Vie quotidienne
Goethe, la CIPAV et moi.
10 juillet 2018
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La plus grosse galère de ma vie à ce jour, mes plus grosses angoisses et mon plus grand déni, tout ce merdier qui a pourri ces neuf dernières années, pas mal de soirées avec mon ex et démarré tant de blocages a commencé fin 2009 avec la création d’une EURL sur les conseils d’un expert comptable, car j’allais pouvoir “facturer plein pot” et “le statut d’auto-entrepreneur, c’est dépassé…“. Des conseils qui, pour certains, seraient la promesse d’une nouvelle vie mais qui n’étaient pas du tout adaptés à mon profil. Pas du tout.

J’ai donc mis le doigt dans un engrenage de la mort, un cercle vicieux nommé RSI-URSSAF-CIPAV et les emmerdements ont alors vraiment commencé. Je n’étais pas fait pour facturer qui que ce soit et je n’y entendais rien : l’expert-comptable m’a vite laissé tomber tant il était lassé de répéter dix fois les mêmes infos que je ne comprenais pas (TVA – Factures – Charges…) : les mécanismes du chef d’entreprise ne se mettaient pas en place dans ma tête car je n’étais pas fait pour ça et, surtout, je cédais à la facilité. On me proposait des CDI, je prenais des CDI.

Oui, j’aurais pu être payé le triple en facturant mais dans mon esprit, un CDI, c’était du tangible, c’était du lourd. Du coup, depuis 2009, je ne facturais jamais. Jamais. Et je recevais des courriers des trois organismes me réclamant de l’argent, un peu plus chaque année, sur des montants toujours plus ridiculement élevés, jusqu’à que ces lettres se transforment en mises en demeures qui se transformèrent en courriers d’huissier qui se transformèrent en saisies sur compte, avec les frais inhérents. Avant l’étape d’après ?

Ce courrier reçu fin janvier fut la goutte d’eau de trop, un parmi cent, cette fois de la CIPAV (édifiant organisme…), m’annonçant que j’étais exonéré à 100% pour 2016 et que donc je ne devais leur payer QUE 1340 euros. Dans les quatre semaines.

Exonéré à 100%. Vous devez payer 1340 euros. NOW.

J’avais beau envoyer des courriers, dire que j’étais en CDI, que ma boîte était morte avant même d’avoir vécu, non, rien n’y faisait : ils voulaient toujours plus (pour être honnête, l’URSSAF a parfois remboursé quand ils reconnaissaient leurs erreurs, la CIPAV, jamais…) et mon angoisse montait au fur et à mesure de l’arrivée des lettres avec AR à la maison.

Il fallait casser le cercle vicieux mais le protocole de rupture me semblait terriblement compliqué (et il l’est !), il fallait payer, aussi, bien sûr pour clôturer (plus de 2000 euros au final) et je suis passé par un intermédiaire afin d’éviter la perte de temps et les erreurs (que j’aurais pu commettre mille fois tant la procédure fut complexe) ; j’ai donc cliqué au petit bonheur la chance, en priant vraiment à voix haute, optant pour la société YRYTYS en me disant que si en plus je me faisais escroquer, ce serait la totale…Mais non. Tout se passa bien.

Arriva aussi le moment où je dus prendre une expert comptable commissaire aux comptes  (rien que ça). Florence Coré-Vallet m’a accueilli au pire moment de ma vie, vulnérable et triste comme jamais. J’ai donné tous les papiers, elle m’a tendu un kleenex puis un second. Ce n’était pas qu’une boite de malheur que je clôturais mais bien le solde d’une décennie avec Lui et de tant de projets, de personnes rencontrées et perdues de vue, de voyages, de livres écrits ou lus, c’était enfin tourner la page d’un très gros dossier et ce fut très, très émotionnel. Florence fait partie de ces anges qu’on rencontre dans une vie, de ces anges qui vous écoutent, vous comprennent, anticipent, trient, rangent et proposent de nouvelles manières de faire et de penser. Florence m’a pris sous son aile et, au creux de l’hiver 2018, j’en avais tellement besoin…Merci, Florence. Il n’y a pas de mots assez forts. Merci.

J’avais deux énormes cailloux dans ma chaussure, depuis des années et je m’étais résolu à les traiter, l’un après l’autre. Voilà qui est fait pour l’un.

Il m’en restait un deuxième.

Après avoir trouvé mille excuses pour ne pas aller à une réunion il y a 15 jours puis à une autre réunion la semaine d’après, après avoir pris un métro dans un sens puis en être sorti d’un bond à mi-chemin, refusant le chemin, puis retrouvant la raison et après avoir attendu un autre métro, laissant passer plusieurs rames, pour y rentrer de nouveau, arriver enfin à destination, et après avoir attendu, caché derrière un abribus, que d’autres entrent avant moi, j’ai enfin pu oser. Hier soir.

Hier soir.

Hier soir, entouré d’une dizaines de personnes, alors que tout le monde me regardait, j’ai du prononcer une phrase en public que je n’avais alors entendue qu’au cinéma :

“Bonsoir. Je m’appelle William et je suis…”

“Bonsoir, William. Bienvenue”

En sortant, je l’étais toujours, bien sûr. Mais ça c’était hier soir. Et seul aujourd’hui compte, non ?

Goethe, t’as intérêt d’avoir raison, mec. T’as intérêt.

Mais je crois que t’as raison, en fait.

 

 

38057 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 21 comments

  • Séverine dit :

    2018 est dure pour beaucoup de monde.
    Mais plein de belles choses en découlent!
    Je t’embrasse

  • Magalie dit :

    Merci pour ce texte et ce partage, et oui, seul aujourd’hui compte.

  • Sophie dit :

    The best is yet to come. ❤️

  • David dit :

    Un pas après l’autre…

  • Gilles dit :

    Merci. Il est parfois des mots qui dans des situations difficiles vous aident. J’espère que les votres le feront pour moi !

  • Fab dit :

    “Bonsoir. Je m’appelle William et je suis…”

    tu es … ???

    Etant donné que tu te livres beaucoup sur ton blog ( et ce depuis longtemps, oui je te suis depuis – ouffff – 2004 -))), on veut la réponse…

  • Leto dit :

    Encore un saut dans l’inconnu, tu avances, tu avances… Bises.

  • Ron, William, Dwayne, je ne peux que te souhaiter du bon dans cette nouvelle aventure 🙂

  • Muriel dit :

    Vous avez beaucoup de courage William. Je vous souhaite le meilleur. Et même si je ne vous connais pas, je me permets de vous embrasser par la pensée…

  • Mymy dit :

    Baby steps, William, Baby steps comme ils disent là-bas.
    Se (re)construire prend du temps. Il en faut du courage pour affronter ses peurs, ses faiblesses, autant de petites boules de poussière cachées sous le tapis.
    Mais l’important c’est ce premier pas, celui qui permet de se remettre en route.
    Sur ce coup je suis avec Goethe.
    Bises

  • Alphonse dit :

    Hors sujet mais j’envisage d’acheter à noisy le sec. Tu conseilles ou pas ?

  • Niki dit :

    Il faut toujours rebondir et prendre le meilleur de la vie. Nos erreurs, nos errances sont parfois des étapes qui nous mènent vers un ailleurs meilleur. N’en vouloir à personne mais toujours apprendre… et gagner finalement en donnant un sens aux choses !
    Je vous le souhaite… et prends du plaisir à vous (re)lire.

  • Damdam dit :

    Moi je t’aime comme tu es, comme tu étais et comme tu seras. La vie, ses aléas, ses tracas, ses cailloux qu’on refuse de voir mais auxquels on pense en permanence…
    Tu as le courage d’avancer, d’essayer de corriger, d’admettre ce que tout le monde admet “pour toi”… On nous a jamais promis que la vie serait simple. C’est finalement que ça la vie. Des tracs et des embûches pour nous permettre de viser un idéal/une destination, existant/e ou non.

    Bonsoir, je m’appelle Damien, et je suis un être humain.

  • Laurent dit :

    Je constate, te lisant, qu’on a (presque) tous des cailloux dans les chaussures, jolie métaphore pour dire le fardeau quotidien et impossible voire difficile à liquider. En tout cas, je te souhaite bonne chance ou courage ou plutôt te dis bravo pour ce grand petit pas.

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