Télévision
J’ai regardé « La Quotidienne », sur France 5
1 octobre 2013
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J’ai changé de vie alimentaire, depuis peu, et je vous en parlerai dans un mois, histoire de faire un bilan avec un peu de recul. C’était nécessaire depuis quelques années, vital probablement mais je n’avais pas eu le déclic. On dit souvent qu’on ne peut pas faire changer son partenaire, même avec tout l’amour du monde : c’est vrai. Le changement doit venir de l’individu lui-même sinon il ne pensera jamais à lancer une lessive. C’est comme ça, un homme  un Homme. J’ai regardé une vidéo « bio » de 87 minutes sur Youtube, un vendredi après-midi. Elle m’a stupéfait. J’en ai donc profité, le lendemain, pour me regarder dans le miroir et me parler avec autant d’amour que de fermeté. Mais de tout cela, je vous reparlerai dans un mois.

La Quotidienne est la deuxième bonne surprise de ma rentrée Télé (après le Tube, le samedi midi, sur Canal, dans un tout autre genre) et elle rentre tout droit dans une nouvelle case de programmes télé « éveillés » à qui on donne un passeport pour passer en terre télévisuelle. Ils sont peu nombreux (surtout ne pas éveiller les consciences, surtout…) mais ils existent : beaucoup se retrouvent sur France 5 qui construit une grille hallucinante « feel good – learn well » en quelques années. Je pense à La Maison France 5, Le magazine de la Santé, les Maternelles, par exemple. Rendez-vous en Terre Inconnue, sur France 2. Je n’inclus pas CàVous dans la liste car, si l’émission m’est sympathique (avez-vous vu à quelle vitesse on a oublié A. Sublet et tant la présence d’A.S Lapix semble « normale » ?) elle ne m’apporte strictement rien humainement, c’est de la promo bien cuisinée, savamment orchestrée et très vite oubliée.

La Quotidienne a démarré hier sur les chapeaux de roue, à fond les ballons, mais visiblement l’équipe a compris que les 60 minutes d’émissions se devaient d’être un dynamique mais aussi plaisant moment de partage et d’écoute, pas seulement une énonciation d’infos certes intéressantes mais trop rapidement survolées. C’est assez dingue de voir à quel point certains programmes n’ont besoin que de peu d’ajustement en très peu de temps. Preuve que le casting est réussi, le concept fort et l’équipe plutôt soudée. J’ai souvenir d’émissions paquebots dont on sent, dès la fin de la première semaine, qu’il faudrait revoir la copie mais personne n’ose dégraisser le Mammouth et s’attaquer franchement au problème. Là, c’est évident : il y a eu du temps et de la réflexion.

C’est payant sur le fond et sur la forme et ça me parle, ça me touche, ça me va. Je veux bien regarder mon écran quand j’en retire quelque chose, quand je peux aider, aussi (une rubrique citoyenne permet aux téléspectateurs de donner du temps ou des objets) et je peux vouloir me détendre sans avoir à subir les mêmes invités en promo sur les mêmes chaînes, le combo applaudissements/hurlages lancés par des aboyeurs pros sur les plateaux (épuisant) ou des chroniqueurs si speedés par la Timeline qu’ils n’ont finalement pas le temps de dire grand chose de censé ou de porteur. Oui mais bon, William, « ce n’est que de la télé », comme me disait ma rédac chef, l’an passé. Et alors ? Doit-on pour autant offrir du médiocre, du tout cuit ou de la junk image pour ne pas se prendre la tête ? « De toute façon, les gens regarderont ».
Et bé non, en fait. De moins en moins. Une certaine frange de la population regarde certains programmes, oui. Mais l’audience se fragmente de plus en plus et se concentre désormais sur ce qui se fait soit de plus violent, soit de plus disruptif, soit de plus « nourrissant ». Le convenu et le médiocre ne passe plus. La télé-réalité a fait monter les enchères visuelles et sonores. Mais tout le monde ne la digère pas.

J’ai choisi volontairement pour m’informer un apport d’images quotidien, car j’aime la télé, je l’assume de plus en plus, cet amour; la presse imprimée sur papier me semble « morte » et je n’ai pas super confiance encore dans le journalisme Web grand public, tant que son modèle économique n’est pas trouvé. L’image me parle plus. J’ai du en éditorialiser dans le passé, des images, pour construire des histoires et je sais combien il est complexe d’en produire, qu’en audiovisuel la montagne accouche souvent d’une souris et que le montage pourra faire dire tout et son contraire à une même interview mais c’est ainsi : je ne lis presque plus. Je consomme de l’image, mais de l’image choisie.

Je suis donc heureux quand je ressors d’une heure devant ma télé avec de quoi nourrir mes actes à la maison ou dans la ville. Je pense qu’il faut soutenir ce genre de programmes, aussi, car la qualité n’est pas un du, même sur une chaîne comme France 5 et c’est le sens de mon billet. La réflexion, l’engagement, le militantisme, le temps alloué à la parole et à l’écoute ne coulent pas de source. Il faut dire aux gens qu’on les aime, je le pense depuis si longtemps, et qu’on apprécie leur travail. Et cet amour croît, alors. « La Quotidienne » me fait penser au « Journal de la Santé », aux débuts. Il y a de quoi en faire un grower, un vrai succès sur plusieurs saisons, il y a de quoi créer, dedans, plusieurs mouvements d’ouverture, par petites touches, à petits pas. Non, tout le monde n’a pas envie d’acheter un iPhone ou de manger des nuggets, non, tout le monde ne va pas s’orienter sur du tout-prêt en hard discount uniquement pour des raisons d’argent (Si on ne m’avait pas appris la vinaigrette ou la recette du cake au citron, je continuerais à acheter les deux tout prêts) et oui, il y a des messages à faire passer, chaque jour, sur des sujets impactant la santé mentale et physique de l’individu.

Je fais partie des gens qui pensent que 110 000 téléspectateurs font évoluer sur le long terme une idée reçue ou un secteur figé. De même que tous ceux qui ont acheté le premier album du Velvet ont fondé un groupe (je crois que c’est Lou Reed qui disait ça), je suis pour l’information citoyenne et responsable d’une poignée de gens prêts à avancer et faire bouger les autres. Au bout d’un moment, les idées les plus farfelues ou les plus minoritaires s’imposent : nous marchons sur la tête, depuis quelques décennies. Les signaux d’alertes se multiplient. On nous explique (on ne nous avertit pas, on nous EXPLIQUE) qu’à ce rythme-là de consommation, il n’y aura plus de poisson dans les mers dans 30 ans. Certains d’entre nous écoutent et se bougent. De plus en plus, relayé dans les médias, une conscience collective positive apparaît. Son poids est pour le moment dérisoire face aux sirènes puissantes de gros groupes bien établis, communiquant sur le manque, la peur et la culpabilité à la perfection. Mais le rapport de force, insensiblement, change.

J’ai trouvé Thomas Isle parfait, dès la première minute, enfin sorti de son rôle de trublion-Bobo-Parisien un peu snob mais tellement drôle, dans « Médias le Mag » et il a l’envergure d’un Michel Cymès, un parfait mix de roublardise, d’assurance et de populaire, pour porter les messages et la « bonne » parole. J’ai trouvé Maya Lauqué plus en retrait, étonnament, alors qu’en promo elle était toutes griffes dehors, bouffant un peu l’espace à Thomas, et elle semble avoir un peu de mal à trouver sa place ou le ton juste dans les débats (plutôt rentre dedans, ce midi, mais pas contre le patron de Super U, ce que j’ai trouvé un peu facile…). Elle trouvera son équilibre, je la trouve vraiment vive quand il faut l’être, avec une solide base journalistique, alors que Thomas anime plus.

J’aime énormément le rythme de l’émission : la parole est respectée. J’aime énormément les couleurs de l’émission, en plateau, et sur les infographies à l’écran (riche idée, on n’a jamais assez d’infographie), j’aime aussi qu’on récapitule en fin de débat ce qu’il fallait en retenir et j’aime, enfin, l’interactivité promise pour enrichir les débats et le contenu. Bon, là, faute de gens qui connaissent encore le programme, forcément ce n’est pas utilisé à 100% mais ça peut devenir riche. Pas fan du tout du direct au téléphone avec une ONG qui a besoin d’aide : si le mec au téléphone est pas bon (comme ce midi), on ne comprend rien à sa démarche et donc à ses besoins. Je pense qu’il faudrait l’enregistrer ou les faire répéter avant. Ca dessert leur cause, en plus. Mais tout le monde n’est pas communiquant naturellement, je sais, je sais.

Je ne vais pas regarder tous les jours car j’ai aussi une vie. Mais je sais que j’ai une case de plus, positive et ayant compris les besoins actuels, à cocher quand j’en ai besoin pour me sentir moins « envahi »…

En attendant :

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Oui.

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There are 7 comments

  • Hadda dit :

    merci pour le décryptage de ce programme, si ‘occasion est là je regarderais et sinon sur l’alimentation cette vidéo est un vrai électro choc j’ai fait un 180° en quelques jours ( et oui on en parle dans un mois) 🙂

  • Florence dit :

    You rule …

  • myster.i dit :

    J’adore cet article ! Juste merci, merci et encore merci

  • Pascale dit :

    Crème Budwig?

  • Snail87 dit :

    pas glacée l’eau !

  • sidonemo dit :

    Bon, ben y’a plus qu’à…
    mais moi, j’aime bien C à vous car même si c’est de la promo bien orchestrée comme tu le dis, il y a une joie de vivre, un sens de l’accueil qui me plait bien…

  • Gally dit :

    Chez nous c’est réglé, la télé n’existe plus. Les trucs qui nous intéressent on les regarde sur le net et depuis j’ai l’impression d’avoir fait un cure de « détox » 🙂

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