Voyages
Istanbul
7 mars 2016
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Ce sentiment étrange, dès mon arrivée, qu’il ne va pas falloir se faire remarquer, qu’il va falloir être un peu sur ses gardes, pas méfiant, pas parano, non, juste observateur. Ce sentiment diffus que quelque chose ne va pas, que quelque chose de tragique est en train d’arriver, que ce sont peut-être les derniers mois d’une situation, que le couvercle posé sur la marmite ne contient plus grand chose.

Je ne connais rien à la politique de ce pays, je n’ai même pas regardé s’il fallait un visa avant d’y arriver (j’aurais eu l’air fin à la police des frontières) et je m’en fichais un peu, j’évite les news depuis Charlie, trop anxiogènes, trop orientées, trop pas pour moi. J’aurais pu rester 4 jours sur place mais non, j’abrège, je décide de ne rester que deux nuits, de prendre la température et de repartir. Je fais bien. Dès mon atterrissage, tout mon corps ne fait que me dire : attention.

C’est délabré, bordélique, grouillant : je ne me sens pas mal du tout. La luminosité est incroyable, je vibre, je suis ému. Les rues en pente me dévastent, je suis trop habillé, arrivant de Paris, je sue. Je ne me sens pas mal du tout. Mon airbnb est génial : ascenseur privatisé menant à un appartement par étage, vue sur le Bosphore, je ne me sens pas mal du tout. Je change un peu d’argent, décide que je vais aller faire mon touriste à pieds, sans internet, sans 4G, au feeling, me repérant à ce que je vois et comprends et non à mon écran de portable pour une fois, je ne me sens vraiment pas mal du tout.

Mais c’est le reste. Tout le reste. Ce que je perçois, ce que j’entends, dans la bouche de garçons croisés ou même de mes collègues sur place, les propos de mon hôte, tous ses mots qui reviennent en boucle : « Faites attention. Juste faites attention ».

Mais à quoi ?

Ils haussent les épaules.

« Faites attention »

J’habite à 900 mètres du Bataclan, je n’ose même pas leur dire.

« Faites attention ».

Et puis cet article de Télérama, sur lequel je tombe deux heures après mon retour, qui vient confirmer froidement tout ce que mes entrailles ont senti.

Dérive autoritaire du régime de Recep Tayyip Erdogan, afflux continu de réfugiés, imbroglio géopolitique explosif… La peur du chaos s’abat sur la Turquie. Enquête à Istanbul, mégapole sous haute tension.

Je ne reviendrai (hélas) pas de sitôt à Istanbul. L’impression de passer à côté de quelque chose, d’un truc énorme, vivant, sublime, d’y arriver un peu trop tard. La tristesse déjà éprouvée mille fois de ne jamais avoir connu la Syrie, moi qui ne parle que d’Art Perse, de Mésopotamie. La sensation que le monde se rétrécit, que la lumière n’éclaire plus grand chose. Et ces religions, ou plutôt l’utilisation politique de ces religions, partout, dans le débat public.

Fatigue immense.

 

 

 

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There are 10 comments

  • ZWP dit :

    … sentiment partagé…

  • Nad dit :

    J’étais à Istanbul pour le nouvel An , peu de temps avant l’attentat à Sultanahmet.
    Peur, tristesse, désarroi…..C’était la 1ère fois que j’allais en Turquie et j’ai bien peur que ce soit la dernière.
    L’impression, comme toi, qu’une chape de plomb recouvre le monde petit à petit, le rendant de plus en plus « dark », fermé…
    J’ai déjà connu ça pour l’Egypte où je me désespère de pouvoir revenir un jour.

  • Mummy active dit :

    Nous y étions en famille noel 2015. Superbe ville mais une tension de malade déjà. Et un sentiment partagé entre l’accueil des turques et leur envie de nous voir partir. Rien à voir avec ce qu’était cette ville mixte de plusieurs cultures. J’étais contente de partir après une semaine. 15 jours après une bombe éclatait….

  • Lectrice dit :

    Non tu as senti juste , dommage moi aussi je rêve de m’y balader , mais visiter…. Avec la trouille…. Pas génial !

  • roussix dit :

    « Faites attention. Juste faites attention »
    Et vos mots prennent alors tout leur sens…

  • laurence (@lopalomita) dit :

    suis allée deux fois en Turquie, une fois il y a 25 ans et une fois il y a 16 ans , seule et enceinte de 5 mois ! touchée à chaque fois par la gentillesse et l’accueil de ce peuple… j’aurais souhaité y retourner pour montrer à mes enfants et mon amour d’aujourd’hui ; impossible, le chaos je l’ai senti de loin, quel désastre…

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