Sexe
Je sais des choses sur vous et je m’en excuse.
26 décembre 2017
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Lâcher de lanternes dans Bayonne le soir du 24 décembre 2017

Certains lieux nous font passer d’une étape à une autre, nous font grimper deux ou dix marches d’un coup, certains lieux ont une fonction que nous ne voyons pas toujours de prime abord mais qui nous apparaît un peu plus tard, avec du recul, en listant les enseignements retenus. Certains lieux sont apportés sur notre route le temps d’une étape cruciale : à nous d’en tirer le meilleur parti pour aborder l’étape suivante, car il y aura toujours une étape suivante.

Il y a eu cette chambre d’hôtel à Tokyo, dans cette suite de l’hôtel Nikko, comme dans la chanson, pour une étreinte qui dura longtemps après le lever du soleil, avec cet américain qui était parti sans mot dire, en me laissant son nom et son numéro sur un papier, papier que je perdis, bien sûr, dans la matinée qui suivit avant de retomber sur lui “par hasard”, dans un musée d’Art Contemporain, en essayant d’échapper à un Brésilien (longue histoire, un jour je raconterai le mois au Japon en détail, un jour…); Américain qui m’ajouta sur Facebook et qui m’avoua, bien des mois plus tard, qu’il m’avait volé un objet dans mon sac, pendant que je me douchais, afin de ne pas oublier la nuit avec moi. Nous sommes restés amis virtuels et, un jour, l’hiver dernier, devant une galerie Parisienne, je le vois dans le froid, fumant une cigarette. “Je ne te savais pas à Paris…” “Oui, je viens souvent mais je ne veux pas te revoir pour rester sur le souvenir parfait de nos étreintes…” “Je suis heureux de te revoir…” “Moi aussi. Attends, ne bouge pas (il part dans la galerie, fouille dans son sac et revient en me tendant l’objet volé). Tiens. Je te le rends. Tu le veux ?” “Tu n’en as plus besoin ?” “Si, je l’aime, c’est un peu mon porte-bonheur” “Alors garde-le. Je suis heureux de savoir que je reste tous les jours dans ta vie de cette manière. Tu sais, si tu avais voulu, toi et moi on aurait…” “Tais-toi” “Oui, je me tais…

Il y a eu cet appartement à Londres et la rencontre avec l’Anglais. Qui, après deux mois de silence, m’envoie hier matin un message et une photo pour me souhaiter un joyeux Noël. J’étais assis, heureusement. Je n’ai pas voulu répondre, dans un premier temps, mais j’ai fini par envoyer un “Merci, joyeux NOËL à toi aussi“, en me détestant et en sentant mon estomac se crisper, signe que, non, cette relation-là n’est pas la bonne. Aucune relation amoureuse durable n’est basée sur de l’angoisse, de l’attente, de la mesure dans les propos, du calcul, de la peur de perdre l’autre alors même que rien n’a été proprement construit, aucune relation amoureuse durable ne peut se bâtir sur deux âmes frères qui se reconnaissent en un instant mais refusent d’assumer les changements inexorables et les compromis qu’il faudrait instaurer dans leurs deux vies pour vivre pleinement cette relation. Une histoire d’amour ? Non. Une passion, une rencontre entre deux solitaires, deux fauves, deux séducteurs. L’un des deux va s’étioler et l’autre regrettera de se faire les dents au quotidien sur celui qu’il aimait déjà dès le premier regard. Alors ? J’ai opté pour le salut de mon âme. Que faire ? Reculer de dix pas et refuser d’être l’un des deux.

Je préfère ainsi trouver de la viande fraîche quotidienne que je croque en deux bouchée, tout en pensant déjà au repas suivant avant même la digestion. Et j’ai trop vécu pour être croqué par un autre fauve, aussi intelligent, beau et puissant soit-il. Laisse-moi donc tranquille, James. Va conquérir le monde sans moi. Va remporter d’autres Oscars, va croiser les puissants à Hollywood, tout ton univers m’angoisse car tu ne m’en donnes aucune clef et me reproche ensuite de rester dans l’entrée alors que tu sais que j’aimerais tant apprendre de cette galaxie culturelle qui a autant façonné mon imaginaire. Fous-moi la paix, James. J’habite Paris, tu es entre Londres, Los Angeles et Budapest, tu connais mes limites, je n’ai pas ta puissance créative, je n’ai pas ta liberté, tu avais dix sept ans et tu avais fui le domicile familial avec ton baluchon pour aller taper à la porte des studios, tu voulais apprendre un métier, changer de vie et devenir respecté dans ton domaine, tu es désormais en haut de la pyramide, tu es beau, tu es intelligent, tu es génial dans tout ce que tu entreprends, les plus grands se battent pour travailler avec toi mais juste fous-moi la paix, putain, et va croquer quelqu’un d’autre. Nous sommes toi et moi deux aimants qui offrent leur mauvaise face à chaque instant et aucun de nous deux ne veut lâcher et présenter le bon côté pour se coller à l’autre car il n’y a plus d’espace possible entre deux aimants ensuite et ni toi, ni moi ne voulons de ça. Fous-moi la paix. Va conquérir Hollywood et puis le monde, ils sont déjà à tes pieds. Tu n’as pas besoin de me briser le cœur en route pour l’éternité de ta gloire, aussi modeste et bienveillant sois-tu, comme tous les génies. Fous-moi la paix.

Il y a désormais cet appartement à Bayonne que je loue pour dix jours chaque fin d’année, tout en haut d’un immeuble, avec une vue unique sur la ville, les couchers de soleil, les levers de soleil, les gens qui marchent sur les quais, ceux qui flânent et ceux qui rentrent tard de soirées un peu trop arrosées. Je m’y installe avec une pile de livres à lire, sachant que la moitié ne me plaira pas mais – hey – c’est le jeu, quelques stylos et un mug de thé bouillant. En chaussettes, sur la liseuse du canapé, je tourne les pages pour trouver de quoi me nourrir, je reçois du monde, je file en dernière minute faire les courses au supermarché, juste avant la fermeture, consommant des produits que je n’achèterais jamais à Paris, jamais. Je me lève tard, je me couche tard. Je n’allume pas la télé. Je vais au cinéma, je me promène tous les matins en bord d’océan, sans musique dans les oreilles, laissant tourner mes pensées, notant parfois une idée qui sera utile, peut-être, car je n’avais plus d’idées depuis quelques mois, j’étais à sec, il fallait que je me refasse un imaginaire. Je tombe parfois sur des passages de livres qui

changent

ma

vie

et je suis ému d’apprendre encore quelque chose sur moi, sur autrui, sur nos vies, quelque chose qui me transforme et me fait me dépasser en quelques minutes, quelque chose que je pourrais offrir à une personne un jour, quand j’aurai fini ma formation de thérapeute, formation que j’entame en juin, oui.

Je pratique encore des interventions sur des gens, souvent des amis, en une phrase imagée je leur renvoie ce que j’ai compris de leur problématique, souvent ils accusent le coup et je vois leur corps se tasser, le système de défense anéanti en un instant, je vois leur regard se perdre dans le vide et la vie qui reprend sa place au-dessus de la névrose et des angoisses familiales devenues sacro-saintes vérités à force d’avoir été entendues, mémorisées, intégrées.

Souvent ils me remercient et nous passons alors un temps important après à discuter, approfondir ce que je viens de dire. J’ai touché juste, j’ai fait remuer la roche qui prenait le vent et ne tremblait pas, j’ai décalé d’un pouce sa place et désormais la brise rentre dans la tête. Je me fais un peu peur, à chaque fois, balançant ses phrases sans bien savoir pourquoi ni comment elles se sont imposées à moi (channelisé ?) mais les trouvant justes à la seconde où elles sortent de ma bouche et – surtout – voyant l’effet qu’elles ont sur les gens que j’aime et les vagues engendrées dans l’âme qui des semaines ou des mois plus tard toucheront le rivage. Soignant, oui, thérapeute, sûrement, apprenti-sorcier, pour sûr, j’ai besoin d’un cadre pour exercer ce don, j’ai besoin d’un apport théorique pour canaliser mes interventions, j’ai surtout besoin de retours sur la manière dont j’aide ceux qui en ont besoin pour ne pas commettre de dégâts car tout le monde n’est pas prêt, non, loin de là.

Je disais hier soir à Arnaud que je pouvais “cracker” les autres en moins de 90 secondes. La plupart du temps. Je sais à qui j’ai affaire très, très vite : je peux émettre quelques hypothèses souvent justes sur ce qui vous meut de manière intime. Votre langage corporel, les mots que vous choisissez, la façon dont vous défendez vos dossiers, votre écoute de qualité ou pas, à mon corps défendant je teste très régulièrement les gens qui m’entourent, de l’inconnu à l’ami, posant des questions intimes ou réfléchies sur leur façon de voir le monde, sur les dilemmes du quotidien ou sur les expériences qui les ont marqués. C’est en entendant ces réponses que je balance, péremptoire, ce que j’ai compris des problématiques, des réflexes et, surtout, des freins. Je me trompe très, très peu. Je n’en tire aucune gloire, je ne me vante pas, c’est un fait. Les statistiques me donnent raison : je comprends à qui j’ai affaire 90% du temps, je comprends ce qui vous bloque 90% du temps et je peux vous donner des solutions ou élaborer avec vous une stratégie pour vous sortir de l’ornière 90% du temps. Vous comprenez pourquoi je veux donc désormais travailler sur cette aptitude forte pour en faire sortir l’orgueil ou la jouissance intellectuelle de l’équation résolue. Il faut essentiellement de l’humilité, du temps et un cadre pour aider autrui. J’ai donc opté pour la Gestalt.

Je voulais vous raconter comment je me suis mis au piano et pourquoi j’en ai pleuré de bonheur mais ce sera pour une autre fois. Je vous embrasse.

27518 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There is 1 comment

  • Myster.i dit :

    Je suis, à chaque article, toujours plus intrigué et plein de curiosité… Peut-être qu’un jour nous auront l’occasion de nous croiser, je l’espère en tous cas !

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