Livres
Ingrid Betancourt – « Même le silence a une fin »
24 juillet 2012
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Eprouvant bouquin. Etouffant. Son « Heart of Darkness » à elle. J’ai lu en sautant des pages, parfois, tellement j’étouffais dans cette jungle. Retenu ces passages :

 

                            « Je ne croyais plus aux coïncidences. Depuis mon enlèvement, dans cet espace de vie hors du temps, j’avais eu la possibilité de réviser les événements de ma vie avec la distance et la sérénité propres à ceux qui ont des jours en trop. J’en avais conclu que la coïncidence n’était que l’aveu de l’ignorance du futur. Il fallait être patient, attendre, pour que la raison d’être des choses devienne visible. Avec le temps les événements prenaient place dans une certaine logique et sortaient du chaos. Alors la coïncidence cessait d’exister. »

 

——-

 

« J’avais obtenu que l’on nous apporte du tissu et du fil et je remerciais le ciel d’avoir pris le temps d’écouter ma vieille tante Lucy qui avait tenu, lorsque j’étais adolescente, à m’apprendre l’art de la broderie. Mes cousines avaient fui d’ennui, j’étais restée par curiosité. Je comprenais maintenant que la vie nous remplissait de provisions pour nos traversées du désert. Tout ce que j’avais acquis de façon active ou passive, tout ce que j’avais appris volontairement ou par osmose me revenait, alors que j’avais tout perdu, comme les véritables richesses de mon existence. »

 

——-

 

Je me suis souvenue alors de ce passage de la Bible qui m’avait frappée lorsque j’étais en captivité. C’était un cantique de louange à Dieu dans le livre des Psaumes, qui décrit toute la dureté de la traversée du désert. La conclusion m’avait paru surprenante. Il était dit que la récompense de l’effort, du courage, de la ténacité, de l’endurance, n’était pas le bonheur, ni la gloire. Ce que Dieu offrait en récompense, c’était le repos.

 

——-

Mes compagnons avaient envie de parler, de se confier, mais les expériences terribles qu’ils avaient vécues les obligeaient au silence. Je le comprenais sans difficulté. Dans le partage des souvenirs, une évolution se produit. Certains faits sont trop douloureux pour être racontés : en les dévoilant, on les vit à nouveau ; en les taisant, on a l’espoir que, le temps passant, la douleur disparaîtra, qu’il sera possible ensuite de partager ce que l’on a vécu avec d’autres et de s’exonérer de son propre silence. Mais souvent, bien qu’il n’y ait plus de souffrance attachée au souvenir, c’est par respect d’autrui que l’on s’abstient d’en parler : on ne ressent plus le besoin de se libérer d’un poids, mais plutôt celui de ne pas abîmer l’autre avec les souvenirs de ses propres malheurs. Raconter certaines choses, c’est leur permettre de rester vivantes dans l’esprit des autres, alors qu’il nous paraît finalement plus convenable de les laisser mourir à l’intérieur de nous-mêmes.

 

 

 

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