Sexe Vie quotidienne
La dernière fois que je t’embrasse
2 mars 2016
14

Il arrive, je le vois de loin dans la rue, il est franchement superbe. Habillé comme un vrai Parisien, toujours, mais avec sa belle gueule de Brésilien, cheveux bouclés, yeux bleus, dents blanches, peau éclatante. Un impeccable manteau Surface to Air porté sur un petit pull bleu marine et un tee-shirt gris. Son chino retroussé sur ses chevilles. Ses baskets qu’il porte sans chaussettes. Ses petites lunettes en écaille. Son sourire magnifique. Sa grosse montre de plongeur. Ce bâtard est toujours aussi beau mais j’ai changé et il ne le sait pas encore.

Il me demande si j’ai maigri, m’avise des pieds à la tête et me complimente sur mon look (je sais exactement ce qui va lui plaire, je m’habille toujours en conséquence, plus je suis BCBG et plus il kiffe, c’est un peu le drame, lui qui est si chic, je n’ai pas trop à me casser la tête quand nous devons nous voir).

Son genou frôle le mien au bar et il recule aussitôt. Une seconde fois, un peu plus tard, son genou touche de nouveau le mien et cette fois-ci le contact est assumé quelques secondes. Plus tard, il le colle carrément et me fixe dans les yeux. Il a choisi ce bar en bas de chez moi et je devine pourquoi. Mais c’est moi qui prend l’initiative. Nous parlons anglais car il est fatigué et son français n’est pas bon quand il n’a pas dormi. Je fais mine de rassembler mes affaires. Il m’interroge du regard :

Are you leaving ?

– No. We are.

Oh, really ? (sourire moqueur). Where to ?

– My place. To make love.

Ok.

Il se lève pour payer et me tient la porte du bar en sortant. J’avais oublié à quel point il marche vite, bien plus vite que moi. Sa manière à lui de commander, de prendre les choses en main. Energie vitale débordante.

Il s’étonne de l’état de mon appartement : tout est rangé, propre, j’ai beaucoup jeté. Il me regarde allumer quelques bougies pendant qu’il pose son manteau et ôte son pull. Les mains dans les poches, souriant, il me regarde m’affairer. Je finis par me rapprocher de lui. Nous nous prenons longuement dans les bras. Longuement. Il me serre fort et je le serre encore plus fort. J’ai mis un peu de musique. Imany. L’odeur de l’encens monte dans l’appartement. Nous nous embrassons alors pour la première fois depuis octobre. Longuement. Passionnément. Magiquement.

Les minutes passent.

Nous restons longtemps debout à nous embrasser, serrés si forts. Nous arrêtons parfois pour parler et rire. Il me reproche d’être allé sur son Linkedin, de l’avoir stalké, je hausse les épaules, il me dit qu’il ne veut pas aller lire mon blog car il a toujours peur de tomber sur des horreurs parlant de lui et surtout que « mes » lecteurs prennent mon parti, je ris franchement, il prend mon menton entre ses doigts et me chuchote en français « Cette situation t’amuse, n’est-ce pas ? » et oui, elle m’amuse. Énormément. Il sent bon. Mes mains sur ses hanches. Ses mains sur mes hanches. Debout, toujours, encore. Le temps est arrêté, nous nous parlons presque à l’oreille. Il ne cesse de me sourire. Il est heureux.

Il me déshabille alors brutalement comme il le fait à chaque fois. Il porte un joli slip blanc, avec des oies rouges brodées sur la ceinture. Il devine ma question et y répond avec naturel : « C’est mon copain qui me l’a acheté au Brésil. Il aime m’acheter mes sous-vêtements. Ça se passe super bien avec lui, en ce moment« . Tant mieux, tant mieux. Tant mieux, vraiment.

Nous faisons l’amour.

J’ai la tête ailleurs.

Nous parlons. J’ai toujours la tête ailleurs.

Alors que nous nous rhabillons, dans le salon, ramassant ses affaires éparpillées un peu partout, il remarque un exemplaire de mon dernier livre posé sur le bureau :

Oh, je peux en avoir un ?

– It’s the only one I have here.

Ah, d’accord, la prochaine fois, alors, tu m’en donneras un ?

– Maybe there won’t be another time…

Éludant volontairement ma remarque, me fixant droit dans les yeux, il pose son index sur ma poitrine :

– Pourquoi tu me parles en anglais tout le temps aujourd’hui ?

– You told me you were tired.

– Oui  mais là, je parle en français. Tu es bizarre. Je ne comprends rien.

That’s life.

– Tu es si froid, aujourd’hui. Embrasse-moi.

Nous nous embrassons. J’y mets tout ce que je peux donner.

– Tu…Même quand tu embrasses, tu es différent…Embrasse-moi encore.

– Maybe that was also the last time we kissed.

Et là, pour la première fois, je vois de la tristesse dans ses yeux. Il ne rebondit pas. Me passe la main dans les cheveux. Hoche la tête. M’embrasse sur la joue et part dans l’escalier en se retournant pour me sourire mais je ferme la porte.

Tard, dans la nuit, il m’envoie un smiley. Je ne répondrai pas.

 

 

J’avais besoin de ce dernier moment entre nous.

Je te souhaite le meilleur avec lui.

Moi, en tout cas, j’ai eu le meilleur de toi.

Musique : The last time I kiss you, Eric Serra, Nikita (à 27.19)

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There are 14 comments

  • Melanie dit :

    Je vais casser ce grand moment romantique avec une question terre à terre: quand il enlève ses baskets sans chausettes, ça pue pas à faire changer d’activité illico ? Ou alors il est si parfait que… si c’est le cas, je crie à l’injustice.

    Sinon, moi à chaque fois que je dis c’est la dernière fois, on remet toujours le couvert (que cette expression est drôle!).

    • William dit :

      Il ne sent pas des pieds. Il est (presque) parfait. A un détail près.

    • William dit :

      Romantique !? Le batard est maqué ! Non, non, pas romantique. Je réfute le terme.

      Romantique s’il avait admis qu’il était aussi bien avec moi qu’avec l’autre (qui lui achète ses slips. Oh, chacha. Si tu savais ce qu’il en fait de tes slips…) et s’il avait agit en ce sens.

      Non. Passionnel sûrement. Mais romantique ? Non. Et je ne veux plus de toute façon. C’était la dernière fois.

  • Jim dit :

    Beau récit d’un moment nostalgique et dont le romantisme est en effet incertain. Pour nous prouver que c’est bien fini. Ou pas…
    Merci de ce témoignage qui arrive à point dans mon envie forte de passer un « moment » avec lui alors que c’est justement « fini » depuis trois ans. Et qu’il est à présent en couple…

  • Miss T. dit :

    Vous suivant depuis des années je me lance….
    J’ai vécu pendant deux ans d’être « l’autre », celle qui est jetée à chaque culpabilité, celle à qui on raconte les vacances, celle à qui on raconte les cadeaux, de part et d’autre, celle à qui l’on raconte ses fiançailles, qu’on voit le soir, la nuit, quand l’autre a une sortie « entre copines »
    Et chaque fois je me disais « plus jamais, je ne veux plus être mal, me sentir diminuée, jetée, passer au second plan »…

    Aujourd’hui je vis avec lui, j’ai deux enfants avec lui.
    Je ne sais pas si les années d’humiliation m’ont renforcée ou m’ont affaiblie, salie, mais en tout cas j’ai perdu un peu de féerie au final, et je me sens mieux aujourd’hui, pas parce que je l’ai « gagné » au dépens de l’Autre, mais parce que je l’ai fais en accord avec moi-même, ce qui est le plus important.
    Merci d’avoir si bien décrit cette ambivalence dans vos récits du Brésilien, et bravo pour avoir su prendre la décision….

  • artypop dit :

    Perso, c’est plutôt l’image avec le camion-poubelle en arrière plan qui casse l’ambiance…

  • Pmgirl dit :

    La décision n’est jamais facile à pendre mais tu t’évites certainement de la peine.
    Une nouvelle force à ton arc.

  • fred dit :

    T’es assez terrible en fait. Tu sais très bien ce que tu veux. C’est une force. Je ne pense pas que j’aurais pu le virer ainsi après un moment pareil. J’aurais cédé au charme, au magnétisme, en me disant que « peut-etre encore…? » mais je comprends tout à fait ton positionnement: tu ne veux pas etre le second. Tu sais que la situation actuelle finira tot ou tard, et que tu perds ton temps. Tu as tout prévu, et tu te tiens à ce que tu t’es fixé. Admiration.

  • Pyb dit :

    C’est une belle façon de terminer une relation. Mais ça ne m’étonne pas.

    #InstantMarionCotillard (oui je mets le hashtag seulement désormais, hein. :op )

    C’est toujours chouette ce que tu nous livres. Et pour un écrivain, c’est une gageure de ne livrer que des trucs bien non ?

    Moult amitiés et bises numériques.

  • Sandrine dit :

    Que c’est bien écrit, comme toujours
    J’aime vous lire de nouveau si régulièrement, un vrai plaisir depuis tant d’années;
    Merci 🙂

  • Géraldine dit :

    Cette « dernière fois » vient de se produire… Le manque que tu avais de lui a été comblé par ces quelques heures. Tu as été « nourri » par sa présence, son regard, ses mots, sa peau. Tout …
    Le risque est que le temps passant, il risque de recommencer à te manquer de nouveau.
    Dans ce cas , on se trouve une bonne raison de vouloir le voir. On sait au fond de nous ce dont on a besoin. On veut les sensations, l’odeur, la peau juste « encore une fois ». C’est terrible …je l’ai vécu
    J’espère de tout cœur que tu tiendras sur la durée.
    Amicalement