Vie quotidienne
Il n’y a pas de regrets à avoir.
12 février 2016
7

Il n’y a pas de regrets à avoir. Comme je le disais à Ségolène hier,  j’ai traversé ma vie jusqu’à présent et je commence à la vivre enfin pleinement depuis un mois à peine. Le reste, avant, n’a été qu’une longue suite d’événements plus ou moins angoissants, plus ou moins prestigieux, plus ou moins pourvoyeurs de souvenirs.

Il me semble avoir assisté à tout cela comme j’aurais regardé un film, interprétant un rôle mais redevenant moi-même le soir, avant de me coucher, dépossédé de mes costumes, de mes lignes de texte et de mon maquillage. Un moi-même qui ne savait qu’une seule chose, dans le fond, que tout cela prendrait un sens, à un moment, par la grâce d’un amour ou la puissance d’une reconnaissance familiale ou publique (cela ne fut pas le cas et quelle ironie que de se découvrir enfin suite à un attentat) et qui espérait ne pas trop commettre de dégâts autour de lui (je fus hélas un peu moins discret que prévu, rien d’irréparable, en tout cas, je pense).

Je lis beaucoup, en ce moment, sur le sujet. Beaucoup. Je pose beaucoup de questions, aussi. On me répond avec tendresse.

J’ai subi deux gros chocs, dans ma vie. La découverte et l’acceptation de mon homosexualité, ma première différence. Puis, mi-novembre, la découverte et l’explication de ma deuxième différence. Je ne parle pas encore d’acceptation, nous n’en sommes pas là. J’oscille entre la colère et la fébrilité, au gré de mes lectures,  l’apaisement et l’avidité, je me refais des histoires dans la tête, je me pose mille questions : « Et si j’avais agi comme ceci, à l’époque ?« .

Je passe en revue la dernière décennie : mon histoire d’amour, mes amitiés, mes écrits, ce blog, mes professions, mes prises de paroles sur les réseaux sociaux, mes antagonismes, les ratés, mes obsessions compulsives (Les Beatles de 1966 à 1968, Madonna, l’architecture communiste, Paul McCartney, les photos de gens morts à l’époque Victorienne, James Bond, la gestion des flux de population dans les espaces dédiés au transport, les catalogues de vente par correspondance, l’aménagement des voies de circulation, l’année 1944, l’année 1979, la crise des missiles de Cuba, le mouvement des non-alignés, les voitures VW) et je ne sais plus quoi faire de tout cela.

Tout reprendre à zéro ?

Je me moque souvent de moi-même en me comparant à Madonna circa 2004, période Re-invention Tour. Comme elle, je me « ré-inventais » tous les deux ans. Nouveau job, le plus souvent, nouvel environnement, nouvelle manière de voir les choses. J’ai longtemps fonctionné ainsi.

Je suis devenu, désormais, acteur de ma vie.

Hier soir, pour échapper aux ressacs sans fin des pensées de mon cerveau sur un seul sujet, en boucle, de 12H à 19H, alors que j’avais trois réunions, des tonnes de mails à traiter, deux voyages à l’inter à monter et 550 cellules Excel à trier à la mano, j’ai fini par accepter de boire du vin Corse, dans un sous-sol de bar, avec mes collègues et mes boss.

Il n’y a que l’alcool qui me soulage de mes pensées. Je présume ne pas être très original. Je ne dirais pas qu’il me désinhibe, non, je n’ai jamais aucun filtre avec les gens que je croise et maintenant encore moins qu’avant (les pauvres !) mais le vin me place dans une zone de confort totale où je n’ai plus à me soucier de quoi que ce soit. Je trompe enfin mon cerveau qui me fiche alors une paix relative et je suis enfin moi, le vrai moi, celui de l’étage d’en dessous, celui qui marche à son rythme en refusant de saisir la main que le cerveau me tend (j’utilisais cette allégorie hier) pour aller toujours plus vite : je parle alors de tout et de rien, libéré et joyeux.

Je sature hélas vite des autres, au bout de deux heures, je dois déjà rentrer chez moi. C’est pire encore si l’atmosphère est bruyante. J’ai beau les aimer, mon empathie est telle, même ivre, que je déborde d’eux, au bout d’un moment.

Je n’avais jamais bu d’alcool avant 2013, de manière régulière et puis un jour, j’ai découvert le vin rouge.

Maritxu, qui tout comme moi ne buvait pas, me fit découvrir le cubitainer dans sa cuisine de Bayonne.

Pratique, le cubi.

Un petit verre.

Hop.

Le ver était dans le fruit.

Un verre et je suis volubile. Deux, je suis éméché. Trois, je ne peux plus rentrer chez moi à pied.

Je ne dépasse jamais trois verres.

Ils se moquent tous de moi.

« Tu ne tiens pas l’alcool »

C’est vrai.

 

(J’écris ce billet à 23H50, après être rentré, je ne le relis pas, je pars me coucher ivre, ma tête tourne un peu)

 

Edit 9H35

Ce matin, à la cafétéria du boulot. Une collègue :

– Tu t’es trouvé ?

(Mon cerveau soudain arrête le temps. Je pense à ce billet de blog que je viens de relire, sobre, et que j’hésite à retirer)

– Pa…Pardon ?

– Tu t’es trouvé ?

– Mais comment le sais-tu ? Oui, de fait, je me suis trouvé. Depuis le 10 janvier. C’est fou, ta question, là.

– Non…Dans le Nouvel Obs de cette semaine. Tu as trouvé l’article qui mentionne ton livre ?

Et là, j’ai souri.

Oui, ma chérie, effectivement, je me suis trouvé ^^

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There are 7 comments

  • cvrin dit :

    La chose qui me vient à l’esprit, là tout de suite: sans être passé par tout ça, tu ne serais pas le même. D’autres choix, d’autres routes, peut-être n’aurais-tu jamais rencontré certaines personnes. Et le William que tu laisses entrevoir il est beau, s’il peut être encore meilleur tant mieux!
    Et merci pour le livre, je me reconnais à travers les chapitres, ça me fait bizarre mais me réconcilie avec plein de choses.

  • Mireille dit :

    Ça me parle tellement cette histoire de zèbre!

  • Carson dit :

    In vino veritas…

    Et merci de ne pas avoir effacé tes mots d’hier soir, ils me/nous parlent tellement.

  • Julie dit :

    Parfait ce billet… Heureusement que tu ne l’as pas effacé.

  • sebseb dit :

    Juste « les voitures WV » -> c’est pas plutôt VW ?
    Sinon c’est malin, va falloir que je chope un nouvel obs moi maintenant 😉 :p
    Bonne fin de journée et WE William et bon courage avec Excel !!! 😀

  • estèf dit :

    Juste 2 ans que je sais. Parfois j’ai le cœur gros en pensant à tout ce temps perdu, mais le plus souvent comme l’écrit cvrin, je me dis que c’est moi, mon parcours, c’est comme ça et il faut juste vivre la suite au mieux, en sachant. Mais la question qui me taraude le plus, la seule à laquelle je n’aurais jamais la réponse, maintenant qu’ils sont tous partis, c’est d’où ça me vient… J’essaie souvent de repenser à eux en recherchant les signes… Mais le mystère restera entier…

  • Emilie dit :

    “I think people who create and write, it actually does flow – just flows from into their head, into their hand, and they right it down. It’s simple.”
    And…“You were only waiting for this moment to be free.”
    ― Paul McCartney

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