Vie quotidienne Voyages
English spoken
10 août 2016
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J’ai donc parlé anglais pendant quatre jours non-stop avec ma collègue à Rome, comme je le fais pratiquement 8h par jour au boulot depuis des mois. Elle est Américaine, nous a rejoint en avril, nous sommes tous francophones, nous parlons donc anglais désormais entre collègues, au bureau, à table le midi, dans toutes nos réunions et désormais aussi quand nous avons besoin de soleil tous les deux et que nous voulons partir manger des pizza, lors d’un très long week-end en Italie.

J’ai un rapport un peu particulier à l’anglais. Je l’ai choisi comme première langue étrangère au collège et j’ai immédiatement adhéré. Je l’ai trouvé sublimement et totalement logique, ce langage. J’ai détesté l’espagnol, tout aussi viscéralement que j’avais aimé l’anglais, l’espagnol m’insupportait, avec ces accents qui se baladent et ce manque de logique grammaticale, ces mots à la con qui se rapprochent du français mais pas vraiment et puis surtout, l’espagnol ne me faisait pas rêver, habitant à deux pas de la frontière. L’espagnol, c’était la langue pour aller acheter du Ricard pas cher et des cartouches de cigarette à la frontière. Sans oublier le pack familial 2L de Sanex, qui ne coûte rien en espagne, je n’ai jamais très bien compris pourquoi. Bref, j’avais 2 de moyenne en espagnol et 17 en anglais.

La joie du Zèbre qui s’ignore et cultive jusqu’à l’obsession tout ce qu’il aime, tout en repoussant de toutes ces forces ce qu’il déteste (ou pense détester).

J’ai eu la chance de partir alors une douzaine d’étés en Angleterre, trois semaines à chaque fois, en famille d’accueil. Dans le nord, dans le sud, à Londres, au Pays de Galles, en Ecosse puis comme moniteur de colonie de vacances et enfin comme…prof d’anglais, la meilleure chose qui me soit arrivé puisque j’ai compris que je n’étais VRAIMENT pas fait pour enseigner.

J’ai eu – l’espace d’un été – en troisième, je pense, l’accent, le vocabulaire et les constructions de phrases si parfaites qu’il fallait aux habitants plus de cinq minutes pour détecter que je n’étais pas anglais. On me demandait si je venais d’Afrique du Sud. Je faisais illusion brièvement et j’en étais ravi.

J’ai ensuite totalement laissé tomber la pratique de la langue, regardant tous mes films en VO, car je ne supportais plus les versions doublées, puis toutes mes séries. Certaines passaient bien, d’autres étaient totalement incompréhensibles sans les sous-titres, en anglais pour malentendant, de préférence. Je parlais encore un peu la langue en Floride, pendant les vacances et je constatais être de plus en plus rouillé dans la pratique, ayant carrément du mal à me faire comprendre parfois. Mon accent avait morflé, ma prononciation butait sur certains mots désormais, le TH, le W, l’horreur et je ne parle même pas de mon vocabulaire, super rétréci.

Lorsque j’ai été embauché dans mon nouveau poste et qu’il a fallu ECRIRE en anglais, j’ai ajouté à la frustration de ne plus savoir parler aussi fluidement une colère froide de ne pas pouvoir m’exprimer aussi bien à l’écrit dans les deux langues, sachant communiquer comme je l’entends, avec différents degré de subtilité en français mais bien incapable de faire passer mes messages avec autant d’émotion ou de retenue ou d’humour dans l’autre langue.

Je me suis foutu tout seul en rogne mille fois, tapant de rage sur mon clavier devant des tournures de phrases qui ne venaient pas, des textes que j’avais écrits et que je trouvais désespérément plats, des mails que je ne savais pas mieux tourner.

Sur l’oreiller, obligé d’échanger en anglais avec le Brésilien (AKA le Salaud ou le Bâtard) je me suis rendu compte très vite que cette langue n’était pas vraiment celle de l’amour et que je détestais m’exprimer avec, surtout lorsque je voulais être drôle ou percutant, quand j’avais envie de faire passer cinquante nuances de gris ou simplement lorsque je voulais juste lui dire qu’il me manquait. Nos disputes en anglais n’avaient pas le même goût, mes reproches ne sonnaient pas pareil, ses paroles tendres ne me touchaient pas de la même manière. Avec lui ou avec tout autre amant ne parlant pas français, j’ai compris que l’idée d’avoir un boyfriend ne maîtrisant pas à 100% ma langue ne me satisferait pas sur le long terme. J’ai besoin de savoir que je suis compris et que je le comprends. Ridicule, non ?

Ma collègue, mes collègues, tout le monde a beau me dire et me répéter que je suis très bien compris, que je peux enchaîner des réunions, animer des ateliers et même plaisanter en anglais, il n’y a rien à faire, je ne suis pas content lorsque je dois m’exprimer dans cette langue. Mes métaphores et mes allégories (dont mes conversations regorgent) ne passent pas la rampe, mes allusions un peu vertes deviennent carrément grossières et je ne sais plus trop conjuguer certains temps.

Ma collègue aimerait me lire en anglais et ne cesse de me répéter que ce site et mes livres devraient être traduits (ils l’avaient d’ailleurs été un temps, et si ça vous amuse pour la gloire de me traduire, n’hésitez pas à vous faire connaître) mais je n’ai pas le niveau requis pour me faire comprendre de la même manière dans les deux langues, ce qui me chagrine à un point que vous n’imaginez pas…

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There are 4 comments

  • Valvita dit :

    C’est marrant, c’est le genre de réflexion que je me fais régulièrement. J’ai toujours adoré l’anglais mais malheureusement, je n’ai que rarement l’occasion de pratiquer cette langue. Et lorsque je discute avec mon voisin américain, je suis frustrée des phrases qui sortent de ma bouche avec un accent qui m’effraie (j’étais si fière de mon accent par le passé !). Chaque fois je repars énervée car ce que j’ai dit ne ressemble absolument pas à ce que je souhaitais transmettre. A force de buter sur les mots j’emprunte des raccourcis. Pourtant je lis énormément en anglais et je regarde également les films en vo…
    Comme tu as la chance de parler à nouveau régulièrement anglais, les mots vont revenir plus facilement avec les nuances dues à la langue.

  • Coralie dit :

    Pour vivre et travailler à l’étranger en jonglant entre trois langues (dans un job qui exige de la finesse, du moins qui devrait), je partage complètement ta frustration. Et je me demande s’il n’y a pas un « facteur zèbre » supplémentaire, dans le désarroi que l’on éprouve à perdre précision et aisance dans l’expression 🙂

  • Akim dit :

    L’éternel paradoxe du zèbre.. Qu’il s’ignore ou pas… Jamais content. Ce qu’il fait n’est jamais assez bien, jamais assez bon, jamais au niveau… Finalement, le zèbre ne serait-il heureux que le jour où il aura réussi à compter ses zébrures et en affirmer le nombre avec certitude ?

    Moi, j’étais convaincu d’avoir un bon niveau de français, et quand je relis mes articles, j’y trouve tellement de fautes de français (d’inattention totale) que j’en ai honte. Bon, en même temps, elles y sont. Là, c’est pas une question de perfectionnisme… je crois… 😉

    Après, je comprends totalement ce paradoxe. Je trouve mon niveau d’anglais plutôt moyen, et mon niveau d’allemand pas terrible. Pourtant on me dit que je parle parfaitement le premier (je sais pertinemment que ce n’est pas vrai), et très bien le second (menteurs !!! Il me manque tellement de vocabulaire).

    Finalement, je commence à m’en foutre. J’essaie de moins m’écouter, et de plus écouter les autres. Ca rassure, des fois…

  • Greluchablabla dit :

    Je partage ton point de vue et ton agacement.
    Je n’ai pas la chance de pratiquer régulièrement les langues que je parlais pourtant bien durant mes années Erasmus. J’ai perdu beaucoup de vocabulaire, mon fort accent « frenchy » est lui par contre toujours là…
    J’ai beaucoup aimé la courte période de ma vie durant laquelle je rêvais en anglais, j’avais presque l’impression d’être « fluent ».

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