Vie quotidienne
Les hommes qui vous veulent du mal : une chance à prendre.
29 février 2012
21

Je me souviens, je trouvais ça un peu louche qu’il ne me rappelle pas alors que nous étions censés commencer neuf mois de boulot ensemble depuis deux semaines. Je revois la scène, j’étais en rendez-vous, face à un journaliste, on parlait dans un café. Le téléphone sonne, c’est lui (enfin). Guilleret.
– Salut Will, ça va ?
– Oui, bien et toi ?
(Je sens à sa voix que quelque chose ne va pas mais j’attends la suite)
– Ecoute, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, voilà. Je commence par la mauvaise, ok ?
– Ok.
– On ne va pas bosser avec toi. On a préféré prendre quelqu’un de mieux, enfin…de mieux, je veux dire…offrant des garanties professionnelles supérieures…et comme personne ne faisait l’affaire, je me suis proposé moi, quoi. Voilà.
– Ok.
(Je ne moufte pas, attendant la bonne nouvelle)
– Voilà. Tu le prends pas trop mal ?
– Je le prends comme je le souhaite. J’ai monté ce projet, tu me le prends et tu te l’appropries, donc tu me plantes deux couteaux dans le dos. Mais j’attends la bonne nouvelle.
– Ah, oui. Et bien j’ai reçu des chèques-livres du CE à midi et je vais passer à la FNAC acheter ton dernier bouquin !

True story.

Dévasté, épuisé, j’abrégeai le rencard et rentrai chez moi.
J’ai reçu un appel pour le boulot qui allait devenir le mien, actuel, une heure après. Je n’en ai pas tenu compte, m’accrochant à ma colère et au mirage du précédent qui venait de m’échapper. Je suis resté sur ma colère, énergie vidée, pendant 24 heures, recevant un deuxième appel. J’accepte d’entendre ce qu’on me propose et je me revitalise pour ce nouveau projet. Je suis embauché trois jours plus tard. C’était le bon projet, le bon moment, les bonnes personnes. Il n’y avait pas d’avenir, de plaisir ou ma place à trouver dans celui qu’on m’avait “pris” ou refusé. L’enseignement est parfois dur, incompréhensible, l’acceptation ne tombe pas toute crue en inspirant et en méditant, c’est un VRAI travail sur soi de hocher la tête en se disant “On ne veut pas ça pour moi, je ne conteste pas“. Mais tout a une logique. Tout. On ne s’accroche pas à quelque chose qui ne va pas vous apporter du bon. Si ce type est capable de me planter pour avoir ma place, vais-je vraiment devoir le planter à mon tour pour récupérer ce que j’estimais mon dû ? (J’aurais pu le faire, j’avais les cartes/armes en main, moi aussi, je pouvais y arriver, au prix d’efforts intenses. Et de stress. Et de sales coups.). Vais-je ensuite supporter de travailler constamment avec lui non loin de moi, alors que nous nous sommes poignardés l’un, l’autre ? Sublime ambiance pour travailler, non ?

Hier, Louise m’apprend qu’elle s’est fait enfler sévère une fois par un producteur et qu’elle ne le lui a jamais pardonné. Elle le recroise quatre ans plus tard (déjà mon oreille savait la suite de l’histoire) et il lui propose un boulot, un petit truc dans un petit endroit. Elle s’y accroche avec délectation, tout est oublié, pardonné. Elle se fait une montagne du petit truc. Elle compte dessus, en parle autour d’elle, veut même y associer des médias.
Dans le journal, il y a quelques jours, elle voit le “petit truc” expliqué dans un article. Tous les noms des participants y sont, sauf le sien. Furieuse, elle appelle le type qui lui ment mal et évoque un odieux quiproquo. Elle s’accroche, insiste pour qu’il fasse paraître un rectificatif. Il s’embrouille dans ses explications, refuse de publier quoi que ce soit, allègue qu’il pensait qu’elle ne voulait plus le faire, au fond d’elle, il le croyait. Ne lui avait pas demandé par pudeur, voilà. Mais il sentait que… Bref, du grand n’importe quoi. Elle pète un câble et lui donne 24 heures pour imposer un rectificatif.

Je lui ai posé plusieurs questions :
Pourquoi as tu voulu travailler de nouveau avec quelqu’un qui t’a menti/floué déjà ?
Pourquoi insistes-tu autant sur un “petit” projet alors que tu es une “belle” personne qui mérite un “grand” projet ?
Pourquoi persistes-tu à lui imposer “tes” règles et des ultimatum qui t’épuisent, tendent les rapports, alors que tu sais au fond de toi-même qu’il n’en fera rien, que ça ne changera rien et que, surtout, tu ne feras pas partie de ce “petit” projet, jamais ? Énergie perdue.

Il n’y a pas à lutter. Il faut accepter.
Il n’y a pas à imposer : les choses se font (simplement) ou elles ne se font pas (du tout). Nous ne décidons de rien. Nous proposons. L’Univers (qui porte plusieurs noms selon ton degré de spiritualité ou de mysticisme) décide. C’est la meilleure chose que je puisse partager, la plus belle, la plus écrasante, parfois la plus injuste de mon point de vue mais la seule dont j’ai constaté, dans ma vie, l’imparable action depuis que j’ai accepté son fonctionnement.
Accepter.
Remercier.
Réfléchir aux cadeaux/refus qu’on m’apporte/oppose.
Mettre le pas dans le vide quand rien ne semble venir.

1668 lectures pour cet article. Merci pour votre fidélité.

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There are 21 comments

  • Cath dit :

    William,

    C’est toujours un délice de te lire!

    Accepter, je ne sais pas si c’est le terme que j’aurais employé… En tous cas, là où je te rejoins, c’est que lorsque la trahison, surtout aussi mesquine est arrivée, il n’y a plus moyen de faire avec l’autre. Plus de confiance donc plus d’énergie créative. Là où je te rejoins encore c’est qu’il ne sert à rien de perdre du temps à tenter de faire prendre conscience à l’autre qu’il s’est mal comporté. Et oui la bave du crapeau ne doit pas atteindre la colombe… et surtout ne pas transformer la colombe en pauvre grenouille…

    Ne pas accepter, pour ne pas oublier mais ne pas perdre d’énergie dans un combat inutile pour le mettre au service d’un projet constructif pour soi et ceux qui croiseront ton chemin et qui partageront les mêmes valeurs.

    Les belles personnes doivent avoir conscience d’en être pour ne pas se perdre dans les paillettes de ceux pour qui respect et honnêteté ne sont que des mots formés au bord d’une assiette de soupe avec des petites pâtes alphabet et aussitôt engloutis.

    Et pour finir, au fond si on te pique une idée, un projet et si on t’insulte c’est probablement parce que tu es meilleur que celui qui se comporte aussi mal 😉

    Bisettes William!

    • William dit :

      Bises oui. “Accepter” me semble pourtant le terme le plus pacifique. Attention, je pardonne mais je n’oublie rien, hein 🙂

      Bon, on est d’accord sur tout, alors. Je comprends mieux pourquoi on va se marier, alors, ou ton amour. Je l’accepte ^^

    • William dit :

      (j’ai répondu avant de filer sous la douche, c’est un peu sabré dans le lard, pardon)

  • Huppefasciée dit :

    J’aime beaucoup la fin de ton post. Parfois, c’est le renoncement qui permet d’avancer, c’est dur pour l’égo, car on doit accepter de ne pas toujours maîtriser ce qui arrive.

  • Anthony dit :

    Un bon post plein de bon sens et clairvoyance, la bonne lecture de ce matin, merci du partage William !

  • […] William (William c’est son nom), aujourd’hui, il y a un article CRIANT DE VÉRITÉ. Un truc qui parle de la chance qui te passe sous le nez pour autre chose de […]

  • Valvita dit :

    Il me semble avoir déjà lu ce message. Pourtant, je pense qu’il est agréable de le relire. A reposter encore et encore afin de nous rappeler que nos échecs n’en sont pas réellement. Merci pour le rappel.

  • Xavier dit :

    “un mal pour un bien” c’est tellement vrai ce genre de situations et peu s’en rendent compte.
    après il faut savoir transformer le mal en bien, mais ca s’apprend 🙂

    bel article en tout cas !

  • Christine Lewicki dit :

    Un beau message que je vais partager avec mes lecteurs car il illustre très bien ce que j’ai pu vivre lorsque j’ai choisi de me sevrer de mes raleries. ( http://www.jarretederaler.com) Merci ! je suis bien contente d’avoir découvert votre blog grâce aux fils magique de Facebook.

  • ally dit :

    qu’entends tu par mettre un pas dans le vide ?

    • William dit :

      Je ne sais pas, qu’entends-tu, toi ? On a tous nos propres images mentales. Je ne voudrais pas forcer la tienne, je me comprends, en tout cas 🙂

  • fannoche dit :

    Oui tu as déjà du le dire plusieurs fois, mais j’ai toujours autant besoin de l’entendre…petit à petit l’idée prend place dans ma tête. Et je me surprend à penser à toi (eh oui on ne se connait pas du tout mais William Réjault apparait parfois dans mon quotidien!!), et à essayer de voir une situation/conflit/blocage sous cet angle là.
    Merci pour cela 🙂

  • Muriel dit :

    “La philosophie du Yi-King”, Carol K. Anthony, Editions Camélines, 1998.
    Si ce n’est déjà fait…
    Pour rester dans l’ambiance Lao-Tseu et compagnie 🙂

    Par ailleurs, merci encore une fois. “L’enseignement est parfois dur, incompréhensible, l’acceptation ne tombe pas toute crue en inspirant et en méditant, c’est un VRAI travail sur soi de hocher la tête en se disant “On ne veut pas ça pour moi, je ne conteste pas”. Mais tout a une logique. Tout.” –> je suis en plein dans ça en ce moment, en plein ! Alors merci pour ces quelques piqûres de rappel (pour un ancien infirmier, c’était bien le moins à faire… hum, oui bon…).

  • […] viens de lire un bel article de William Réjault intitulé: “ les hommes qui nous veulent du mal: une chance a prendre“  qui illustre très bien l’impact positif que le lâcher prise peut parfois avoir dans notre […]

  • Hadda dit :

    article bien parlant

  • lamarie dit :

    Accepter oui… Lâcher prise peut être… Un jour on se réveille et on se dit que la vie est ailleurs que dans ces combats, qu’elle est belle même dans le renoncement… Bon évidemment il y a des moments où l’on résiste de toutes ses forces parce que quand même hein… mais quand on lâche enfin, quand on comprend qu’on s’use à retenir des choses qui finiront par nous échapper, on peut les regarder partir et reprendre une grande respiration …

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