Vie quotidienne
Le pet au casque
12 octobre 2018
8
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3M Peltor Optime III

J’ai eu besoin d’acheter un casque anti-bruit de compétition, un truc qui me sépare totalement du monde et j’ai opté un peu au hasard sur Amazon pour le 3M Peltor Optime III. Je vous le recommande vivement, c’est si bien pensé qu’on se croirait dans Le Grand Bleu quand on le porte, aucun bruit ne passe ou presque, c’est irréel de se sentir aussi isolé de tout. Je recherchais ça.

Je suis épuisé depuis deux jours, probablement parce que je lutte contre tout ce qui remonte à la surface grâce à la lecture du “Corps n’oublie rien” de Bessel Van Der kolk qui me sidère, page après page. Je ne sais pas encore à combien de “révélations” j’aurais droit dans cette vie sur mon parcours et je vous avoue un peu saturer parfois de n’être pas comme tout le monde, mais c’est ainsi. Abîmé, surdoué, gay. Chacun sa croix. Chacun son parcours. Chacun ses faiblesses et ses forces.

Je m’oriente résolument vers la Gestalt, comme thérapeute. Je suis fait pour ça. J’y trouve ce que j’ai longtemps cherché en vain dans la psychanalyse ou la psychothérapie : une approche des maux bien plus intéressante, orientée sur le comment et pas le pourquoi, axée sur sur le corps et les émotions. Pour avoir testé sur moi-même lors de ma formation et deux fois sur d’autres des exercices, j’ai été sidéré par la puissance de qui jaillissait. De ce qui était enfoui et qui soudain, via un ballon ou un mot écrit sur un bout de papier, nous sautait à la figure pour nous faire prendre conscience.

(Les deux exemples qui suivent ont été altérés dans leur narration pour des raisons de confidentialité ou whatever)

Dans l’un des deux exercices, il s’agissait d’écrire sur une feuille de papier quelque chose qui nous tenait vraiment à coeur, un goal, une vision du futur puis de la remettre au coach, qui partait avec à quelques mètres. L’exercice consistait alors, sans parole, uniquement par le regard, à récupérer notre feuille. Certains fonçaient dessus et tiraient de toutes leurs forces, d’autres suppliaient du regard, d’autres encore tentaient une approche centimètre par centimètre et personne ne sortit indemne de la séance. Je n”eu pas eu trop de problème à récupérer la mienne, probablement parce que je n’avais rien écrit de vital sur ma feuille…Car je n’avais rien de vital en tête, à ce moment.

Ce soir, j’écrirais sur ma feuille, si je devais refaire l’exercice : mon but est de rester en bonne santé ou redevenir en meilleure santé.

Un autre exercice fut très violent pour moi. Avec un ballon, nous devions être soit un coach, soit un patient qui gardait le ballon en main pendant que l’autre tirait/poussait dessus, soit un coach qui refusait de rendre un ballon que le patient voulait lui prendre. Mon trauma de cette scène est si fort que je ne sais plus exactement ce que j’ai vécu, ni dans quel rôle, ni pour quel geste, mais je me souviens très très précisément de la micro image mentale, le flash, qui surgit pendant l’exercice, me faisant crier d’un coup (mais ma voix n’arrivait pas à dépasser le murmure) STOP. Je dus m’isoler pour ne plus voir personne, face au mur, les deux poings serrés contre le front.

Les larmes vinrent quelques secondes après.

Le lendemain, alors que nos enseignants nous demandaient de revivre l’exercice, pour ceux qui le souhaitaient, il n’y avait aucune obligation, bien sûr, j’eu un doute en voyant l’élève en face de moi censée “contenir” ce qui allait arriver de nouveau. Fin de cinquantaine, 1M60, frêle, coach depuis 25 ans, certes, mais tout de même, elle me regarde et me dit :

– On y va ?

– Je ne te le souhaite pas. Je ne pense pas que tu vas tenir le coup. Je sens qu’il y a beaucoup, beaucoup de vêtements dans l’armoire et que si nous ouvrons la porte, tout va te tomber dessus d’un coup. Je ne sais pas si tu es capable.

– On y va.

L’exercice reprend alors. Je me mets à pleurer presqu’immédiatement sauf que cette fois-ci elle ne lâche pas et n’arrête pas de me sourire en me regardant, avec bienveillance, empathie, générosité, amour. Au bout de quelques longues minutes, mes larmes sèchent, je me rends progressivement compte que la pièce autour de moi apparaît de nouveau (il n’y avait plus que cette femme et moi, seuls au monde, depuis les premières secondes de l’exercice) et que le ballon est à moi, dans mes mains. Sans pression, sans violence, sans négociation, sans rien.

Je l’étreins longuement pour la remercier.

Grâce à elle, avec elle, soutenu par elle, je viens de revivre un traumatisme et de le “dépasser” (mais le verbe n’est pas juste et il n’existe pas de verbe dans la langue pour décrire l’après-exercice)

Depuis, il est là, chaque jour, sur ma droite, un peu en retrait, ce traumatisme, que je nomme Jean-Baptiste, sans bien savoir pourquoi. Je le sens qu’il est là… JB me guide dans mes lectures, dans mes discussions, il est même présent en toile de fond dans ma relation. JB n’est pas une gêne mais plus une source de questionnement, de tristesse aussi et d’étude, surtout.

J’ai ouvert la porte de l’Armoire mais je n’ai pas été enseveli par les vêtements. Rien n’est tombé.

Je crois sincèrement que 2018 est l’année la plus riche et la plus forte de toute ma vie.

J’avais besoin de tout ce qui vient de se passer. Du très, très bas. Du très haut, aussi, depuis cet été…

Quelle année.

5943 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 8 comments

  • Pmgirl dit :

    Waouh ça a dû être un sacré choc.
    Cet été un peu par hasard je me suis retrouvée chez une hypothérapeute.
    Ona travaillé sur mon metoo ( en fait on devrait plutot demander aux gens qui n’ont rien subit de se déclarer ça irait plus vite).
    Ce fut un mélange d’hypnose et de programmation avec des mouvements d’yeux.
    Ce fut assez incroyable, une sorte de libération express….
    Un vrai soulagement en une seule séance, ça ne change pas la vie mais ça la rend plus légère…

    • William dit :

      Une américaine (un américain) sur quatre a été victime d’abus. C’est dans le bouquin. Effectivement ça va plus vite de parler de ceux qui n’ont pas été touchés.

  • Olivier dit :

    William, cher William même, ça fait déjà un petit bout de temps que je me dis que ça serait bien qu’on se rencontre un jour… Alors je décide de provoquer l’occasion : quand tu reviendras faire un tour dans le Sud-Ouest, fais-moi signe si tu en as envie. Et prends bien soin de toi… Bon repos !

  • Simone dit :

    Je t’ai lu.

  • c. dit :

    90% des fois, tes articles m’ôtent une larme. Là, j’ai une boule dans la gorge qui vient de se former, prête à éclater en sanglots interminables.
    Merci de revenir par ici beaucoup plus souvent ☀️

    P.S.: “Nourrissez votre enfant intérieur quand vous ouvrez la bouche comme vous régaleriez un enfant dont vous auriez la garde.” La claque du jour.

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