Voyages
Le Parc des Arches
22 janvier 2019
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Arches National Park

Je suis allé au pied de cette arche. Je me souviens très bien. C’était en plein milieu d’un immense roadtrip de six semaines aux USA, à l’été 2014. Nous avions atterri à Phoenix, nous étions partis plein Est vers El Paso puis nous étions remontés vers Albuquerque, avions bifurqué vers Arches National Park, nous arrêtant ensuite à San Francisco, avant de longer la côte et de finir à Los Angeles. 3500 kilomètres.

USA Roadtrip

Le parc national d’Arches est situé à l’entrée d’une petite ville perdue au milieu de nulle part, Moab. Une fois les valises posées dans l’hôtel, on se pose un peu pour dormir et attendre la fin de journée, tant la chaleur est écrasante. La climatisation tourne à fond dans la chambre. On emporte une ou deux bouteilles d’eau et alors que le soleil commence à décliner, on gare sa voiture dans un parking, tout en bas d’une colline de roches. Il fait horriblement chaud, en plein mois d’août, on dépasse allègrement les 30 degrés, même à l’ombre. La montée est sacrément dévoreuse d’énergie et le coeur bat bien plus de raison quand on n’est pas un grand sportif : la chaleur, bien sûr, l’inclinaison de la pente, évidemment, mais également l’altitude du parc, entre 1200 et 1500 mètres, sans oublier l’élément le plus important, le fait que nous soyons en plein désert.

C’est une randonnée éprouvante, non fléchée, où l’on se guide comme on peut, calant son pas sur ceux des autres, repérant des petits monticules de pierre censés nous cadrer sur le chemin. Certains font fausse route, d’autres abandonnent en cours de montée et s’assoient sur un banc, d’autres encore en reviennent, rouges comme des écrevisses d’avoir tenté la montée en pleine après-midi. C’est difficile, dans mon souvenir, car je ne suis pas en condition physique optimale (et Dieu sait que je suis encore moins en forme maintenant !!) mais soudain, au dernier virage, on comprend que l’arrivée est proche et que Dame Nature vous réserve un truc pas piqué des hannetons.

Oui. Voilà. Nous y sommes. L’Arche la plus connue au monde devenue le symbole de l’Utah, la Délicate Arch. Me voilà devant, ci-dessous, en photo (Où est Charlie ?). Cela vous donnera une idée de sa taille…

Moi à Arches National Park…

Evidemment, une fois assis à l’ombre, on oublie tout de cette affreuse montée. On ne voit pas les autres touristes qui font la queue pour aller se prendre en photo. On en prend plein les yeux, plein la tête et on pense qu’on n’oubliera jamais ce moment.

Et puis le temps passe. Les jours. Les années.

Tout à l’heure, une collègue me demandait si je connaissais Arches National Park et j’ai commencé par réfléchir, hésitant un peu, avant de répondre : oui, j’y suis allé. “Et ça ne t’a pas marqué plus que ça ?”. Si, si, bien sûr. Mais…(et là je réalise)…Je ne vivais pas pour le moment présent, à l’époque. J’étais toujours dans le coup d’après, je pensais probablement à l’étape du lendemain, je me voyais déjà même à San Francisco, je pense. C’était pas le plus important, d’y être. Le plus important, pour moi, c’était le mouvement général, c’était le truc d’après ou la nostalgie du truc d’avant, mais pas la jouissance du moment. Le moment, je le vivais et ça me suffisait. Du moins je pensais le vivre.

Bien sûr, je ne le vivais pas. Je ne “stoppais pas pour sentir les roses” comme on dit en anglais. Je ne vivais rien du tout. Je consommais ce voyage comme je dévore de la junk food, sans arrière pensée, sans déplaisir, sans présence, sans réelle raison, j’étais là parce que j’en avais les moyens et que je pouvais me le payer, sans chercher plus loin…Je consommais des voyages de six semaines aux USA comme je consommais le reste : sans le savourer. Juste parce que je pouvais.

Ce qui est triste, désormais, c’est que je ne peux plus. Mon niveau de vie a drastiquement baissé. Mon corps a pris cher. J’ai une activité indépendante qui ne me permet plus de partir six semaines (un luxe inouï que j’avais pu me permettre en étant intermittent et entre deux saisons de TV). Ça me semblerait fou de claquer autant d’argent pour des vacances – je ne me suis jamais posé de questions à ce sujet pendant des années, dépensant tous mes droits d’auteur, mes salaires et empruntant même du fric pour voyager, quelle folie – et je ne referais pas la même chose, évidemment.

Sauf que ça me manque. Ces lieux que j’ai traversé sans les posséder, sans les graver dans ma mémoire et mon corps et mon âme, j’aimerais y revenir. J’aimerais revivre cette expérience de tout mon être, avant, pendant et après le voyage. J’aimerais y donner de moi, le partager à nouveau avec la bonne personne et en revenir différent.

J’aimerais une nouvelle chance. Donnez-moi la possibilité de revenir à Arches National Park, je vous promets que je serai là. Que je vivrais pour l’instant.

6968 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 3 comments

  • Simone dit :

    Je t’ai lu. Tous les jours en allant travailler je prend une route où je vois et regarde, des paysages superbes. Des levés et coucher de soleil à travers une brume rose ou du givre ou un grand soleil. Il y a des années, le chemin était différent mais il était beau, vue sur mer…Mais je ne le voyais pas. Je ne voyais que ma journée à venir ou l’engueulade la veille, avec mon mec du moment. Ce qui m’a dessillé les paupières, c’est un moment très dur de ma vie, où je me suis obligée à me reconnecter au présent car penser devenait insupportable. Je devais juste être là pour moi même comme en “méditation active”. Respirer, écouter, regarder. Et je me suis reconstruite. Et j’ai commencé à laisser entrer l’indulgence dans ma vie, pour moi. E t je me suis sentie forte, Le moment présent fait se sentir vivant, j’étais peut être morte depuis tout ce temps…

  • Sandrine dit :

    C’est drôle … cela fait partie de moi, je m’émerveille de chaque détail sur mes trajets les plus quotidiens. J’observe les maisons, les saisons, les oiseaux… tout est matière à découvrir . Mon homme, lui, avance dans ses pensées et ses préoccupations. Et si je lui fait part d’une chose que j’ai remarquée, il me dit que je m’attarde, même si personne ne nous attend… comme s’il n’etait pas possible de profiter du présent et marcher en même temps.

  • Séverine dit :

    Ahhh ces étapes… On aime les passer et en même elles ont un côté frustrant. Pendant longtemps je n’ai pas savouré non plus le moment présent. Un peu plus que mon compagnon peut-être. Et encore. Par contre depuis le printemps passé, j’y prête bien plus attention. Au ressenti. J’ai toujours fait attention aux détails, à ce qui m’entoure. Mais sans le vivre. D’une façon détachée en fait. Le réveil fut brutal si j’ose dire! Et empli de regrets. Regrets que j’ai fini par assimiler, comprenant que sans ce passage je ne savourerais pas autant les choses/moments actuellement!
    Alors oui, tu peux avoir des regrets. Comme moi. Mais est-ce si important? 😉

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