu’on n’ira pas plus loin ensemble? C’est une vraie question pour moi… Je conçois juste qu’à un moment on ne peut pas faire autrement que de reprendre son bout de chemin tout seul. Mais pourquoi, alors que tant de belles choses sont encore là, entre les deux personnes…? C’est vraiment une question qui me taraude. Chaque fois que je me suis séparée de quelqu’un, je pouvais sentir des montées de tristesse bien sûr, parfois de façon aiguë, lorsqu’un souvenir heureux me sautait au visage, mais la sensation dominante c’était le soulagement et une sorte d’excitation pour la nouvelle vie qui s’offrait à moi. Mais lorsqu’il y a encore beaucoup d’amour partagé, pourquoi se sépare-t-on? Trop d’incompréhensions mutuelles malgré l’amour? Plus assez de désir pour l’autre? L’impérieux besoin de se retrouver seul? Une divergence de vues sur la vie qui devient irréconciliable? C’est vraiment un mystère pour moi, ces choses là (et pas que pour moi je suppose…). Tout ce que je sais c’est que cela me rend triste, très triste. Et même si cela devait être très romancé, pas complètement calqué sur vos ressentis, sachez que votre propre tristesse me touche au plus profond.

  • Nawal dit :

    “Sois Heureux un instant. Cet instant c’est ta vie.”
    Omar Khayyâm.

    Je te souhaite encore beaucoup, beaucoup d' »instants » de Bonheur William !

  • Camille dit :

    Des baisers.

  • bea dit :

    incroyable! vous exprimez, avec des mots, de façon si naturelle, les émotions… et je m’y vois… et je me vois, seule avec mon chagrin, ne sachant pas le décrire, ne sachant pas mettre le doigt dessus… et voilà, une fois encore, je vous lis et vous vous mettez le doigt dessus et ça fait mal. Mais c’est tellement vrai, tellement ça…. que je continue à venir là… a écouter, à apprendre…
    La douleur ne s’en va jamais vraiment, on s’y habitue, elle nous accompagne plus ou mois silencieuse, parfois au détour d’un chemin, on se reprend des choses en pleine figure… parfois, on se réveille, on ne sait plus où on est, quand c’était, et pourquoi. Mais on avance, pas le choix! c’est l’instinct de survie peut être
    merci d’exprimer si justement les émotions, les relations

  • Cathy dit :

    Comme les autres l’émotion me submerge en lisant ce texte.
    Je voulais juste vous dire que la vie continue et que vous êtes riche de ce que vous avez vécu avec lui, comme lui l’est de son côté.
    C’est une nouvelle période de votre vie qui s’ouvre désormais et vous n’êtes pas seul puisque vous vous êtes trouvé.
    Je vous embrasse.

  • JN dit :

    Je suis là.

  • sandrine dit :

    Je continue à venir de temps à autres maintenant que tu te fais plus rare. Et je suis souvent saisie par la justesse des sentiments que tu exprimes. Quel don pour trouver les mots. Merci William

  • Céline Rimet dit :

    Plus de marmotte, alors?
    Je suis triste pour vous et espère que le bonheur qui sait réserver de belles surprises viendra toquer à vos portes désormais séparées par 25 mn…
    Je t’envoie à distance un câlin réconfortant chargé de bonnes ondes et de bienveillance…
    Prend soin de toi… Répares toi…
    Céline
    Ps: même si tu manques à ma Time Line je pense toujours à la façon toute simple que tu as eu de nous accueillir mon mari et moi dans cet entre acte…

    • William dit :

      Bonjour Céline, merci pour le câlin virtuel 🙂
      Je suis confus si j’ai enlevé un nom de ta TL par erreur, normalement je ne garde que des gens que j’ai déjà vu. Mea culpa 🙂

  • Céline Rimet dit :

    Non, ne soit pas confus, nous en avions parlé en MP…
    Je respecte totalement ton choix d’autant que FB est vraiment un lieu particulier et fourmillant…
    Je viens toujours te lire là et comme tu le vois, je suis toujours là pour t’envoyer les meilleures ondes possibles…
    J’ai vu que tu m’avais renvoyé une invit sur FB mais je n’ose pas l’accepter… Je préférais que nous en reparlions ici…
    Courage à toi… Prends soin de toi… Là est l’essentiel…
    Céline ( les mots en « eur  » si tu me situes mieux)
    <3

  • dit :

    ça me rend triste de lire ça… mais la vie te sourit mon Ron, alors parions sur le retour des étincelles dans les yeux! Et vite! 😉
    Bisous

  • cvrin dit :

    Toujours les mots justes. Je n’ai pu empêcher mes yeux de briller après t’avoir lu. Je suis contente de savoir que ton blog ne s’éteint pas et continue sa route! Ayant aussi disparu de facebook en début d’année, je l’ai bien compris car nous ne nous sommes jamais rencontrés. Tu es une belle personne William, je te souhaite le meilleur pour la suite! Et vivement le prochain livre 🙂

  • Camille dit :

    Et encore des baisers 🙂

  • Camille dit :

    (et sinon, c’est bien ce nouveau design, j’aime beaucoup)

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