Vie quotidienne Voyages
Le monde du silence
17 mai 2019
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J’oscille entre deux attitudes diamétralement opposées toute la journée. D’un côté, je fuis le bruit, ayant acheté un casque de chantier offrant une protection sonore maximum et me surprenant parfois à le porter dès le réveil, à écrire avec, à manger avec, à tenter de regarder la télé ou des vidéos sur Youtube avec, histoire de me couper du monde au maximum et de ne pas avoir à supporter le moindre bruit de mes voisins d’immeuble, que je vis comme une agression alors qu’ils sont plutôt classiques pour un habitant de la région Parisienne. Je dors avec des bouchons d’oreille depuis une bonne quinzaine d’années, toutes les nuits sans exception et je ne saurais m’endormir sans. J’en conserve une paire pour les voyages en avion ou les moments en terrasse car je ne peux me concentrer sur mon livre si j’entends une conversation derrière moi (je ne peux réellement pas me concentrer et j’envie ceux qui peuvent écouter de la musique tout en lisant, moi je ne peux absolument pas) : je m’isole au maximum et je rêve d’un cinéma où on mettrait un casque sur les oreilles connecté à la bande son pour ne pas avoir à subir les conversations des gens dans la salle. Le bavardage et les incivilités devant un film sont en augmentation depuis quelques années mais pour être honnête, ils m’ont toujours dérangés au plus haut point. On ne parle pas au cinéma, même en chuchotant, on ne regarde pas son portable, ce n’est pas négociable, je ne vois même pas pourquoi j’ai à m’expliquer sur ce point à des gens qui s’en fichent de plus en plus.

A l’inverse, je laisse tomber mon casque audio dans les transports en commun et dans la rue, depuis quelques mois, étant saoulé de musique, même avec Spotify, même avec des nouveautés chaque jour ou presque car je ne supporte plus de devoir m’évader artificiellement pour supporter Paris. Quitte à y être, autant affronter la réalité et écouter les conversations des gens, le bruit des rames, les annonces de stations, les discours des mendiants, les touristes parlant un peu trop fort. J’ai renoncé à lire dans les transports, n’arrivant pas à me concentrer alors je regarde les gens et je les écoute, ce qui est nouveau pour moi et surtout je marche dans la rue sans musique, aussi, car j’ai remarqué que je cherchais à fuir tout ce qui m’entourait et je ne trouve pas ça très sain. C’est une manière de rechercher le beau, évidemment, et donc de toucher le Divin.

Plus ça va, de toute façon et moins je supporte la musique de fond, les conversations de fond, les bruits de fond. La vie de fond. Je présume que je me misanthropise quelque part, à n’en pas douter et que se renforcent en moi mes pires traits ou mes défauts en vieillissant, comme je le note chez d’autres. Je n’ai jamais aimé les bruits inutiles (j’éteins les réveils, les horloges, je coupe l’eau faisant goutter un robinet) ne supportant, au final, que le bruit des vagues et de l’Atlantique. Je trouve, dans un même ordre d’idée, le clapotis hypnotique.

30563 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 7 comments

  • Claire dit :

    Hello William,
    Même réflexion ici… J’ai le sentiment que les bruits non sollicités (surtout les conversations) qui finissent par m’insupporter, m’empêchent au fond de me recentrer sur moi (egocentrisme positif et qui m’est utile) et de laisser mon esprit se poser librement sur ce qu’il veut. C’est une forme de prison imposée. J’envie ceux qui savent s’en extraire (les “dans la lune”)
    Bises
    Claire

  • Simone dit :

    Je t’ai lu et j’ai cette chance de pouvoir lire n’importe où. Et bizarrement, le bruit renforce ma concentration. Par contre pareil que toi pour le cinéma, je réfléchis à 10 fois avant d’y aller uniquement à cause de l’incivilité que j’y rencontre. Et je ne parle pas des voisins. Leurs bruits me stress, m’angoisse…je leur reproche d’exister en fait, même si ils sont discrets. Bon, je vais économiser pour acheter une maison au milieu de nul part!
    Et je dors aussi avec des bouchons dont je suis incapable de me passer!

    • William dit :

      Ah, je me disais bien que je n’étais pas le seul. Au cinéma, désormais, je change de place et me colle sur les côtés mais ça ne suffit pas…

  • Marion dit :

    Et c’est confortable un casque antibruit ? Parce que j’ai entièrement le même problème. Je ne supporte pas le bruit. J’ai déjà des bouchons d’oreille pour la nuit, un générateur de bruit blanc pour cacher le son des voisins…

  • Séverine dit :

    Certaines villes en Suisse changent la vitesse dans la rue entre 22h et 5h du matin. Peut-être 4 en fait. Pour que la circulation fasse moins de bruit, c’est trente à l’heure pour tout le monde. J’habite à la compagne alors je ne sais pas si c’est vraiment efficace! Mais même en étant entourée de verdure le bruit est omniprésent. Les avions de l’armée qui passent pour leurs exercices, les camions de la gravière proche, l’autoroute qui passe au loin. Je rêve souvent que j’habite dans une petite stuga en Suède, loin de tout. Et cela suffit à m’apaiser un moment! Le silence est ressourçant là-haut, il est vrai et non factice. Un bonheur!

    Par contre, quand je dors, je dors. Rien ne me réveille, j’ai cette chance immense de pouvoir dormir partout, n’importe comment et très peu de temps. Comme lorsque je lis, je suis plongée dans les écrits, je vis littéralement à la place du personnage ce qui lui arrive. Je prends sa place. Rien ne me dérange. On m’adresse la parole que je n’entends pas! Par contre je ne lis plus depuis presque une année. J’ai enfin compris que c’était une manière de fuir la réalité, en vivre une autre. Ma méthode de défense lorsque j’étais petite que j’ai conservé longtemps. Maintenant je lis pour mon plaisir, toujours aussi intensément et rapidement, mais à petite dose. Je choisis soigneusement pour ne pas avoir l’impression de perdre mon temps en lisant. Perdre mon temps en lisant. Et oui j’en suis arrivée là, comme regarder la télévision qui pour moi est vraiment une perte de temps depuis très longtemps.

    Par contre, écouter de la musique n’en sera jamais! En jouer non plus. J’ai besoin de musique pour vivre, en l’écoutant, en jouant, en chantant. Mon nouveau travail, manager pour trois groupes musicaux depuis le début de l’année, me passionne et me permet d’apprendre encore plus de choses liées au monde musical. Et j’adore ça!

    Et le cinéma et bien j’ai réglé le problème avec une installation à la maison. Ras-le-bol des gens. Du bruit. Des entractes (qui tendent à disparaître mais elles existent encore). Et les films que j’aimerais voir ne sortent même pas en Suisse, ou sur une semaine dans trois salles. Youpi. Je préfère faire mon programme et être bien entourée!

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