Vie quotidienne
J’ai craqué.
19 juillet 2012
8

La cata, chez le dentiste, ce matin, une fois de plus.
Elle me fait venir à 10h20, pour m’anesthésier. Elle tape pile dans le nerf, c’est la dernière dent au fond à droite, la dernière fois l’anesthésie n’avait pas pris et elle avait du composer avec. Cette fois-ci, pourtant, je sens qu’elle a tapé là où il fallait : immédiatement je sens ma lèvre s’engourdir (ce qui n’était pas le cas la dernière fois) ainsi que ma langue. Même mon oeil droit semble atteint. Je suis rassuré.

J’attends trente minutes en lisant le Marie-Antoinette de Stefan Sweig (comment j’ai pu passer à côté de cet auteur ? Je vais tout lire de lui) et puis c’est mon tour. Je suis rassuré. Elle commence à travailler, doit dévitaliser et soudain PIM, je sursaute, une fois, deux fois, PIM, je sens TOUT. L’anesthésie ne prend pas. J’essaie de garder mon calme et de la laisser travailler mais, dès qu’elle est au fond, rien à faire, je sursaute.

Et soudain le barrage craque.
Je m’écroule.
Je pleure, sans pouvoir m’arrêter. Non-stop. Mes pieds se tordent, j’enfonce mes doigts dans le plastique du fauteuil, je sens mon polo se mouiller de mes larmes qui descendent et coulent et coulent. Je n’arrête pas de m’excuser, de demander pardon. Elle est gênée, me demande de ne pas m’excuser, que rien n’est grave.
– MAIS SI C’EST GRAVE ! J’AI 39 ANS PUTAIN ! POURQUOI J’AI PEUR COMME CA ? POURQUOI J’AI MAL COMME CA ? POURQUOI DANS MA VIE TOUT VA BIEN SAUF MES DENTS ? POURQUOI JE N’AI PAS LE DROIT COMME TOUT LE MONDE A UNE ANESTHESIE QUI PRENNE ? Excusez-moi, pardon.

Et je pleure, je pleure, je pleure.
L’assistante me tapote l’épaule. Alors que la dernière fois la dentiste m’avait refusé le MEOPA, cette fois-ci elle a demandé qu’on lui apporte. Le masque prend le nez et la bouche, je comprends que l’effet sera temporaire, contrairement à la pose d’implants où, via un masque nasal, l’opération avait lieu sous MEOPA tout du long. Je m’en fous. Je veux juste arrêter de pleurer, je veux juste ne plus souffrir, je veux juste qu’on en finisse avec cette dent.

Ils me posent le masque sur la bouche et le nez, je respire. L’effet, je le connais, maintenant. Cette fois-ci, il est bizarre, j’entends en boucle les dernières paroles de la dentiste pendant un temps qui me semble fou. Ils retirent le masque, elle finit son travail. C’est toujours douloureux mais les premières minutes se passent bien. Elle doit m’anesthésier au moins quatre fois encore jusqu’à la fin du soin. Elle pose le pansement, enfin. Nous nous revoyons fin Aout pour poser la couronne.

Je la prends dans mes bras en m’excusant et je l’embrasse sur la joue, elle se laisse faire.
Je sors dans la rue. La tête me tourne un peu.

J’éclate en sanglots à nouveau.
C’est un vrai échec personnel, un élément que je ne maitrise pas, quelque chose de trop violent à accepter pour moi : je ne comprends pas pourquoi mes dents ne me foutent pas la paix, pourquoi je n’ai pas le droit à une anesthésie qui prend, pourquoi je dois subir ça depuis des années. Je n’en peux plus. C’est très dur à accepter, c’est très violent.

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There are 8 comments

  • Fanny dit :

    Tu n’es pas seul. Ma petite dentiste m’a vu pleurer plus souvent que ma psy sur son fauteuil.

  • catou dit :

    Je comprends tes peurs, tes douleurs, je ne supporte pas non plus, mais j’ai la chance que l’anesthésie prenne à tous les coups ! On ne peut pas tout contrôler dans la vie donc essaie d’oublier cet épisode douloureux…. Signé une vraie trouillarde de la vie… Catou

  • isabelle dit :

    la dent du fond a droite y a 2 mois
    une simple carie mais dans la gencive
    la dent s’est défendue et a fabriqué du calcaire au milieu ??
    faut tout péter dixit la dentiste
    4 séances de 1h
    8 piqures d’anesthésies à chaque fois , a mettre de l’ anesthésiant direct dans tous les trous qu’elle faisait ( berk la langue , la gorge herk)
    l’anesthésie prend difficilement sur moi , je l’ annonce et j’ ai trouvé un dentiste qui l’entend mais pas de meopa chez ma dentiste , dommage

  • Zelda dit :

    Ce n’est pas un échec personnel… Ce qui est violent je trouve c’est la façon dont tu le prends. Et je suis concernée : moi , c’est une dent qu’on m’a arrachée… avec une anesthésie qui ne prenait pas ! Un de mes plus chic chouettes souvenirs… Ravie pour ta rencontre avec Zweig : un de mes auteurs préférés. C’est lui qui a inventé la délicatesse…

    • William dit :

      J’essaie de le prendre avec philosophie ou d’y comprendre quelque chose mais je n’y arrive pas et oui, je te confirme, je le prends super mal, je le vis comme une violence, comme quelque chose de gratuit qui m’arrive.

      Comme toutes les violences, je présume 🙁

  • Mylene dit :

    Cher William,
    (je te lis depuis plusieurs années donc je me permets de de te dire ‘cher’.)
    Bien sur ca ne changera rien au sentiment d’injustice et de peur que t’inspirent les séances chez le dentiste et ces foutues anesthésies qui ne prennent pas, mais je compatis, profondément.
    Pendant des années j’en étais terrifiée aussi, parce que dans mon enfance, l’anesthésie on pratiquait pas, je suppose pour ‘ne pas habituer les gens a ca, quand meme’… Donc j’évitais le dentiste, c’était mon cauchemar, ma zone d’ombre, mon échec.
    Je n’ai pas de solution a partager; la mienne a été une ostéotomie bi-maxillaire, qui a tellement repoussé les limites de mes angoisses qu’elle a tout remis a plat. Maintenant, chez le dentiste, je suis quasiment plus détendue que lui.
    Mais lors des 2 ans ou j’allais chez l’orthodontiste régulierement, et ou j’en chiais, je me préparais a la douleur avec une p’tite dose de codéine 20 minutes avant.. sans ca j’aurais pleuré encore davantage.
    Avec tous mes encouragements et ma compassion.

  • Hadrien dit :

    J’ai eu pas mal de soins dentaires il y a deux ans, et si l’anesthésie prenait facilement tout le temps, ça n’a pas été le cas lorsqu’il s’est attaqué aux molaires, où la douleur était horrible (pourtant je ne flippe pas particulièrement chez le dentiste, mais là, dès qu’il commençait à forer…).
    Bref, il m’a proposé de tester un nouvel appareil qu’il venait d’acheter, un système d’anesthésie qui s’appelle l’ostéocentral(e): en gros il injecte directement l’anesthésiant dans l’os, via un genre de euh, perceuse. Deux minutes après, je ne sentais plus rien, il pouvait charcuter ma molaire en toute quiétude. L’avantage, c’est qu’il n’y a aucun des effets secondaires de l’anesthésie classique (joue et langue engourdies). Tous les dentistes n’ont peut-être pas cet équipement, et son utilisation ne s’applique peut-être pas à tous les cas, mais si jamais tu as l’occasion d’en parler à ton dentiste, sait-on jamais…

  • JacquieB dit :

    Bon courage William, n’ayez pas honte de craquer, tout cela est normal et je suis aussi comme vous car moi …. je demande à mon dentiste d’une petite voix  » fais moi une locale »…. pour un simple détrartage !!!!

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