Vie quotidienne
L’acte de foi
21 novembre 2018
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sunrise

Je ne sais plus où j’ai lu qu’on pouvait croiser Dieu au moins deux fois par jour, si on le souhaite, et plus si affinités.

Au lever du soleil et au coucher du soleil.

Cette personne ajoutait qu’on pouvait aussi le croiser au détour de la prière du matin ou de celle du soir, avant de s’endormir.

Il concluait – et c’était le plus complexe pour moi – qu’on pouvait croiser Dieu tout au long de la journée, en ouvrant les yeux, en les ouvrant vraiment, sur les choses qui nous entourent et en tâchant d’y trouver du beau. Un visage, une aberration dans le paysage urbain, une couleur au milieu du gris, une phrase écrite sur un mur, le son d’une voix, l’odeur d’un poulet qui rôtit, un rayon de soleil qui se glisse entre deux maisons sur vos jambes ou la vue des arbres depuis mon canapé, quand je suis allongé, fenêtres ouvertes et que je lis.

J’avais prévu d’écrire sur le bonheur ce matin, car je crois que je suis heureux, je n’en suis pas bien sûr, je ne suis pas malheureux, en tout cas, et j’oeuvre pour être plus apaisé et heureux encore, mais oui, j’avais prévu d’écrire sur le bonheur retrouvé avant de me rendre compte, en tapant les premiers mots, que ce bonheur passe depuis quelques mois par la spiritualité, une certaine spiritualité, retrouvée elle-aussi.

Chacun mettra derrière le mot Dieu les images, les intentions et la puissance qu’il souhaite y trouver. C’est un concept très personnel, Dieu. On peut très bien vivre sans y croire et certains diront même qu’on vit bien mieux sans y croire…Je ne parle pas de religion, je parle de spiritualité. Dieu, c’est vaste, comme concept ! Dans ce concept de Dieu, depuis début juillet, j’y mets un petit peu de moi, j’y laisse beaucoup de mes envies retrouvées ou naissantes et je lâche, je tente de lâcher.

Dans le programme que je suis, la spiritualité fait partie de l’équilibre, de la sobriété. J’ai évidemment esquissé un sourire narquois quand on m’a parlé de Dieu (même si je n’avais aucun mal à évoquer ici “les anges” depuis des années, souvenez-vous des dizaines de fois où j’ai écrit qu’il fallait parler et demander à voix haute pour être entendu et exaucé…Même quand j’avouais que je ne savais pas pourquoi ça marchait ni comment ça marchait) et j’ai donc mis quelques jours à oser me remettre à prier le matin, seul, sur un coin de mon lit.

Les premières fois ont été bien plus dures que je ne l’imaginais. J’ai fini par pleurer, comme un enfant, à gros bouillons, quand il a fallu demander de l’aide. Quand il a fallu avouer mon incapacité à gérer. Et quand j’ai du reconnaître que j’étais, comme des millions avant moi, impuissant devant mon addiction et des souffrances qui en découlaient.

(Apparté : on me demande régulièrement en privé quelle est mon addiction et à quoi je suis/étais accro. Cela n’a AUCUN intérêt : le produit n’est pas le sujet, c’est le trouble qui est commun, la souffrance qui est partagée et le désir de rester sobre – abstinent – whatever dont je parle. De plus, en “adhérant” moralement à un programme, je m’engage à respecter l’anonymat des membres que je croise, des conversations que j’entends et à ne pas révéler tous les détails de ma traversée du désert. Certains choisissent d’expliquer leur souffrance en nommant les choses par leur nom et je le ferai peut-être un jour. Mais peut-être pas. Je nomme les choses par leurs noms devant les personnes qui souffrent de la même maladie que moi et ça me suffit. Je parle ensuite ici de ce que je souhaite exposer car il me semble important de partager mon expérience et je me suis rendu compte, depuis des années, que je pouvais influer un petit peu, modestement, le cours des vies des lecteurs qui connaissent mon url et ont parfois besoin d’un éclairage, d’une expérience partagée.

Je le fais donc, en essayant de rester le plus sincère possible, le plus concret possible. Parfois je m’égare en parlant de beauté, dévoilant mon orgueil, parfois je me mets à nu en révélant ma Zébritude, avouant mon désarroi. Désormais j’expose aussi ici quelques bribes de mon addiction, je dépose que je suis sobre depuis plus de cent jours et je tâche de donner un contexte à ce mieux-être. Rien de plus. Rien de moins. Cela fait partie du processus : reconnaître son impuissance, ses torts et continuer d’avancer…Tout le monde n’a pas ma chance de pouvoir poser des mots sur des émotions, des pensées, des craintes. Et tout le monde n’a pas ma chance d’avoir un lectorat fidèle et bienveillant depuis presque quinze ans. Vous faîtes partie de mon équilibre et de mon bonheur : merci pour cela, du plus profond de mon être)

J’ai fini par pleurer comme un enfant que j’étais et suis encore, admettant devant l’adulte qu’il n’avait pas toutes les réponses ni toutes les solutions même quand il jouait les gros bras ou montait d’un ton pour se faire entendre. J’ai admis devant Dieu que j’étais à la ramasse.

Le croyez-vous, le croyez-vous pas, quelques jours après la sobriété arrivait et quelques semaines après des rencontres étranges survenaient dans ma vie. Je trouvais soudain un boulot ou un autre ou un autre. Je prenais des verres avec des garçons qui voulaient donner autre chose d’eux et attendaient autre chose de moi. Je savourais plus les levers de soleil et les couchers de soleil et des envies étranges soudain survenaient (dont je vous parlerai demain peut-être). Et puis une rencontre, une parmi d’autres, une qui change la soirée et la matinée et la soirée d’après et dont je parle encore trois mois plus tard.

Je ne sais pas si Dieu existe mais il est quand même super aidant dans ma vie depuis quelques décennies et super concret depuis cet été. Alors, oui, je me suis aidé et le ciel m’a aidé. Il fallait franchir un pas dans la vide, droit devant. Juste un pas. Le premier. Le plus difficile. Le plus angoissant.

Le plus beau. On appelle ça un acte de foi, il paraît (je viens de vérifier dans Google).

8612 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 15 comments

  • Séverine dit :

    Pour avoir vécu quelque chose de similaire au printemps, je te comprends un peu. Mais c’était différent, car pour moi la spiritualité est vraiment quelque chose d’abstrait. J’ai simplement ouvert la porte à l’Amour, l’amour pour moi-même que j’avais si précautionneusement ignoré jusqu’à ce jour. Et ça a changé tellement de choses! Mon regard, mes envies (on y revient toujours ahahah), ma lumière intérieure qui rayonne d’autant plus fort!
    Demander à haute voix, un concept tellement étrange mais qui fonctionne parfaitement. Encore faut-il oser le faire? Je suis sans travail depuis presque deux ans. Une période qui me fait du bien, je me retrouve et fais autre chose. Écriture, photographie, musique. Vacances en Suède! Mais un petit pourcentage me ferait bien envie, aller m’en vais le demander ce n’est pas si difficile non? Si? 😉
    En tout cas je suis heureuse de te lire depuis octobre, une belle évolution! Et une synchronicité qui tombe à pic aussi il me semble. Profiter de l’instant qui se vit est si merveilleux!

  • Danyhube dit :

    Encore un texte qui me touche!
    Merci William pour tout ce que vous m’apportez (et que je ne vous dévoile pas).

  • Olivier dit :

    Ça me parle. Et pourtant, ce grand saut dans le vide, je n’ai pas encore réussi à le faire. Même si je m’en rapproche, jour après jour. Pas plus tard qu’avant-hier, mon thérapeute m’a assuré que “quelque chose est en train de lâcher”. Alléluia !

    Merci donc pour ton beau témoignage, qui nous montre la voie. Et nous donne le courage de continuer à avancer. Pas après pas…

    Vers l’amour de soi et des autres, l’amour qui nous relie à l’énergie de l’univers : l’amour du grand Tout.

  • ZWP dit :

    J’ai entrepris il y a peu des études en Sciences infirmières pour obtenir le Master et cette réflexion sur la foi me parle beaucoup… avoir foi en quelque chose, une spiritualité qui me meut dans mon travail et donc un peu dans ma vie, c’est une notion nouvelle pour moi, qui ai grandi dans une famille athéisto-agnostique.
    Alors je ne me sens pas encore heureuse comme ça dans ma vie en dehors, mais ça me parle beaucoup… Donc merci pour l’avoir exprimé de manière si éloquente.

    • william dit :

      Je t’en prie et surtout n’hésite pas à t’en servir,même en mode Céline Dion prière païenne : ça ne fait pas grossir, ça ne mange pas de pain et…ça aide :p

  • Muriel dit :

    J’ai connu ça aussi… avec les mêmes résultats… Demander de l’aide en croyant le faire dans le vide et réaliser que non seulement ce n’est pas vide, mais que l’appel a été entendu et que des quantités de belles énergies n’attendaient que cela pour se mettre en mouvement. Troublant et réconfortant à la fois. Il m’arrive parfois encore d’oublier cette ressource. De serrer de nouveau les dents en croyant ne devoir compter que sur moi, et m’épuiser encore une fois. Puis je me rappelle que je peux demander de l’aide, qu’elle est là, qu’elle attend mon signal. Et là tout redevient fluide, tout s’allège, et les portes s’ouvrent de nouveau… C’est même assez dingue de voir comme c’est instantané. Mais comme quoi on peut l’avoir expérimenté et l’oublier parfois. Bon courage en tout cas William, sur le chemin de la dés-addiction, quelle qu’elle soit. C’est un geste d’adulte, ça, pour le coup, et je sais très bien combien il demande de l’énergie.

  • Maud dit :

    Merci de nous partager ton parcours. Je te lis (depuis en effet, plus ou moins 15 ans) sans jamais trop commenter mais tu m’as toujours touchée.
    Ton message (très beau) m’a fait penser au livre Conversations avec Dieu, qu’à l’occasion tu pourras peut-être lire…
    Je te souhaite une belle journée, et plus encore !

    • William dit :

      Ouiiiiii je l’avais commencé (mais il est un peu aride et pas aussi simple qu’on pourrait croire !!! Un vrai bouquin de philo…)

      Merci pour ta fidélité, pour ce message et à nos quinze prochaines années !

  • Simone dit :

    Je t’ai lu et tu vois la prière des AA, la prière de la sérénité et un de mes ‘”tuteurs” (sans être alcoolique du tout, enfin je crois 😉 )et j’ai ignoré des années qu’elle commençait par “Mon Dieu…”. Mais elle représente tellement ma lutte et mon Graal dans la vie, tellement…Par ton texte tu me le rappelles ce soir, merci!
    A voix haute un jour, je me suis fais une promesse liée à une addiction que je traînais depuis 15 ans et ça a marché, je n’ai plus jamais repris de ce truc que je croyais indispensable. Comme si à voix haute, c’était être dans l’action.

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