Vie quotidienne
Le diagnostic
29 octobre 2015
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(Depuis l’écriture de cet article, il sait et il est apaisé)

Il se pose souvent la question. La maladie mentale, dans sa famille, l’entoure depuis tant d’années, elle a frappé fort et si près. C’est une connaissance. C’est presque une amie qui passe une tête dans sa vie, à intervalles réguliers et qu’il salue de loin, l’éconduisant parfois avec souplesse ou l’accueillant avec tant de chaleur qu’elle n’en démord plus et veut rester chez lui quelques jours, jusqu’à qu’il ne soit trop gêné et ne la mette dehors, aussi vite qu’elle est arrivée. Il la compare souvent à un ciel d’Ecosse, près de la mer, sombre et menaçant et pluvieux puis éclatant de nouveau et au soleil si aveuglant, même, qu’il faudrait se couvrir les yeux et retirer le Barbour, avant de le remettre à nouveau, une heure plus tard, car on frissonne sous un épais nuage noir.

Mon humeur est changeante”.

C’est une explication pudique comme une autre. Il évoque parfois son hyper sensibilité, parfois il se souvient de ses tests de QI aux résultats trop élevés pour être normaux et parfois, aussi, il note avec plaisir qu’il ne sélectionne que des amis comme lui, inadaptés et largués mais dans un domaine différent du sien.

Hier soir, il se délectait de voir Raphaël détonner au milieu des autres (Raphaël : jeune, brillant, doué, mono maniaque, écrivain jusqu’au bout des doigts, jusqu’à son dernier souffle) car il l’avait convié pour ça, pour ne pas être seul dans sa souffrance absolue qu’il traînait depuis vendredi matin, déjà. Il se délectait de voir quelqu’un encore plus inadapté que lui en société et les deux en rirent ensemble, par SMS, ce matin, comme si tout cela était absolument normal, d’être complètement à côté de la plaque sociale.

Il se pose souvent la question, dans les moments de doute et il se regarde dans le miroir, comme son frère le faisait. Son frère se regardait dans le miroir, longuement, le miroir du couloir, des heures, on l’y surprenait souvent, il s’y noyait, les yeux dans le vague, avec angoisse, comme un adulte qui se défragmentait et qui ne trouvait plus dans son reflet quoi que ce soit qui le rassurait ou lui rappellait qu’il était lui, entier et humain. Son frère se regardait sans se trouver. Il finit par se perdre.

Il se pose souvent la question : suis-je donc malade, moi aussi ?

Il se pose souvent la question et parfois il aimerait poser un diagnostic définitif qui l’apaiserait probablement (un peu) et qui tiendrait les autres encore plus à distance, un truc bien médical et qui s’écrirait en deux ou trois mots, une définition qui poserait bien l’étendue du problème et sur laquelle on ne reviendrait pas, un épouvantail qu’il agiterait quand il sentirait trop de proximité avec lui ou une excuse à 10 000 euros qu’il pourrait toujours brandir quand surgirait le premier problème relationnel.

Il sait qu’il n’est pas comme tout le monde, il lui manque juste le permis d’être fou qui l’autoriserait à l’être totalement.

L’Ex, dans un Starbucks bondé, alors que tout le monde les regardait (il était mal, voulait simplement être dans ses bras mais ce n’était pas possible, pas là, pas à cette heure, pas en public, l’Ex n’avait jamais su gérer les demandes en public) lui demanda s’il racontait vraiment tout à son analyste. Il hocha la tête pour lui faire plaisir mais l’Ex, dubitatif, pas folle la guêpe, se parlant à lui-même : “Tu as l’art de cacher des montagnes et de parler sans cesse de petits riens, on a l’impression de tout savoir de toi alors que tu n’as rien dit de vrai te concernant pendant des semaines“.

Il n’avait rien répondu.

 

398 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There is 1 comment

  • Myster.i dit :

    Tiens, quelqu’un est entré dans mon âme ce matin…

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