Vie quotidienne Voyages
La peur de s’écraser
7 mars 2012
3

Caroline écrivait l’autre jour que sa terreur de l’avion, une fois de plus, lui avait gâché son retour de l’ile Maurice. Peur de mourir pendant tout le trajet. Je lui rétorque qu’elle fume, pourtant. Et depuis des années. Et que les possibilités d’emmerdement (pour ne pas rentrer dans les détails) et de mort liés à sa tabagie sont infiniment plus élevés que celles d’un crash en avion. Elle le sait, bien sûr, elle n’est pas stupide. Mais c’est ainsi : elle ne gère pas sa peur en avion.

Mon amie Céline a eu du bol, récemment. Alors qu’elle partait pour un Paris/Quimper ou un Paris/Cahors (je ne me souviens plus de la destination exacte), l’hôtesse a annoncé, avant l’embarquement, que l’avion était si petit que les bagages allaient devoir embarquer séparément ou une précision technique dans le genre. Répétant plusieurs fois que l’avion était trop petit pour un embarquement normal, elle a collé une crise d’angoisse à Céline qui s’est mise à pleurer. Céline a peur en avion. Très peur. Le commandant de bord a alors fait quelque chose de génial : il l’a prise avec elle dans le poste de pilotage, vexé par l’allégation que son avion était petit, et lui a fait passer le voyage dans la peau d’un pilote. Décollage, vol, elle a même posé la main sur le manche, à un moment (c’est toujours avec ce genre d’histoire à la con qu’un avion s’écrase, genre la nièce du pilote fête ses 6 ans et elle éternue pendant l’atterrissage) et, oui, atterrissage, dans le brouillard. Depuis, Céline me dit être guérie de sa peur de l’avion.

Je suis sorti pour ma part avec un mythomane psychologue, travaillant pour les compagnies aériennes, qui prenait un malin plaisir à me décoder les situations en avion. Les “DOUNG” qu’on entend en cabine, dont le nombre varie selon le message à faire passer, et leur degré d’urgence, aussi, les attitudes du personnel, les vibrations en avion, etc. C’était fascinant. Jusqu’à ce typhon (j’exagère à peine) traversé lors d’un vol vers Hong Kong, sur Cathay Pacific. Les plateaux repas avaient volé en l’air, après un trou d’air. L’avion était tellement secoué que l’hôtesse Chinoise face à nous pleurait, cramponnée à son siège. Les gens hurlaient. C’était un cauchemar, vraiment. Les secondes duraient des heures. Il y avait eu un second trou d’air dans lequel nous avions chuté et soudain, c’était devenu pire encore. Pire. Pendant plus de deux heures.

Pire qu’angoissant ? Apaisant. Oui. J’avais tellement eu peur, à un moment donné, que j’avais dépassé ma peur. Je ne pouvais pas avoir plus peur que ce je vivais et pourtant la tension était encore montée d’un cran dans la carlingue. Cela m’avait calmé. J’étais totalement neutre. J’avais accepté l’idée qu’on allait mourir. Voilà. Toutes ces secousses étaient fort désagréables mais elles ne me faisaient pas mal, physiquement. J’étais assis à côté du garçon que j’aimais, donc je n’étais pas seul face à la mort. J’allais mourir dans un accident d’avion, en route pour Hong Kong, ce que j’estimais être une “belle mort”, une mort un peu Hollywoodienne. Et je me disais même que mes parents allaient toucher quelque chose, une compensation. J’avais des amis, un peu d’argent, un métier, un amant, je voyageais : ma vie était sympa. Elle pouvait s’arrêter ce soir. J’avais accepté l’idée de mourir. Je vous jure que c’est une super sensation.

Nous avons atterri. Je pensais être guéri de ma peur en avion. J’ai été zen pendant quatre ans.

Il y a deux ou trois ans, atterrissage sur Miami. Tempête tropicale. Vents de côté. Pluie en rafales. Nuages noir. Vol Air France balloté de gauche à droite. Messages alarmistes du commandant de bord nous demandant de nous préparer à un atterrissage “musclé” (le mec est sympa, non ?) et traditionnels casiers qui s’ouvrent, déversant des valises, personnel de bord livide, cris des passagères américaines (OHMYGOD), j’en passe. Nous nous sommes posés comme une BRIQUE jetée sur un terrain de basket. J’ai cru que les essieux allaient exploser. Le freinage nous a envoyés dans le fauteuil de devant, j’ai éclaté mes lunettes et me suis mordu la langue. Le pire atterrissage de ma vie. Un peu comme ces femmes qui apprennent à accoucher sans douleur, via la respiration, qui repensent à leur cours après avoir refusé la péridurale, je peux te dire que j’avais beau me raisonner, penser à Hong Kong, à ma vie, à mon mec, à la chance que j’avais de partir en Floride, nacashwallou, je n’avais qu’une seule idée en tête : faites moi sortir de ce putain d’avion. NOW.

Depuis ? J’ai peur de nouveau.
J’ai beau faire le malin, le docte, expliquer/démontrer aux copines angoissées les probabilités de crash, tout ça, j’ai beau savoir, j’ai beau fermer les yeux, penser à Bouddha La France Lana Del Rey, rien à faire : j’ai l’estomac noué dès que l’embarquement commence. Je déteste avoir peur sans raison. Cette angoisse sourde me fatigue. Je crois que je commence à comprendre qu’elle correspond à un schéma de pensée rassurant (en gros mon angoisse m’apaiserait, elle jouerait un rôle essentiel pendant le voyage, oui je sais, je suis bien fucked up…) mais je n’arrive pas à le décortiquer, à le poser. Je sens qu’elle me sert à quelque chose, pourtant, comme souvent mes autres angoisses. Oui, mais quoi ?

Edit : Christophe me recommande ce livre qui, d’après lui, lui fait du bien avant chaque départ en avion :

1210 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 3 comments

  • fannoche dit :

    Tu parles de l’angoisse qui t’apaise, ça me parle…tu peux m’en dire plus ou bien me dire où aller chercher des infos sur le rôle des angoisses? Je suis une grande phobique non pas de l’avion mais du “vomi”…oui je c’est ça fait rire et sourire. Et le comble du comble c’est que j’ai 3 jeunes enfants…et le fait que j’ai cette phobie, ces angoisses, j’en arrive à me dire que c’est pour me proteger. J’ai peur de ne plus avoir peur…des fois je me dis que c’est pas pour rien qu’elle est là l’angoisse…donc ce que tu dis me parle.

  • Rahm dit :

    Tes douleurs dentaires vont mieux ?

    Bonne soirée

    Pascal

  • Olivier dit :

    Ho putain, je suis flatté d’être l’auteur de la photo qui illustre ton billet ! 🙂

    Le commandant de bord du “petit avion” de ton amie Céline a eu le bon réflexe. On va faire pareil, on s’envoie en l’air ensemble, je te laisse tenir le manche, et avec un peu de chance, ça ira mieux après !

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