Blog Vie quotidienne
La fin des blogs, mon cul.
2 mars 2013
9

C’est un article du Monde (écrit par un journaliste très, très connecté, j’ai été vérifier avant d’écrire ce mot, il est très, très connecté. Sur sa Remington.) qui m’a fait sourire. « La fin des blogs ». Oui, oui. Annoncée à peu près 150 fois depuis quelques années et toujours moins que le grand retour de Sheila.

Je blogue depuis 2004. Je n’ai jamais cessé (un break de deux ou trois mois, maxi, vers 2007) et j’y prends toujours énormément de plaisir.
Les blogs ne sont pas finis car « les blogs » n’ont jamais existé. C’est un peu comme « les jeunes » ou « les branchés ». L’idée du truc est assez excitante, les contours plus ou moins définis dans l’absolu mais, en vrai, quand on commence à dire qui est quoi et qui fait quoi, c’est plus complexe. Il y a eu plein de blogs, il y en a moins, oui. Il y a eu plein de gens qu’on a vu dans la blogosphère et dont les médias ont appris l’existence et d’autres qui étaient des stars sur le web, dans des communautés moins médiatisées et dont personne n’a jamais entendu parler dans le Monde. Il y a eu 150 ou 200 blogueurs (maxi) d’une certaine communauté à 95% parisienne qui a été super active, un temps, et qui se renifle encore pas mal le derrière en soirée, en 2013, même si la majorité s’est, soit :
– endormie
– professionnalisée
– transformée en autre chose.

Il y a eu un vague « mouvement », pendant quelques années (je dirais 30 mois) qui s’est fédéré autour de quelques porte-paroles emblématiques, dont un auto-proclamé et d’autres plus discrets mais tout aussi fédérateurs, et ces gens ont, au bon moment, porté une parole qui a été visible dans un certain univers, à une époque où le micro-blogging n’existait pas.

Ce « mouvement » a donné l’illusion qu’il était autre chose qu’une simple occasion pour l’infime minorité qui savaient s’exprimer par les mots de pouvoir le faire car il ne faut pas oublier tout ceux qui avaient quelque chose à dire et ne savaient pas passer le cap du clavier, ou de la technique ou du français écrit ou de l’inspiration quotidienne, la vaste majorité. Eux restaient aux portes du « mouvement » et commentaient ou lisaient en silence ou…stupeur…travaillaient dans le pays à gagner leur croûte sans même connaitre l’existence de ce mouvement (99% des habitants de ce noble pays).

Ça a marqué les esprits d’une autre « communauté », cette petite minorité, ce petit « mouvement » : on a fait du bruit dessus, bientôt du fric puis du buzz (c’est à dire du fric savamment distillé aux bons distributeurs de bruit) et puis on a acheté les plus achetables ou les plus malins. La fin de l’anonymat (car les maitres de leur propre domaine veulent parfois passer le portail pour rencontrer les autres et comparer les châteaux, à visage découvert) a signé le premier déclin du « mouvement » : le temps de l’innocence s’achevait.

Le morcellement en mini-communautés, en chapelles, le début des agences arrosant en téléphones Samsung & autres soirées débiles pour gagner des goodies, quelques mois avant l’arrivée du micro-blogging, ont formalisé la déroute. Il a fallu du temps pour comprendre (je n’ai rien vu arriver, à l’époque) que le chemin emprunté était irréversible.
De nouvelles voix sont nées sur les réseaux et la profession qui avait le plus crié à l’injustice devant la parole « confisquée » l’a stupidement reprise et monopolisée sous sa forme la plus orgueilleuse et la plus vaine : Twitter, 140 caractères, aucune possibilité d’approfondissement. Si vous voulez en savoir plus derrière ce lien abrégé et ma pensée si profonde tentant de le résumer en ce qui me reste de place, prière d’aller sur le site qui l’héberge et pas chez moi, car chez moi, c’est ici, mon compte Twitter, ma maison, ma belle cuisine, en fait un passe-plat que je confonds avec un grand établissement dont je serais le chef en toque, établissement prestigieux où je mélange le nombre de followers et le nombre d’étoiles que je m’auto-attribue. Qu’importe, je tweete donc j’en suis. « NOUS PARLONS NOUS PARLONS NOUS PARLONS ET VOUS QUI ENTREZ ICI OBÉISSEZ A NOS LOIS OU SOYEZ RIDICULES, VOUS VOILA AVERTIS ». Junk Tweet, Menu XL, sur place et même à emporter, désormais, dans ma poche. Le pouce que je levais pour signifier ma joie, désormais, je l’abaisse sur le clavier, pour envoyer mon auguste courroux à ma (forcément fascinée) « communauté ».

S’en suivent quelques mois d’ajustement.

On découvre qu’on peut acheter des followers ou même relayer des liens qu’on n’a pas soi-même lu (90% des RT sur Twitter sont des liens non ouverts par la personne qui RT, chiffre officiel) et on découvre que la télé trouve ça formidable (ce qui signe en soi la fin de toute chose cool au monde, soyons clair, quand la télé vous trouve formidable, c’est que vous n’êtes plus une chose rare et précieuse, non, vous êtes enfin prêt pour être expliqué/disséqué/partagé/commenté/brandé à tous et même à ceux qui, à la base, n’avaient même pas envie de regarder la télé ce soir-là, mais qui gluent devant, quel pouvoir elle a) et, enfin, 2012, on aborde les premières lassitudes de la connexion. Visiblement et avant même de le savoir je suis hype (hélas, j’en souffre, aussi) et je fais partie de ceux qui consomment comme des addict puis annoncent en public qu’ils décrochent pour de bon avant de replonger, toujours en public, sous vos applaudissements.
On se moque de nous.
D’autres nous trouvent « admirables », aussi, nous les « wegan » (Web + Vegan) mais, leur iPhone à la main, nous sourient avec commisération : « quand même, la viande, c’est bon, non ? Allez, sers-toi, on sait que tu aimes ». Oui, allez, juste un like, juste un tweet pour dire que j’ai fini House Of Cards, juste juste juste…Juste un dernier statut, pour la route, le dernier, le vrai dernier. Mais nous serons de plus en plus nombreux, ne vous méprenez pas. Les plus sensibles passent pied au plancher, des semestres avant Vous – j’admire les gens qui fument une clope et puis plus rien pendant deux jours. Moi, ça a toujours été deux paquets ou rien – mais Vous plongerez un jour, aussi.

Et là, normalement, l’article du Monde conclut, merci beaucoup, c’était réservé aux abonnés, vous avez aimé : cliquez pour partager et poursuivez le débat ailleurs, surtout. Ou RT juste le titre, au moins, hein. C’est un RT du Monde, ça donne un coup de glamour à la TL, promis.

En vrai, depuis, entre Twitter et ce soir, il y a eu foule d’outils géniaux pour les gens qui ne savaient pas écrire ou avaient la flemme, des gens qui voulaient continuer à parler/raconter/partager/imaginer/créer et le faire de façon anonyme ou pas, des endroits où de nouvelles stars ont éclos en quelques semaines, suivies par des milliers de gens, à l’international, dans toutes les langues. Des endroits où on peut créer en 4 minutes et customiser et balancer en public des « blogs » // « Tumblr » // « Pinterest » des comme tu veux l’appeler mais juste des lieux d’expression adaptées à leur temps, formidablement adaptés et formidablement simples à suivre et relayés de wall en wall, sur nos Faceblogs bleus qu’on a tous, désormais.

Et en vrai, aussi, surtout, depuis le début, il y a eu un morcellement de l’attention numérique et une explosion de l’offre car, en 2004, il y avait moins à lire, moins à regarder, moins à écouter en ligne. Naturellement les gens étaient des lecteurs car il y avait plus de mots que de vidéos, plus de paragraphes que de sons, plus de billets que d’articles. Ça se professionnalisait sévère dans les rédactions, dans les maisons de disques, dans les Allociné ou les sites de billets d’avion mais, pendant quelques temps, pendant quelques mois, il y avait plus à lire et plus de fun dans une « communauté » nommée « blogs », incarnant un « mouvement » prenant la parole, apparemment libre, donnant son avis, apparemment sincère, et faisant éclater de nouvelles stars, apparemment pérennes. Le temps a fait son affaire. Comme partout, comme de tout temps.

La mode est passée à plus vite, plus simple, plus compréhensible, plus partageable, plus jetable en ligne. Ceux qui suivaient le mouvement sont partis plus loin. Ceux qui étaient là avant la vague restent sur la plage, enfin le cul au sec. Et beaucoup, beaucoup d’autres profitent des moyens de leur temps (qui ne seront plus là dans 5 ans, projetons-nous, un jour Tumblr sera racheté par « Edfy » (?) le nouveau Facebook Chinois, 2 milliards d’abonnés, un truc de dingue) en s’éclatant comme des bêtes et en me faisant kiffer l’agrégateur comme jamais. L’image (animée ou pas) est reine, les phrases claquent, les idées sont brillantes : je kiffe. C’est simple. J’en suis, aussi.

Pendant ce temps-là, sur les forums…

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There are 9 comments

  • Manue dit :

    Je crois que je ne saurais retirer ou ajouter un seul mot à ton propos. Merci

  • Mylene dit :

    Je n’ai pas lu l’article en question (je ne le trouve d’ailleurs même pas), mais il me semble que ce sont des problématiques essentiellement françaises, mais aussi très « partie visible de l’iceberg » qui sont exposées ici.

    Je m’explique : je suis sans doute un peu trop dans ce milieu pour être complètement lucide sur le sujet, mais je n’ai pas du tout l’impression que les blogs disparaissent. Par contre, les blogs évoluent, deviennent pour certains des simili-sites, pour d’autres quasiment des plateformes e-commerce, et ces nouveaux usages sont de mon point de vue en plein boom. Ce phénomène est je trouve surtout visible du côté des anglophones, mais à mon avis commence à bourgeonner en France. Que le « grand public » focalise son attention davantage sur toutes les formes de « micro-blogging » (à prendre au sens large) existantes, je veux bien le croire, mais pendant ce temps là la vraie valeur continue d’être créée et se renouvelle là où il y a de la place pour le faire : les blogs, donc.

    J’ai l’impression que ce dont on parle ici ce n’est pas tellement de faits « statistiques », mais plutôt de « ce dont on parle dans les médias (comprenez la télé et les journaux papiers) français ». Comme si ce que ces derniers reflétaient étaient vraiment une représentation de la réalité. Ce que je ne crois pas. Mais il serait intéressant d’avoir de vrais statistiques sur le sujet.

  • myster.i dit :

    Sur le même sujet, mais dans un autre style (plus « webmarketing »), il y a eu cet autre article cette semaine : http://www.mediassociaux.fr/2013/02/26/le-retour-de-la-revanche-des-blogs

  • Mike dit :

    Tu as raison, les blogs ne sont pas morts. Pour la peine je t’ai tagué dans une chaîne sur le mien.

    Des bisous.

  • Musa dit :

    C’est un comble, c’est par Twitter que je viens de découvrir ton existence 🙂
    Bref, OUI.
    Voià, c’est tout ce que j’ai à dire.
    Ça et que, waouw, 90%, c’est un chiffre quand même.
    Qui me désole il faut bien le dire.
    Je suis assez nouvelle dans ce monde mais je remarque déjà que certains lecteurs me laissent un « c’est génial! » en étant resté moins d’une minute.
    Je n’approuve pas leurs commentaires, mais alors, est-ce que je sors de l’arène?

  • Laurent dit :

    90% des RT sur Twitter sont des liens non ouverts par la personne qui RT, chiffre officiel ??? me voilà bien perplexe et naïf (débile ? je RT forcément ce que j’ai lu, bref…) Est-ce à dire que l’écrasante majorité des lecteurs qui ont RT ce billet ne l’ont pas lu ?
    Jolie analyse, lucide.

  • Seelgram dit :

    Ce cher Olivier du Monde, comment il a écrit son article. Il a tapé dans le moteur de recherche Google: « classement des blogs » et il est tombé en première page sur Wikio, le fameux site où le-tout-paris-du-blogging était inscrit (gratin de l’époque loic lemeur, vinvin, monsieur dream, etc), tout ça a coulé avec la fin de la folie du web 2.0 qui correspond aux dernières vagues d’arrivée du grand public dans l’internet. Mais si on ouvre bien grand les yeux, on se rend compte que les blogs au contraire deviennent de plus en plus élaborés, et que des tonnes de nouveaux blogs se créent, mais pour ça, il faut bouger sa souris et savoir magner les mots-clés dans Google. Dans un an je pari que ce sera un autre journaliste qui fera le même constat. Mais on continuera la pédagogie puisque ces messieurs n’ont pas l’air de se rendre du monde qui bouge.

  • Chag dit :

    Très bon blog. Très bons articles. I’m from Caro et je reviendrai !

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