Livres Vie quotidienne
J’aime quand Julie n’aime pas mon travail
5 mars 2012
6


La vue du bureau de Julie.

Julie fait partie de ces femmes que je repère au premier regard et intègre dans ma vie, case “Je veux le meilleur pour moi“. Classe, l’œil pétillant, la mèche brune tombant assez loin sur le visage, des fringues simples, des santiags brunes rapportées de Santa Fe, un parfum frais. Elle m’écoute, elle sait, elle comprend. On échange. Elle est productrice. Elle en entend, des projets, toute la journée. Elle passe sa vie dans les idées de films, de séries : on la pitche en permanence. Moi comme d’autres. Son avis m’est important.
Je lui rends mon projet, imprimé sur vingt pages. Elle s’assoit sur le canapé, me sourit et me dit :
– Va te chercher un café, reviens dans vingt minutes.
– Mais…Tu vas le lire maintenant ?
– Oui.
– Mais…
– A tout à l’heure.

Je reviens.
Elle a posé mon synopsis sur l’accoudoir. Elle a le menton appuyé sur sa main. Elle pense.
Je sirote mon (troisième) café en faisant un maximum de bruit pour attirer son attention. Mon cœur bat fort. Elle se tourne vers moi :
– Je n’ai pas aimé du tout.

Et soudain je me sens apaisé. Reconnaissant. Soulagé. Libre. Et je l’aime encore plus fort.
– C’est vrai ?
– Oui, je pense que tu es passé totalement à côté du sujet. C’est trop…ou…pas assez…Mais ce n’est pas le bon ton.
– Ça me fait vraiment plaisir que tu penses ça.
– Ah bon ?
– Oui. Je commençais à flipper depuis des semaines. Les gens à qui je l’avais donné trouvaient tous ça super. Pas une critique, pas un retour mauvais. Je me demandais vraiment si c’était du lard ou du cochon. Et puis, va comprendre, plus on me disait que c’était bon et moins je commençais à l’aimer, mon truc, là. Une petite voix me disait qu’ils n’y comprenaient rien. Et là, toi, en me disant de but en blanc que tu détestes
(Elle sourit)
Que je n’aime pas. Tu exagères toujours tout.
– En me disant que tu n’aimes pas, ça me fait du bien. D’abord d’entendre une voix un peu dissonante. Et ensuite parce que je sais que tu as un jugement très sûr sur les choses. Savoir que je me plante totalement quand je suis entre tes mains, ça m’apaise. C’est probablement le seul endroit où j’ai envie de me planter en beauté. Plaire à des inconnus, c’est sans saveur. Mais ne pas réussir à te convaincre, je trouve ça tellement libérateur. Je n’éprouve aucun sentiment d’échec ou d’angoisse. Je sais simplement qu’il faut que je recommence. Merci pour ce refus.

Et c’est là que la fille est forte. Elle m’a regardé, a regardé la grosse pendule au mur et elle m’a dit :
– Je te donne quinze minutes pour le refaire. Ce qui doit correspondre, à vue de nez, au temps que ça t’a pris pour le premier jet que tu as fait lire à tout le monde.
Je commence à protester (percé à jour). Elle reprend :
– Pour le coup, c’est moi qui vais me faire un café. Au boulot. A tout de suite.

Et, là, j’en ai chié comme rarement en quinze minutes.

La fille savait que je m’étais pas défoncé. La fille savait que je pouvais faire cent fois mieux. La fille me demandait de me respecter un peu plus avant de rendre un travail à quelqu’un.
5% de talent, 95% de travail. Tout le temps. Je le sais, en plus. Mais j’ai tendance à croire que ça ne se voit pas, quand je fais les choses à moitié. Pour le commun des mortels, probablement. Pour les gens comme Julie, tu repasses. C’est pour ça que je l’aime, voilà.

1286 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 6 comments

  • isatagada dit :

    Ces gens là sont précieux. Même si on devrait toujours écouter la petite voix en nous qui nous dit la même chose depuis le début. Va savoir pourquoi on ne le fait pas…
    Tu as de la chance d’avoir quelqu’un qui te respecte vraiment.

  • brun michelle dit :

    haaaaaaaaa la recherche de la Femme, la vrai ,celle qui dit merde, celle qu’on aime.
    Attention William à ne pas trop vous sous estimer .
    Moi, j’aime vos ecrits , j’aime vos livres, j’aime vos tweets, et votre façon de perçevoir les choses même en 15 minutes………
    Bonne journée
    Michelle

  • Florian dit :

    Elle en dit beaucoup cette petite histoire… Je saurai où la trouver quand j’aurai besoin de la relire 🙂

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