Vie quotidienne
Le jour où j’ai dit au revoir à ma thérapeute
14 septembre 2012
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Chère vous,
Je n’ai pas réalisé tout de suite mais je crois bien que le 20 juillet était notre dernier rendez-vous.
Nous devions nous recontacter après les vacances, surtout moi, car nous nous étions moins vus, ces derniers temps, passant d’un rythme hebdomadaire à un rythme bi-mensuel. J’avais même oublié de vous dire que j’étais rentré du Japon. Et puis nous nous étions croisés, un peu gênés, comme à chaque fois et j’avais repris rendez-vous.

Je me souviens bien que les dernières fois, je n’avais pas envie de parler des choses habituelles.
Je n’avais plus grand chose à nous mettre sous la dent.
On avait tant dit, pendant ces sept années.
Allongé, allongé, allongé.

On avait tant vécu ensemble : j’avais parlé, vous aviez noté, j’avais parlé, vous ne disiez rien, j’avais parlé, vous attendiez mon silence, je m’étais tu, vous attendiez que je reprenne, j’avais repris, vous aviez noté, j’avais posé une question, vous aviez répondu.

Et soudain, les vieilles peaux lourdes étaient tombées, d’un coup, comme ça, sans chichis, celles dont je parlais depuis des années, celles que je portais, hop. Fini. Disparues. Les problèmes n’étaient pas forcément réglés, non. Juste ils n’étaient plus des problèmes. Au pire des évènements récurrents qui me surprenaient tant ils avaient pris trop d’importance. Tant JE leur avais accordé trop d’importance.

Et soudain, je m’étais confronté à toutes mes peurs, celles qui me paralysaient depuis si longtemps, celles qui étaient devenues des croyances et celles qui étaient devenues des dogmes. Je les avais érigées en piliers de ma vie. Je les connaissais si bien. Elles étaient mes fondations. Mon essence. Mes essentielles.

Balayées, parfois en un claquement de doigt, parfois (souvent) aidé par le destin et les rencontres.

Vous fûtes mon repère. Je dois désormais compter sur moi. J’enlève les roulettes du vélo, je pédale seul, dans le vent, apaisé. Pas toujours heureux, pas toujours dans le bon choix, mais sachant sur qui me reposer, désormais, quand ça va mal : moi. Je suis (enfin) mon meilleur conseiller, le plus disponible, peut-être pas le plus avisé mais celui qui me connait le mieux. Et sachant ce qui me fait du bien, ce qui me fait du mal. En pleine conscience. Quel chemin parcouru, avec vous.

Nous avons tellement passé de temps ensemble que je suis un peu gêné de vous dire, aujourd’hui, trop simplement, et peut-être pour la dernière fois, merci.

Merci, Anne.

1733 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 16 comments

  • Nicophil dit :

    Wow. Donc ça marche vraiment ce truc ??

  • Myster.i dit :

    Bonne route !

  • Gump dit :

    Si on connaît Anne….
    D’ailleurs , t’ai-je dis merci, William?
    Merci

  • Anne dit :

    Je ne suis pas la Anne à qui vous dites merci mais la plus belle chose que m’ait appris la vie (et accessoirement l’homme qui partageait la mienne à ce moment là) est de savoir dire merci quand on en a envie. Alors même si vous ne savez pas pourquoi William, merci. Anne…

  • Gump dit :

    ben de m’avoir donné son numéro, tiens

  • Fred50 dit :

    Magnifique , ce “merci”. C’est sans doute que le moment était venu… Elle-même vous aurait dit “bon vent”.

  • Dominique dit :

    Une fois de plus, émue en te lisant; ça me parle.
    L’image de la suppression des roulettes du vélo est touchante…ainsi que la prise de conscience qu’effectivement tu es ton meilleur ton conseiller. Avec toute cette connaissance que tu as de toi. Et certainement, toute cette intelligence aussi. T’as de la chance: t’es prêt à tout affronter on dirait? 😉

  • Jean-François dit :

    Formidable ! Merveilleusement raconté ! C’est le “là” du triomphe total de l’analysant et de l’analyste qui a su l’y amener !
    Bravo William !!!

  • karine dit :

    très touchant de lire cet envol…

  • Nadine dit :

    Chapeau d’avoir eu le courage de faire ce chemin. et merci.
    Le hasard n’existe pas…

  • Répondre à Myster.i Annuler la réponse

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