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Je suis allé voir Avenue Q
10 mars 2012
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Je suis donc allé voir Avenue Q, à Bobino.

Le site officiel

L’idée que je m’en faisais : Un spectacle de marionnettes pour les ados et adultes, au vu de leur “interdiction” aux moins de douze ans.

Le pitch (retenu de mémoire) : Dans une avenue de New-York, des êtres humains côtoient des marionnettes et des “marionnettes monstres”. Un nouvel arrivant provoque l’émoi. Des colocataires se déchirent. Des histoires d’amour bouleversent les êtres.

Ce que j’en ai pensé, en sortant : Non mais attends. Jamais vu un truc pareil de ma vie. Succès sur Broadway depuis des années, Avenue Q est une comédie musicale adaptée en français par Bruno Gaccio et jouée pour la première fois sur le territoire, à Bobino. Les comédiens/chanteurs sont formidables : c’est la première claque. Ils n’ont pas été embauchés car ils sont connus, en mode “On colle ton nom de star sur l’affiche et tu feras au mieux“. Ils dansent, chantent, passent d’une voix à l’autre, se renvoyant la balle parfois à eux-même lorsqu’ils ont deux voix de marionnettes dans une même scène. Le chant est maitrisé, le jeu d’acteur est super bon. On ne s’ennuie pas une seconde dans la troupe a été castée avec harmonie : premier ou second rôle, il n’y a pas d’erreur.

Le texte est hilarant, vraiment : tous les sujets sont abordés sous un angle caustique. Homosexualité, pornographie sur internet, racisme, amour, échec professionnel. Je ne connais pas l’original en anglais mais je dois désormais le découvrir. Formidable travail d’adaptation de Bruno Gaccio qui trouve le ton juste, ancrant le texte dans un très réel 2012 (on entend parler de civilisations qui ne se valent pas…) et un moment totalement décalé, collant la pêche (quelques éclats de rires pendant le spectacle, applaudissements nourris dès le premier titre et spectateurs debouts à la fin). C’est également un spectacle touchant, humain, sensible. Qui fait passer plein de (vrais) messages sur nos comportements.

Coup de cœur pour Shirel, totalement à ses personnages et à Gaétan Borg, qui donne tout pour faire vivre des marionnettes diamétralement opposées. David Alexis, aussi, est remarquable. Quel travail de comédien, de chanteur. C’est hallucinant de pouvoir s’attacher à des personnages en tissu, attachés au bras d’un acteur, visible, qui donne vie et âme à des yeux en plastique. J’ai passé une soirée géniale. Pour tout dire, j’aimerais y retourner dans quelques semaines, à l’été. Pas recommandé, effectivement, pour les enfants de moins de douze ans. C’est un peu cru, parfois. Mais pas les humains, uniquement les marionnettes : cela renforce le décalage !

Allez-y, vraiment.

Toute l’actu des comédies musicales, en français.

Bruno Gaccio :

La très populaire comédie Avenue Q, qui utilise des marionnettes façon Muppet Show et reprend l’humour décalé de la série South Park, est moins connue en France que dans le monde anglo-saxon. Présentation en quelques mots ?

Le spectacle est une parodie de l’émission pour enfants Sesame Street (en français 1 rue Sésame, ndlr), créé par Robert Lopez, Jeff Marx et Jeff Whitty. Sa particularité est que ses dix personnages sont des marionnettes, animées par des acteurs qui les font parler et chanter. Aux personnages heureux de Sesame Street sont substitués des archétypes de la société contemporaine : Brian rêve de monter sur scène, Tatami poursuit le rêve américain, Princeton est au chômage à bac+20, Rod n’assume pas son homosexualité et Trikkie Monster est accro au porno…

Ils habitent tous Avenue Q, le plus pauvre quartier de New-York, à l’opposé des riches Avenues A, B et C. Le message est simple : on rêve notre vie alors qu’il suffit d’aimer et d’être aimé pour être heureux. On termine bien sûr avec un happy end, puisque tous finissent par s’accomplir.

La difficulté était de trouver une version française qui ne soit pas une traduction mot à mot de l’originale. Comment s’est passée l’adaptation ?

Shirel (l’actrice qui joue Kate Monster/Lucy la Salope, ndlr) m’a beaucoup aidé. J’ai appris la prosodie, devoir mettre le bon nombre de pieds sur les notes. Sur le fond, je me suis défendu de coller à l’original et j’ai inversé certains sentiments ou modifié quelques situations, comme celle de Nicky et du clochard. Par contre, sur la forme, j’ai gardé les décors de New-York : cela n’aurait servi à rien de transposer l’action, dans un quartier populaire de la Courneuve, par exemple. La vie des personnages suffit à l’identification avec l’acteur raté, le chômeur, la frustrée… Et puis l’ambiance Broadway dans le 93 plutôt tourné vers le rap, ce n’était pas très pertinent.

L’écriture d’un spectacle de marionnettes se révèle très particulière, assez scolaire. Une marionnette joue un seul sentiment à la fois et doit le formuler pour que le public le voie, elle ne vit que par celui qui la manipule. Avenue Q revient aux sources en ne cachant pas les manipulateurs, on a donc choisi des acteurs talentueux qui dansent et chantent avec des voix de toons (dessins animés, ndlr), ont appris à manipuler et accepté de devoir s’effacer derrière leur marionnette. Après le travail de l’adaptateur et du metteur en scène, le rôle central leur revient : le public ne verra qu’eux.

1293 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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  • […] des copines ci-dessous. Ceux qui ont adoré : Zep, William. Bien aimé avec quelques réticences : Fabisounours, Yagg, Laurent. Pas vraiment : Rick et […]

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