Sexe
Je ne déteste personne mais…
10 octobre 2018
21

Je jalouse. C’est vrai, je ne déteste personne mais je jalouse.

Je jalouse :

– L’autre et sa chronique nullissime prononcée d’une voix blanche avec un accent de Toulouse.

– L’autre avec ses abdos parfaits qui ne cesse de nous montrer son ventre plat dès qu’il peut sortir une photo en maillot de bain.

– L’autre qui n’a jamais bossé de sa vie et qui a hérité et qui a crée un site et l’a revendu cher et crée un deuxième et l’a revendu encore plus cher.

– L’autre qui va à NY (que je déteste, par contre, je déteste cette ville) tous les quatre matins comme moi je vais à Franprix.

Je ne les déteste pas, je ne déteste personne, je n’ai pas le temps pour ça, non. Je les jalouse. C’est différent. J’envie ce que j’estime être leur réussite, je n’ai jamais su faire comme Eric qui me disait sans cesse “Réjouis-toi du succès des autres, ça fait du bien, tu vas voir…” et bien moi, non, je n’ai jamais pu y arriver. Je me réjouis de la réussite de mes très proches, je peux parfois être fier d’eux mais me réjouir du succès de presqu’inconnus, je ne sais pas faire et pire : je les jalouse.

Ou, à bien y réfléchir, je jalouse plus précisément l’image qu’ils renvoient d’eux-même sur les réseaux sociaux, l’image soigneusement choisie, filtrée, recadrée, hashtaguée, l’image balancée le bon jour à la bonne heure pour faire le maximum de like. Je ne les connais pas vraiment, j’ai entendu des choses sur eux, j’ai recoupé des informations sur leurs vies, je connais quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui m’a dit que et parfois – je sais que c’est mal – je me suis même réjoui de leur rupture amoureuse, demandant encore et encore à un ami de me raconter l’histoire du break-up mais plus lentement cette fois, comme si je m’en délectais.

Schadenfreude

Je pourrais dire que je m’en fous, d’eux, que ma réussite à moi n’est pas trop mal non plus, que mon absence d’abdos ne m’a jamais empêché de coucher avec des dizaines de très beaux garçons parfaitement bien dans leur tête et leur corps, que j’ai écrit des tonnes de pages, de papiers, d’articles, tourné des clips et des reportages et des making-of, croisé les plus grandes stars de la planète et même pris des photos avec et même parfois qu’ils m’ont redemandé une seconde fois en interview tellement ils étaient contents, je pourrais dire que je n’ai jamais cherché de job et qu’on est toujours venu me chercher, que je comprends plus vite que la moyenne et sait me couler dans n’importe quelle situation avec une apparence d’aisance et humour (à l’intérieur, c’est une toute autre histoire…), que je crois en mon destin et à mes anges gardiens, que j’ai aimé et été aimé profondément, durablement, magnifiquement au moins trois fois, que je fais tellement de choses en même temps que même mes amis ne savent plus ce que je fais, que j’ai un super network qui peut répondre à mes questions ou se bouger pour embaucher un pote, que j’ai des ami.e.s, des vrai.e.s, que j’ai une très belle verge et des yeux verts sublimes, que mon appartement est calme et grand, donnant sur des arbres, que je m’y sens bien et que je ne m’y ennuie pas, je pourrais dire enfin que j’ai rencontré quelqu’un dans ma tranche d’âge, beau et tendre, drôle et vif, chic et smart, qui a des yeux sublimes et un très beau petit cul finement poilu que j’adore caresser mais non, rien à faire, de tout cela je dirais presque que je m’en moque, presque, car, voilà, je l’avoue, je jalouse ce que je n’ai pas en pensant que ça me manque un peu, forcément, et que je serais plus heureux avec leurs vies à eux alors que l’expérience m’a prouvé mille fois déjà que  :

– Le poids sur la balance ne décrète ni ta beauté, ni ta laideur

(Toi seul le peux)

– L’argent que tu dépenses par litres ne te procure aucune joie durable

(Toi seul le peux)

– Les objets que tu achètes frénétiquement le soir sur Amazon sans regarder le prix ne vont pas t’emmener la paix intérieure.

(Toi seul le peux)

– La gloire, le désespoir du fond du trou, les succès, les contrats signés, les moments choisis de déchéance sexuelles alcooliques alimentaires, les autographes signés, les portraits dans Libé, rien de tout cela ne te procurera l’équilibre.

(Toi seul le peux)

– Les succès et les échecs des autres ne donneront aucun sens à tes succès et à tes propres échecs.

(Toi seul le peux)

Mais je jalouse car je ne me regarde pas assez, je ne me crois pas assez, je ne me chéris pas assez, je ne travaille pas assez sur mon corps et bien trop sur mon mental, je ne travaille pas assez tout court me reposant sur mes facilités et surtout je ne crée pas assez, je ne crée pas assez, je ne crée pas assez.

Fais sortir ce qui reste coincé dedans, écris-le, crie-le, chante-le, peins-le, tague-le, danse-le.

Quand il ne restera plus rien dedans, alors tu pourras te regarder vraiment.

C’est mon propre trop plein qui me pousse à envier l’écume des autres.

 

 

 

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There are 21 comments

  • Séverine dit :

    «C’est mon propre trop plein qui me pousse à envier l’écume des autres.»
    C’est beau. Ça fait partie de toi. Mais… Est-ce vraiment un problème? 🙂

  • Bazar dit :

    Bienvenu dans le monde des zèbres 🙂
    A peine la satisfaction, le plaisir sont là, qu’ils sont repartis. Pas le temps de les attraper.
    Pareil pour l’estime, elle est là, on le sait. C’est ok. Mais vivre avec et essaye de t’appuyer dessus, et elle te glisse entre les doigts et entre les larmes.
    Tu sais mais tu n’y arrives pas.
    Et les autres ne pigent pas ce que tu racontes parce que selon eux tu as tout ! #benvoyons
    Je n’ai pas encore trouvé la solution au schmilblik mais je suis comme toi, je jaloose 😉

  • Valvita dit :

    Je crois bien que je suis jalouse d’un tel parcours, moi qui m’ennuie tellement dans mon quotidien. Mais comment faire “sortir ce qui reste coincé dedans, écris-le, crie-le, chante-le, peins-le, tague-le, danse-le” quand on ne sais pas de quoi il s’agit ?

    Merci pour ces billets qui me poussent chaque fois à la réflexion.

  • Catherine dit :

    1er commentaire, mais cela me saute aux yeux :
    “Les objets (…) ne vont pas t’emmener la paix intérieure.”
    emmener ? ou amener ? … lapsus ?
    Ne pas laisser cette jalousie emmener la paix intérieure ?

  • SOPHIE dit :

    Aaaaah…… ce mental à la c..
    Il paraît qu’il suffit de lui dire avec bienveillance que c’est la conscience qui donne le” la”et il se tait.

  • Simone dit :

    Je t’ai lu.

  • marika dit :

    C’est puissant dis donc cette mise à nu. C’est beau cette vulnérabilité.
    Hug

  • ZWP dit :

    Des fois quand je vous lis, j’ai l’impression de me re vivre… Merci

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