Vie quotidienne
Les inconvénients sans les avantages
11 avril 2012
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S’il y a bien quelque chose que je ne suis pas, ou n’étais pas, c’est méfiant. Je ne me suis jamais méfié. J’ai parfois eu peur d’avancer, j’ai parfois senti avec mes tripes qu’une situation pouvait partir en vrille, j’ai aussi, après coup, compris que je m’étais fait avoir (rarement, vraiment, encore une fois j’ai eu beaucoup de chance) mais je ne me suis jamais réellement méfié des gens. Je laisse des chèques en blanc, avec ma signature, je les donne, je laisse le soin aux autres de les remplir et de prendre ce dont ils ont besoin. 99% de l’humanité est bonne. Je l’ai souvent constaté.

C’est depuis peu, un an ou deux, que je me rends compte, de façon assez désagréable, de l’exposition dont j’ai bénéficié, “bénéficié” n’étant pas le bon terme, puisque j’estime en avoir surtout retiré les inconvénients avant les avantages. Si avantages il y a, bien sûr. J’ai choisi de côtoyer des gens brillants (je reviendrai sur ce terme) qui m’ont appelé pour les aider à briller un peu plus. Le brillant, sur une lampe à huile, se gratte avec l’ongle. Il suffit de peu pour ôter la couche superficielle de dorure et se rendre compte qu’il n’y a pas grand chose dessous. J’étais un petit papillon de nuit, attiré par cette brillance, comme tant d’autres. J’ai pu, par mon destin, m’en approcher d’un peu plus près. Les papillons restés plus loin ont alors eu deux choix : me demander de leur raconter ce que je voyais ou m’approcher par la ruse pour aller briller avec moi…ou briller devant moi. Les ruses se comptaient sur le doigt d’une main d’un appelé à la Guerre d’Algérie qui s’était mutilé pour ne pas y aller. On tentait de me séduire, souvent. Parfois c’était grossier, parfois c’était très bien amené. Parfois les papillons, en meute, agacés par ma “proximité” (ou ce qu’ils croyaient être ma proximité) se lâchaient, galvanisés par leur nombre. Je devenais la cible d’attaques. Là, au moins, je savais quoi répondre. En souriant. Et en les plaignant. Je n’étais pas arrivé dans la dorure en tuant, en blessant, en rabaissant. Leur route n’était pas la bonne pour arriver avant moi à l’étape. S’il y a une chose que les Grands Brillants n’aiment pas, c’est bien les couteaux qui peuvent érafler leur dorure. Ils aiment s’entourer de chiffons doux, qui les lustrent encore et encore et encore.

De toute façon, plus tu es visible, plus tu es visé. Si tu ne souhaites pas être emmerdé, reste dans le Périgord. Et encore. Faut aimer les Anglais. Mais là n’était pas la question. J’acceptais cette place, j’acceptais l’inconfort qu’elle pouvait susciter. Je pensais en retirer quelques bénéfices et ils apparurent assez vite : j’avais le droit d’emmener les papillons de mon choix près de la Lampe. Ils étaient heureux. Ils voletaient partout, de joie, d’émotion. Leur sourire emplissait mon coeur. J’avais fait une bonne action en offrant ce qui ne s’achète pas.

Mon cheminement, cette année, tourne autour de la Brillance et de la Lumière. J’ai donc longtemps été attiré par des gens brillants, longtemps donné mon temps et mon talent a des gens brillants et supporté quelques contraintes emmenées par cette brillance. Je lâche tout ça. Je dois désormais trouver des gens Lumineux (éclairés réellement de l’intérieur) et alimenter nos flammes respectives. La quête n’est pas évidente surtout qu’elle est, désormais, parsemée d’épreuves assez cocasses. Au moment où je quitte la Brillance, v’la t’y pas que ses derniers feux (et non des moindres) se mettent à scintiller autour de moi. Jouant sur mon talon d’Achille : la beauté masculine. On me teste. On m’envoie des signaux. On me promet. On me sourit. Parfois je tombe dans le panneau quelques heures. Parfois je reste scotché, dubitatif, séduit, ballot, ne sachant que faire ou penser. Ni comment agir.

Je pensais qu’il me suffirait de tendre la main pour recueillir la lumière. Non, l’univers est toujours un peu coquin. Il demande que j’observe vraiment, encore mieux que d’habitude. Il m’envoie des QCM qu’auparavant j’aurais cochés en trois minutes et que, désormais, je regarde avec attention. Dois-je prendre de mon temps pour remplir toutes les cases ? Ai-je réellement envie de répondre à toutes ces questions ? Et ce poste brillant lumineux attractif, qui arrive ce matin alors que je quitte à peine le précédent, est-il vraiment fait pour moi ? Et ce garçon qui me sourit et me parle de moi mieux que moi encore, est-il bon pour moi ou a-t-il simplement pris le temps de lire et de retenir mes pensées et mes goûts égrenés sur le net depuis sept années ?

Mon attention doit être constante. Elle complète le travail sur soi. J’ose espérer que, dans la lumière, je pourrai me poser quelques instants pour bronzer tranquille. Je ne crois pas mais ça ne coûte rien de l’écrire. C’est quand que ça s’arrête, tout ça ? Qu’on contemple enfin un peu ?

La semaine prochaine ?
Quand je serai loin ? Et seul ?

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There are 4 comments

  • Alice dit :

    Comme des papillons de lumière alors 😀 😉

  • kangourourou dit :

    J’aime, car tout ça me parle, vraiment. Même si on sent que ça bouillonne dans ta tête, que tout ça est inconfortable, que tu as juste envie d’actionner le bouton “pause”. Ce qui fait que tu es à la fois lumineux ET brillant, sans flagornerie aucune, c’est cette capacité d’émerveillement permanent et cette soif de le partager, sans en attendre une quelconque contrepartie. C’est tout à ton honneur, c’est la preuve que oui, c’est con mais il y a de vrais gentils. Il y en a un qui partage ma vie. Gentil ET bavard. J’essaye de l’éclairer, parfois. L’incite à se taire, ou du moins ne pas en dire trop. À se mettre en retrait, et laisser venir les bons papillons. Je t’embrasse fort William, et te souhaite d’atteindre très vite cette quiétude.

  • agnes dit :

    Merveilleux petit essai Will (oui, c’est un essai, une réflexion très aboutie, exemplaire) : justesse, finesse dans la perception, l’expression, tout ça d’une clarté parfaite (pun intended). Tu avances si vite mais si impeccablement, un chemin bien particulier, tu m’épates, franchement.
    Reviens à Tokyo – tu verras, il y a là des lumières d’autant plus plus discrètes qu’elles sont d’après la catastrophe. J’ai hâte de te voir et je t’embrasse.

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