Vie quotidienne
Il faut savoir dire merci
15 septembre 2017
7
Je suis reconnaissant d’être encore en bonne santé même si je me rends compte que ça part un peu en vrac, depuis quelques mois. Des douleurs récurrentes sous la voûte plantaire, les genoux qui me font mal quand je marche trop et surtout ce temps de récupération (après un rhume ou une petite plaie sur le bras) qui s’allonge. Pas de doute, je n’ai plus vingt ans.
Je suis reconnaissant d’avoir de quoi voyager un peu, de pouvoir prendre l’avion pour descendre dans le Sud sans trop me prendre la tête, pour peu que je m’y prenne trois mois à l’avance : chaque décollage est toujours un peu le premier, une joie enfantine m’envahit et j’arrive même – truc de dingue – à ne plus arriver trop en avance à l’aéroport ou au train. Au lieu d’y attendre trois heures, désormais je n’y reste qu’une heure trente
Je suis reconnaissant d’avoir appris à gérer mon temps : je n’arrive plus en avance aux rendez-vous ou aux dîners, je ne suis pas non plus une heure en avance au cinéma, je sais me caler sur les heures de réunion des uns et des autres, je ne rends plus mon travail systématiquement deux jours…plus tôt (oui, ça gêne les gens) et je me paye même le luxe d’arriver – non sans sueurs froides, on ne se refait pas – pile à l’heure désormais ! Une révolution en ce qui me concerne. Et quand j’arrive en retard, truc de dingue, je me rends compte que l’autre est aussi souvent en retard et je ne peste pas.
Je suis reconnaissant d’avoir rencontré autant de gens et d’avoir pu vivre autant d’expériences, dans mille lieux différents, à tous les niveaux depuis 15 ans. J’ai appris tant de choses que je peux éclairer chaque situation de mon quotidien d’un exemple vécu (et approuvé). Souvent, quand j’ouvre la bouche, j’ai l’impression d’être Miss Marple et je ris sous cape.
Je suis reconnaissant d’avoir des amis sincères (et fort peu de potes, j’en parlais ici) que je peux contacter quand ça ne va pas et qui ont tous un pet au casque. Tous, sans exception. On forme une belle brochette de bras cassés.
Je suis reconnaissant de voir le soleil se lever ou se coucher sur l’océan, surtout quand il n’y a pas de nuages et quand je suis assis devant, simplement, à ne penser à rien ou à mille choses.
Je suis reconnaissant de t’avoir rencontré fin août car je croyais que ce n’était plus possible, quelque soit notre avenir.
Je suis reconnaissant d’avoir pu grandir émotionnellement, après chaque relation, chaque échec, chaque pas effectué avec l’autre vers lui ou pas et d’avoir désormais le choix entre faire de la merde en barre (recette testée et approuvée par mes soins depuis quatre décennies) ou tenter la bienveillance, la patience et l’humour.
Je suis reconnaissant d’avoir pu profiter des conseils pros d’une coach, sans avoir eu à payer, “le hasard”, je me souviens encore de notre première séance, elle qui tentait de passer sous la carapace et moi qui ne lâchait que ce que j’avais envie de lâcher. Il m’a fallu quatre séances pour enfin accepter de livrer un bout de moi. Je le dis souvent sur mon blog : ce n’est pas parce que j’écris avec sincérité que je dis forcément ce que j’ai en tête. Il y a surtout tout ce que je ne dis pas et que je ne livrerai jamais.
Je suis reconnaissant d’avoir pu apprendre tant durant mes années d’infirmier, ce qui me fait gérer la peine devant le cancer, poker face, ne rien montrer en public, ne pas pleurer, être digne, avant de s’écrouler seul chez soi mais les traversins sont faits pour ça et sous la couette, personne ne vous entend geindre.
Je suis reconnaissant d’avoir pu accepter ma part de spiritualité et d’avoir trouvé, dans un livre puis dans un autre, comment comprendre que Dieu est là : quand le monde est beau, que sa contemplation muette vous arrache un sourire et qu’il n’y a rien d’autre à faire que de s’arrêter et de sentir les roses.
Je suis reconnaissant de la maladie (à nouveau) l’hiver dernier qui a déclenché une série d’événements en cascade se terminant par l’achat de mon appartement duquel je peux observer la cime des arbres dans le parc en bas.
Je suis reconnaissant de pouvoir sentir, parfois, rarement, une odeur quand je me promène. Mon nez est un peu cassé depuis 1989 et ne laisse plus passer que les odeurs les plus fortes ou les plus dérangeantes. Je suis toujours surpris quand, dans un bois, soudain, je sens enfin l’odeur des arbres ou d’une plante. C’est très handicapant mais rien ne vaut ma surprise quand enfin je retrouve une senteur que j’avais oubliée depuis des décennies comme cette fois, en Floride.
Je suis reconnaissant de rencontrer des gens si humains avec leurs failles et leurs envies, au quotidien. Je rentre alors chez moi seul mais nourri de toutes ces rencontres. Je ne peux pas encore accepter toute l’affection que je reçois mais je sais qu’elle est là.
Je suis reconnaissant de savoir poser les mots par écrit.
Je vais bien.

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There are 7 comments

  • Cathy dit :

    Je te suis reconnaissante pour partager ça avec nous.
    Et un jour tu accepteras l’affection qu’on te porte et tu verras, c’est encore une étape en plus 🙂
    Et je suis tellement heureuse de savoir que tu vas bien, vraiment. C’est un soleil pour ma journée.
    Je t’embrasse si tu me le permets.

  • Danyhube dit :

    Et moi, je vous suis reconnaissante pour tous vos partages !
    Je suis contente d’avoir découvert votre blog, et plus simplement de vous avoir découvert …au fil de vos écrits!
    Je vous embrasse

  • Pascale dit :

    Alors merci de continuer à écrire ici… 🙂

  • Xav dit :

    Ce texte est magnifique (comme toujours) et tellement vrai. Une des choses que j’ai apprise depuis que j’habite aux Etats Unis, c’est l’importance du “Merci” dans la culture américaine. Au début je pensais qu’il s’agissait d’une politesse un peu désuète, et en fait, je me rends compte que c’est beaucoup plus sincère. En bon Frenchy, je passe un peu pour un rustre car je ne remercie pas toute la journée. En revanche, mes collègues américains ont compris que mes mercis étaient rares, mais que leur rareté les rendaient encore plus sincères. J’aime être “old school” de temps en temps.

  • Nadine dit :

    Je suis reconnaissante de te lire et de me retrouver dans ton parcours spirituel, j’aime tes écrits qui raisonnent en moi. Par contre étant moi aussi du Pays Basque aurais tu des bonnes personnes (sincères et pas trop dans l’égo à me conseiller), pour me guider dans ce long chemin qu’aujourd’hui j’entreprends seule.

    et muxus de Biarritz

  • Nadine dit :

    Pas grave, esperer qu te ai un nom a me conseiller pour m aider

    Mais je t aime quant et j aime ton chemin et surtout l a aboutissement de ton parcours et ta serenite qui fait du bien
    bravo pour ton combat que je connais
    des muxus

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