Vie quotidienne
Frénésie
8 janvier 2016
8

On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une.

 

Je ne sais pas ce qu’il se passe (et je ne suis pas le seul, d’après mes discussions avec mes amis habitant Paris) mais, depuis le Bataclan, je claque un fric fou. Je ne regarde plus. Je m’achète trois paires de chaussures si je veux. Je vais au restaurant sans trop regarder la carte. Je commandes des livres, je change de parfum. Je ne regarde plus mon découvert. Je vis différemment, comme si demain n’arrivera pas. Je jouis plus des choses et des personnes. Je tourne le dos à qui me ralentit, à ce qui me pèse. Je vais au plus simple. J’ai déjà entendu plein de fois cette phrase, ici, « Depuis le Bataclan, je… »

Et je me souviens de ces mots de Christophe, à Anglet, à 8h de route de Paris, face à la mer, pendant les fêtes : « C’est quand même pas mal de délire collectif des médias et de Parisiens et des politiques, votre histoire, là, vous en avez fait des caisses, un peu, non ? Je veux dire, ici, on trouve que ça a été un peu exagéré. Avoue, toi-même, tu ne trouves pas que vous en avez fait trop, les médias ?

– Je ne bosse plus dans les médias.

– Tu comprends ce que je veux dire ?

– Je crois, oui. Mais tu ne réalises pas que Paris est si petit, en superficie, que tout y prend une importance folle, que c’est le siège des médias, de tous les médias, que l’arrondissement visé est ultra-symbolique, que…

– Ouais, ouais, enfin bon, vous en faîtes un peu trop, vu d’ici… »

Peut-être.

En tout cas, moi, depuis le Bataclan, je…

 

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There are 8 comments

  • Valérie de haute Savoie dit :

    Rassures toi, les ploucs de province ont été pour la plupart bouleversés aussi 😉 et nous n’avons pas trouvé que les parisiens en faisaient trop. Curieusement d’ailleurs, ma famille habitant à Paris (centre) a été moins bouleversée que moi.

  • Fannoche dit :

    Depuis le Bataclan, je regarde mes enfants en pleurant intérieurement. Je crois que depuis le 13/11 j’ai des larmes intérieures en continu. Je regarde mon bébé joufflu de 8 mois et je me demande.
    Depuis le Bataclan je me demande pourquoi je lui ai fait cela. De la faire naître dans ce monde terrible.
    Depuis le Bataclan je souris malgré tout et encore plus fort aux gens que je connais pas dans la rue.
    Depuis le Bataclan je chéris encore plus fort mon homme qui travaille tous les jours au Printemps à Paris. Je ne le laisse plus partir sur une dispute.

    William, merci pour ce texte. Merci pour tes mots tous les jours.

  • Marine dit :

    Je, je, je. Nous ?

    • Sofy dit :

      ??
      Bizarre ce commentaire… Ca me paraît plutôt sain d’utiliser le « Je » quand on aborde des sujets si personnels et si intimes
      Personnellement, moi, j’apprécie (accumulation volontaire, façon trolling :D) justement que William sache si bien exprimer SES sentiments et SES impressions, qui certes peuvent prendre une dimension universelle, la preuve est qu’on est souvent nombreux à s’y retrouver par endroits, par bribes… mais que justement il n’en ait pas la prétention pour autant.

    • William dit :

      Je ne parle jamais plus justement que lorsque je parle de moi (comme Annie Ernaux ou Faulkner) et jamais aussi universellement que lorsque je suis dans l’intime. D’ailleurs, c’est un journal de choses vues et comprises mais forcément vues, entendues, émises par d’autres que moi, suscitant ensuite des réactions, des pensées, des angoisses, des phrases.

      Vous lisez un journal extime. Le postulat de départ est le Je cachant le Nous. C’est ce qui a fait le succès des blogs au milieu des années 2000. J’y reviens, après des années entre deux, je veux retrouver le plaisir de parler de moi, au quotidien, moi qui ne me suis jamais senti aussi vivant et aussi « moi » que depuis ces dernières semaines.

      Heureux.

      Et heureux d’être contredit, aussi. C’est important, les retours, tous les retours. J’ai appris à les intégrer. Donc merci.

  • marineb dit :

    Idem, même en étant à Londres, notre vie a changé. Et quand on a des enfants c’est encore autre chose… Le monde d’avant, celui de l’insouciance n’existe plus 🙁 et effectivement on ne se projette plus autant.

  • sebseb dit :

    Tu profites de la vie et t’as bien raison !!! :p
    Nous c’est ski semaine pro na !!! 😉

    Depuis le Bataclan, je pense à vous parisiens et je ne regrette encore pas de ne pas y vivre !!! 😉 Mais je comprends parfaitement qu’on puisse adorer y être hein !!!

    Bref, c’était un comment un peu inutile un de plus !!!

  • ZWP dit :

    J’étais à Boston lors des attentats… je suis arrivée le samedi, le lundi a eu lieu et j’y suis restée toute la semaine… quand je suis revenue difficile de discuter avec les gens, en colère et un peu perdue. Des reproches parfois à mes amis, ma famille qui ne voyait pas où était le problème « puisque j’allais bien » et cette phrase « ils en font un peu trop les américains »… plus jamais eu envie de parler ou même de n’exprimer de quoi que ce soit… de la colère, de la solitude… et puis la vie.
    Du coup votre petit billet d’aujourd’hui là, il dit tout. En juste. Comme pour moi. Comme dans ma chair d’humaine qui a vécu ça. Ailleurs, d’autres terres, d’autres humains, d’autres familles. Mais finalement pareil.

    Alors merci.

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