Vie quotidienne Voyages
Folies passagères
16 mars 2020
18

J’ai eu la folie du sport, à un moment donné, oui, je sais, ça n’a pas l’air évident comme ça si vous me regardez avec attention, mais j’ai été abonné à une salle de sport, quand j’avais 25 ans, et j’y suis allé comme un malade tous les jours, deux à trois heures à chaque fois, pendant quatre mois. J’ai perdu 14 kilos, obtenu de sacrés pectoraux et commencé à avoir du mal à rentrer dans mes jean’s car j’avais (j’ai toujours) de superbes mollets trop musclés et des cuisses de bucheron canadien. Le drame. Alors que je me plaignais au prof, dans la salle, il m’avait dit que j’avais de la chance car (si je me souviens bien) on ne peut pas faire grossir les jambes comme le haut du corps et plein de garçons autour de moi aurait tué pour avoir mes épaisses cuisses, mes gorgeous mollets qui faisaient dire à ma mère, quand j’étais jeune : « Au moins il a de belles jambes…« 

J’ai eu la folie des régimes protéinés, à un moment donné, oui, je sais, ça n’a pas l’air évident comme ça si vous me regardez avec attention, mais en fait c’est logique, oui, tous les régimes font grossir (je crois que le pire étant Dukan, vous vous souvenez de tous les gens qui l’ont fait il y a quelques années et qui ont tout repris, après ?) et pendant trois mois, j’ai mangé des sachets hyper protéinés matin, midi et soir. J’avais une haleine atroce, une envie de sucre à assassiner des chatons mais je montais tous les matins sur la balance en me disant : « Oh, W.O.W, mais ça marche, c’est fou, ça mérite tous ces sacrifices, je perds presque 400 grammes par jour, formidable, je m’arrête quand je serai beau ».

J’avais décidé que le poids parfait pour moi était de 69 kilos (pour 1M80) et que tant que je ne l’aurais pas atteint, je serais encore moche et gros. Alors, méthodiquement, j’achetais mes sachets à prix d’or, je les mélangeais avec de l’eau, je ne faisais pas de sport, bien sûr, car ça m’était passé, et je fumais deux paquets par jour, sans envie, car la frontière était à côté et les paquets ne coûtaient rien, chez eux. Je n’aimais pas fumer mais ça me coupait l’appétit et pas qu’un peu. Ambiance cendriers pleins. Un matin, je me suis levé, je suis monté sur la balance et j’ai vu affiché le poids magique de 69 kilos. J’avais cru toute ma vie qu’un halo rose allait m’innonder soudainement, me transformant en Brad Pitt, pendant qu’une voix grave sortant du plafond prononcerait des mots qui résonneraient dans l’appartement : VA, MON FILS, TU ES BEAU DÉSORMAIS ! Je plaisais, pourtant, et pas qu’un peu. Mais je ne me plaisais pas à moi. Au boulot, une ou deux filles, pourtant, ne cessaient de s’inquiéter et de me confier que j’étais « trop » maigre et que ça ne « m’allait pas », ce qu’évidemment je trouvais ridicule. Jusqu’au jour où un garçon, que je connaissais bien, depuis des années, et sur qui j’avais des vues, me dise abruptement au lit : « Écoute, tu es un beau mec bien carré mais je sais pas ce que tu as merdé, là on dirait un ancien rugbyman malade…Nourris-toi, un peu, ça te va pas, les cernes et le cul plat…T’es pas fait pour être mince, désolé, t’es plus beau quand t’es en chair…« 

J’ai eu la folie des autotours aux USA, aussi, que j’ai raconté sur mes blogs en long, en large et en travers depuis 2003. En gros, le programme était toujours le même : lever aux aurores, petit déjeuner, 300 kilomètres de route pour traverser un état, un ou deux arrêts pour visiter une ville abandonnée ou un musée de la route 66, un Burger à midi, une sieste, un burger le soir, dodo et hop, c’était reparti pour un tour le lendemain. J’ai ainsi traversé la Californie, le Nouveau Mexique, l’Arizona, le Colorado, l’Utah, la Floride, le Canada, le Wyoming, le Maine, le New Hampshire, j’en passe et des meilleures. J’ai conduit 700 kilomètres dans une journée, un jour et puis 500 de nouveau le lendemain (faut-il être fou…). J’ai fait « tout le Yellowstone » (une grande boucle) en une seule journée et j’ai descendu la grande nationale allant de San Francisco à Los Angeles, celle qui longe la côte, bien trop vite pour l’apprécier. Compulsivement, pendant des années, j’ai eu la folie du roadtrip aux USA, avec ou sans compagnon de route, remplaçant la voiture par le train quand j’oubliais mon permis de conduire (WashingtonBaltimorePhiladelphieBoston) ou partant seul quatre semaines au Japon trouver ma masculinité (mais c’est une tout autre histoire). Je ne peux plus faire ça depuis un an ou deux. Je ne le savoure plus autant. J’adore conduire, j’adore les USA, mais je n’aime plus y avaler des kilomètres, seul ou pas. Pour mon dernier voyage, dans le Nord-Est, thématique « Les Phares de la Nouvelle Angleterre« , j’ai senti que quelque chose s’était cassé dans ma mécanique et je n’ai toujours pas compris quoi. J’ai retenté six mois après, prenant la route de Boston vers le Canada (« La peur au ventre« ) mais je n’ai jamais atteint la frontière, bloqué pour des problèmes de passeport / permis de conduire et probablement soulagé de ne pas avoir à conduire 250 kilomètres de plus, rebroussant chemin vers mon camp de base.

J’ai eu la folie du blog, aussi. J’écrivais ici tous les matins, tous les matins, six jours sur sept, un billet, avant 7H30, pendant des années. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. Que je sois fatigué ou pas, que j’en ai envie ou pas. C’est quelque chose que je n’ai jamais regretté et que j’ai perdu petit à petit, à l’arrivée des réseaux sociaux. J’avais beau le savoir : plus on écrit et mieux on écrit, plus on écrit et plus c’est simple d’écrire, plus on écrit et plus on a envie d’écrire mais non, je suis tombé dans la folie des réseaux sociaux. Et j’ai perdu ma folie pour une fausse envie, générée par des neuro-scientifiques et des geeks dans la Silicon Valley, sous prétexte de partage, de vie « sociale » et une fausse promesse d’apprendre vite, mieux et bien. Une vraie connerie, pour le coup.

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There are 18 comments

  • Lavollee dit :

    Je te déclare officiellement d’utilité publique
    Bises bretonnes

  • Funambule dit :

    Merci ce sera une des trucs agréable de ce moment

  • claire dit :

    Merci Merci! je serai au rdv ici tous les jours pour te lire.

  • Mag64 dit :

    Merci pour cette bulle d air !
    J avoue de ne pas etre démesurée dans mes choix.
    Jamais de régime, j aime trop manger.
    Pas de sport à outrance, mais des activités qui font du bien au corps et vident la tête ( streching et guitare)
    Trop de voiture me gâche le voyage. On n aurait jamais pu partir ensemble

  • La lilloise dit :

    Un article par jour, le bonheur.
    Vaste sujet les excès… ce moment où tu perds tout repère. Il en faut toujours plus ou moins… et ce moment où tu te rends compte que la limite est dépassée. Un boulot de réflexion à temps plein !
    A demain

  • Carson dit :

    Heureuse que tu reprennes la plume ici de façon plus régulière.
    Caro et toi vous êtes synchrones dans le retour sur vos blogs respectifs : mazeltov !
    Autant je me méfie des réseaux sociaux et n’y poste quasiment rien, autant ici je me sens faire partie d’une communauté bienveillante et ça n’a pas de prix par les temps qui courent.
    Merci William.

  • Carson dit :

    Heureuse que tu reprennes la plume ici de façon plus régulière.
    Caro et toi vous êtes synchrones dans le retour sur vos blogs respectifs : mazeltov !
    Autant je me méfie des réseaux sociaux et n’y poste quasiment rien, autant ici je me sens faire partie d’une communauté bienveillante et ça n’a pas de prix par les temps qui courent.
    Merci William.

  • Isabelle dit :

    tant que la folie reste passagère

  • Matoo dit :

    Une vraie connerie ! 😀

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