Vie quotidienne
Le recentrage
1 mars 2016
15

Je ne sais plus qui m’en a parlé le premier, ni à quelle occasion. C’est peut-être ma collègue Ségolène, peut-être un garçon dans un dîner, peut-être une prise de conscience après une rencontre virtuelle fort désagréable et dégradante, il y a peu mais le fait est que j’ai pris une décision, lundi dernier, dont je commence à percevoir les premiers effets et Dieu que je me sens mieux.

Je suis passé par différents stades après ma (mes) rupture en avril et j’ai finalement atteint le dernier en décembre, tout en refusant le no man’s land qui venait après, pendant quelques semaines. Je ne voulais pas de cette nouvelle vie, je crois, trop pleine de promesses et de belles choses. Étrangement, je n’étais pas encore prêt à lâcher ma mélancolie.

Et puis, soudain, à la lumière de cette expérience fort malheureuse, j’ai compris qu’il était désormais temps de prendre le meilleur de ce que j’étais, la somme de tout ce que j’avais compris sur moi et de renoncer à une certaine quête du couple, de l’occupation du temps libre à tout prix et à la fuite du domicile.

J’ai alors accepté qu’il y aura d’autres étapes à venir, dans les mois qui viennent et que je ne devais en griller aucune. Chacune sera importante pour ma reconstruction. C’est le chemin qui compte, je l’ai lu mille fois, pas la destination. Et l’un ne va pas sans l’autre.

Lundi dernier, je me suis rendu au dernier dîner programmé, avec Antoine-Benjamin, passant une soirée délicieuse et puis je suis rentré chez moi. J’ai posé mon manteau sur la chaise. Je n’ai pas allumé mon Mac. J’ai enlevé mes chaussures, pris mon énorme bouquin sur le communisme et me suis installé sur le canapé.  J’ai lu jusqu’à minuit. Quand mes paupières sont devenues lourdes, j’ai pris une feuille et j’ai noté, dans un demi-sommeil :

  • Plus de sorties en semaine.
  • Plus de dates, de dîners, de nouvelles rencontres.
  • Nettoyer l’appartement de fond en comble, une pièce à la fois.
  • Trier et jeter les papiers des trois cartons.
  • Vendre les cd’s, les livres, les blurays dont je ne veux plus.
  • Refaire du tri dans les chaussures.
  • Sport deux fois par semaine.
  • Aller ou revenir du boulot à pieds 2 fois par semaine (5km aller, 5 km retour)
  • Plus d’internet à la maison le soir.
  • Commencer enfin le roman qui m’obsède depuis 2011 pour libérer de l’espace mental et le finir pour juin.
  • Débrancher le téléphone en journée.
  • Et virer encore un peu plus les gens qui ne me font pas du bien. J’ai coupé court à quelques relations qui n’étaient pas saines. Il en reste.

 

J’ai alors commencé par nettoyer la chambre. De fond en comble. Puis j’ai passé 5 heures sur les papiers. J’avais encore des relevés du compte de 1999 du Crédit Agricole traînant dans des classeurs. Des missions d’intérim à la journée éditées par Quick Médical Service de 2001. J’ai enfin posé dans un même classeur tous mes contrats d’édition. Classé dans l’ordre tous mes bulletins de salaires depuis 2012, qui s’entassaient ça et là (miracle je n’en ai pas perdu un seul) et même retrouvé mes avis d’impositions, tous, sans exception alors que je m’en faisais une montagne.

Je suis allé voir Cyrano, le soir, avec Torreton, quand je n’en pouvais plus de remplir des poubelles, avec Jordan, qui m’invitait.

Prochaine étape, aux beaux jours : déménager de nouveau. Pour plus grand.

Et me trouver un chat. Qui s’appellera Clovis. Il n’est probablement pas encore né mais il est déjà très attendu.

PS : j’ai fini par lire « D’autres vies que la mienne », d’Emmanuel Carrère et je remercie la lectrice qui pense que nous avons des points en commun. Je crois en percevoir certains. C’est…intéressant (presque troublant) sur certains passages de retrouver une écriture aussi dépouillée qui me rappelle, oui, la mienne. Je n’ai pas vécu ce qu’il a vécu donc le cheminement des émotions n’est pas le même mais la retranscription, oui, je pourrais prendre cette voie. 

Je n’en suis qu’au début de ma carrière. Je sais globalement ce que je veux écrire et comment je veux l’écrire depuis quelques mois à peine. Mais j’assume désormais totalement ce que je suis, à ce niveau. 

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There are 15 comments

  • ZWP dit :

    Vous lire m’a apporté beaucoup de sérénité ce matin. Alors merci pour ça.

  • Elliott dit :

    Ce que je trouve troublant dans tes posts, c’est que tu survoles ta vie gay. Tu ne nous dis pas si tu fréquentes les bars, saunas… Quel est ton type de garçon… Le résultat de tes dates etc.
    Alors tu me diras que tu as ton blog « caché » mais comme on y a pas accès.
    Et puis je me dis qu’en fait comme beaucoup de tes connaissances te lisent, tu as peut être un peu honte d’exposer cette vie gay…

    Sinon, question hors sujet ; Quelle salle de sport tu fréquentes ? Elles sont toutes chères et pas top…

    biz

    • William dit :

      Survoler ma vie gay par honte ? Mais ça va pas bien, non ? Et honte de quoi ?
      Non, comme tu le dis, j’ai beaucoup de connaissances qui me lisent, de collègues, d’inconnus. Et je livre uniquement ce que je trouve intéressant à livrer. Les détails de ma vie « gay » n’en sont pas : ma vie gay est entièrement contenue dans ce blog.

      Pour te répondre : je ne fréquente pas les bars, les saunas, les sex-clubs. Je ne suis pas très intéressé par ça et on pourrait même dire que je suis « hors-milieu » si tant est que « hors-milieu » signifie quelque chose. J’ai été une fois en 15 ans dans une soirée gay pour danser, en janvier, à la BLT et c’était génial. La musique était…WOW…#VERNONSUBUTEX

      Mon type de garçon, tu le connais : intelligent, sensible, élégant.

      Le résultat de mes dates me paraît assez évident vu la tristesse qui est la mienne ces jours-ci.

      Enfin, ma salle de sport est chère et au cœur de Paris. Elle est top. Mais elle est chère. Et je n’y vais pas souvent. Comme l’abonnement arrive à terme, je ne sais pas si je vais renouveler.

      Bises.

  • myster.i dit :

    Probablement un des plus beaux billets de ces derniers jours, merci. Je te souhaite d’aboutir dans tes résolutions, mais pas trop d’inquiétude sur ce point, la détermination est telle qu’elle a traversé l’écran…

  • Pmgirl dit :

    Pour la nouvelle vie, je ne suis pas certaine d’être de bon conseil mais pour le chat tu pourras aller voir au CDA c’est une association très sérieuse basée dans le 12ème.
    Que des bénévoles et tout l’argent va aux animaux.
    Tu peux y aller les yeux fermés et aller chercher Clovis dans sa famille d’accueil.

  • Julie dit :

    Très bel article.
    Encore un énorme plaisir de vous lire.
    Je vous suis depuis longtemps, depuis Ron, et lors de mes (nombreux) déménagements, je vous ai croisé dans le métro à Paris, sans pour autant oser vous aborder. Ce fut ma joie ce jour-là, et le cheminement de vos pensées m’a accompagné chaque jour. Merci de m’avoir appris à avoir un regard plus lucide, et à écouter ma petite voix intérieure…
    J’aime vous lire avec toujours autant de plaisir, vous avez changé tout en restant le même à mes yeux: celui qui sait toucher les gens avec ses mots, avec ce qu’il laisse apercevoir entre les lignes, fugacement, doucement.
    Je vous souhaite de trouver ce nouveau chez-vous assez grand pour abriter votre nouvelle vie, de trouver un Clovis assez doux pour être à vos côtés, et surtout, que le bonheur croise votre chemin et s’y installe, chaleureusement, tendrement.
    Je vous embrasse pudiquement et amicalement.

  • Akim dit :

    Bonjour William,

    Bravo pour ton texte, magnifique. Je ne sais même pas comment je suis arrivé sur ton blog, et c’est un bonheur de lire un billet comme celui-ci. Je suis moi-même sur mon propre chemin depuis quelques années. C’est également une rupture qui m’y a (re)mis, et depuis, je chemine. Un pas après l’autre, tel le Chevalier à l’Armure Rouillée, j’avance dans les différentes salles que j’ai à affronter. Et justement, en ce moment, j’apprends la patience. J’apprends que tout ne change pas du jour au lendemain, et que je dois accepter que je ne contrôle pas tout. Par contre, depuis quelques mois, je ne fais que des belles rencontres. De la même façon que je suis arrivé sur ton blog, peut-être pas si par hasard. Des personnes pleines d’Amour, de simplicité. C’est terriblement rafraichissant. Comme toi, mon entourage change, par fois de mon fait, parfois non.

    Je ne cherche plus la vie de couple. Je suis convaincu qu’il existe une vie sans attente, une vie d’amour inconditionnel, cet Amour dont je déborde et que je n’ai aucune envie de réserver à une seule personne, ni à accepter de cette même personne. Il y a tant de gens à aimer, et tant de gens pour nous aimer qu’il serait dommage de passer à côté au nom de dogmes limitants et si peu portés sur le véritable épanouissement de soi.

    J’aurais grand plaisir à te rencontrer, à échanger sur nos chemins respectifs. Si je passe par Paris, je me permettrai de te contacter.

    Cordialement

    Akim

  • Hugo dit :

    Le truc quand même William, c’est que ça fait des années et des années que tu nous dis que tu te recentres, que tu vas à l’essentiel… depuis le temps que tu te cherches, je crois que tu vas finir par te perdre. Psychologie à deux balles, mais sincèrement, cherche moins la lumière, la mise en valeur de toi-même, sois moins égocentrique. Il y a d’autres vies que la tienne 😉 C’est en partant de ce constat que l’on peut gagner en sagesse, plutôt qu’en s’interrogeant en permanence sur son « moi ». Moi je le crois.

    • William dit :

      C’est bien pour toi, de le croire. Mais tu interprètes aussi beaucoup du peu que tu lis. Et je ne vois pas en quoi ce que je cherche peut te gêner. Jusqu’à l’écrire.

    • Et je reviens sur un truc : je trouve ça extrêmement jugeant d’évaluer le temps de quelqu’un à se chercher, à se trouver. Tu es équilibré, tu as trouvé ta manière d’être bien, fine. Mais chacun sa route, chacun sa manière de le faire. Que tu gagnes en sagesse en observant les autres, c’est un choix. Moi, je gagne en sagesse en écrivant ici des bribes de ce que je comprends des autres et de la difficulté que j’ai à entrer en relation avec eux. Car il est là, aussi, le problème. Je ne suis pas egocentrique. Je n’ai pas d’ego. Je n’ai pas les dents qui rayent le parquet. Je ne suis pas carriériste. Et ça aussi, c’est un problème. Je parle de moi pour tenter de me définir, pas pour me mettre en avant. Il y a une énorme nuance.

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