Cinéma Livres
La mystérieuse histoire de l’assassin de Rupert Everett
14 novembre 2012
16

Rupert Everett est encore superbe, de près. Un peu retapé de la façade, d’accord, mais il a son petit âge au compteur, tout de même. Il me sourit depuis le début de l’interview avec intérêt. Je me sens presque dragué. Flatté, pour sûr. On discute de sa carrière. Des hauts, des bas. Surtout des bas, d’ailleurs.

J’ai presque fini mes questions. Alors que je vais me lever, je me souviens de ce que ma mère m’a dit, la veille, au téléphone :

Ah oui, surtout demande lui qui est l’assassin, dans son roman policier, parce que je n’ai pas compris la fin. C’est génial, comme idée, de conclure un livre sur un suspens mais bon… Il nous laisse trop de pistes. N’oublie pas de lui poser la question.

En bon fils obéissant, je le fais.
Immédiatement Rupert s’énerve. Rouge de colère, il lève un index furieux :

– AH, ENCORE CETTE VIEILLE HISTOIRE ! J’en ai soupé !

(Oui, il dit : “J’en ai soupé”. Rupert parle parfois un français assez coquet, un peu suranné, qui ajoute énormément à son charme… Mais il se lance au bout de trois mots dans une longue explication en anglais.)

“- Figurez-vous que je sors ce roman policier en Angleterre, il cartonne. Je me suis éclaté à l’écrire, vraiment. On me parle même d’une adaptation au cinéma, tellement il est bien tourné. J’en suis très fier. Un éditeur français en achète les droits, le traduit, me fait venir à la Foire du livre de Brives pour le dédicacer. Je prends l’avion, je m’installe à son stand. Une longue file de gens attendent déjà. Le premier Français débarque et me balance :

Oh, monsieur Everetteuh, j’ai a-do-ré, a-do-ré, vraiment ! Et puis ce suspens final où on ne sait pas vraiment qui a tué qui, quelle idée dingue, quel talent ! BRAVO‘.

Je hausse les sourcils, ne comprends pas vraiment, lui dédicace son livre et passe au suivant qui me tient quasiment le même discours :

Oh, monsieur Evéretteu, votre livre, formidable, vraiment, et puis laisser la fin ouverte au lecteur, pour qu’il devine qui est l’assassin lui-même, brillant, vraiment, énorme, ah ça nous change d’Elizabeth George !

Je me dis que ce type a bu, je signe son bouquin et je passe au suivant, en jetant un coup d’oeil à l’éditeur qui semble à la fois fuyant ET nerveux. Au bout de la quinzième personne, une femme, qui me balance que ce ‘polar sans assassin’ est le meilleur qu’elle ait lu en dix ans, je me jette sur l’édition française de mon livre, à la dernière page. Et je blêmis.

La dernière page française est la dernière page du chapitre 24. L’édition originale en comprend un de plus. Il y a bien 25 chapitres en tout et, dans le dernier, figure bien évidemment le nom de l’assassin.

Alors que je me penche sur l’éditeur, dont le visage passe par toute la gamme de couleur possible, en lui sifflant entre les dents que je suis furieux, je le vois se justifier :

Mais enfin, Monsieur Everett, vous vous emportez pour trois fois rien, je vous promets !

– TROIS FOIS RIEN !? (dis-je en hurlant) Trois fois rien ? (reprends-je en chuchotant)… Mais il manque la fin… MERCI MADAME, BONNE JOURNÉE…Bonjour Monsieur…Vous appelez ça TROIS FOIS RIEN ?

Et là, je vois le type, limite dédaigneux, reprenant toute sa superbe, me lancer un définitif :

Oh, arrêtez de vous plaindre, nous sommes en France, le pays des artistes. Personne ne va vous emmerder pour un nom d’assassin manquant. Personne. Et puis la critique a adoré, de quoi vous plaignez-vous ? Qui a vu la différence, qui ? Il manque un chapitre ? Et puis merde, quoi ! (ndlr : en français dans le texte). Qui a vraiment besoin de tout comprendre ? Les revues de détails, je laisse ça aux experts-comptables et aux mégères divorçantes. Le vrai talent, c’est de planer au-dessus du concret, en laissant le banal aux médiocres. Élevez le débat, mon vieux ! Regardez vers le haut, quoi. Ils veulent un nom ? Vous proposez l’infini. Et le mystère. Ca suffit largement pour un artiste.’

L’éditeur s’était barré en nouant son écharpe autour de son cou, ne m’adressant plus la parole du week-end. Le livre se vendait au kilo, de toute façon. La France est probablement le pays où j’en ai le plus vendu, d’ailleurs… J’en étais resté interdit.”

(Le livre existe dans sa version complète en édition Poche).

251 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

About author

Related items

/ You may check this items as well

13041242lpw-13042695-article-jpg_4946311_980x426

“Dans la brume” & “La nuit a dévoré le monde” : six ans plus tôt…

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
IMG_0103

2017 c’est (presque) fini

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more
Capture

Invité à la Radio Suisse

<div class="at-above-post addthis_tool" data-url="...

Read more

There are 16 comments

  • Cécile - Une quadra dit :

    Génial l’éditeur !

    Quand à Ruppert j’aime beaucoup malgré les heures passées au compteur and co. Sacré personnage en tout cas.

  • Leto dit :

    Rupert a perdu tout son effet sur moi depuis que j’ai découvert qu’il était un self-loathing faggot (et depuis qu’il s’est pris pour Madonna en se bourrant la face de botox, aussi. Madonna ressemble à un roswell ? Rupert ne ressemble plus à rien).

    Je préfère quand même de loin Alex Taylor :p

  • Audrey dit :

    Je n’ai pas lu son livre mais ça me donne envie de le lire et je trouve l’anecdote très drôle !
    Je trouve aussi qu’il a beaucoup changé physiquement;je l’ai vu il y a quelques dans le film “oh my god” et je ne l’ai reconnu que parce qu’il y avait son nom au générique !
    …A bien y repenser,je me demande si ce n’était pas fait exprès…

  • Léonie Canot dit :

    Cette photo (celle du bas) est absolument énorme 🙂

  • Leah dit :

    Elle est géniale cette anecdote ! Je suis curieuse de lire le livre du coup 🙂

  • elodie dit :

    Sympa cette anecdote ! J’adore cet acteur, il est très spirituel et toujours très beau ! Et cette photo … N’est-ce pas le moment où vous lui mimiez l’énième lifting de sa copine Madge ?

    Bonne journée !

  • JacquieB dit :

    Il y a très longtemps que je ne l’ai vu mais je l’adore et il reste encore très beau sur la photo.

  • Faty dit :

    Bonjour pourriez-vous indiquer le titre de ce roman svp ?
    Merci

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *